CHAPITRE SEIZIEME
Juste; il connaissait le vrai Dieu et Tadorait, en tant que créateur, dans la contemplation de la nature, des astres et des vicissitudes de la lumière. Il aimait à s'entretenir avec Dieu des merveilles des œuvres de ses mains. Il n'adorait pas d'atïreuses représentations d'animaux, comme les tribus idolâtres qui vivaient à la même époque. Il s'était fait une image du vrai Dieu; c'était une petite figure humaine avec des rayons autour de la tête, et, si je ne me trompe, avec des ailes. Elle avait les mains jointes contre la poitrine, et dans les mains un globe surmonté d'une barque sur les flots; c'était peut-être un souvenir du déluge. Il lui rendait ses hommages et lui offrait des grains de froment qu'il brûlait en son honneur. Ces figures furent plus tard introduites en Egypte. Elles étaient assises dans une chaire surmontée d'un dais. Job trouva dans cette ville des pratiques épouvantables, se rattachant encore aux superstitions magiques de la tour de Babel. Les habitants avaient une idole avec une tête de bœuf grosse, proéminente et se terminant en pointe, la gueule ouverte et des cornes courbées en arrière. Elle était creuse, on y faisait du feu et on plaçait des enfants vivants entre ses bras enflammés. J'ai vu qu'on retirait quelque chose des trous de son corps. Les habitants étaient extrêmement sauvages, et le pays était remph de bêtes affreuses. De grosses bêtes noires, à la gueule couleur de feu, volaient de côté et d'autre en grandes troupes. Des gerbes de feu semblaient sortir de leur corps -alors qu'elles volaient; elles empoisonnaient tout ce qu'elles rencontraient, et les arbres sur lesquels elles se posaient se flétrissaient aussitôt. J'ai encore vu des animaux avec les pieds de derrière longs et ceux de devant fort courts, comme les taupes; ils sautaient facilement d'un toit sur l'autre. Il y avait encore des animaux horribles à voir, qui, se
mettant à raffùt entre les rochers et les cavernes, se jetaient sur les hommes et les étouITaient. Je vis aussi dans le Nil un monstre gros et lourd avec de vilaines dents et de grosses pattes noires; il avait la taille du cheval et présentait quelque analogie avec le porc. J'ai encore vu ici beaucoup d'autres bêtes affreuses. Cependant les hommes étaient encore beaucoup plus repoussants que les animaux, et Job, que je vis par le secours de la prière délivrer de ces monstres les environs de son habitation, avait tellement ces impies en horreur que souvent il éclatait en plaintes en présence de ceux qui l'avaient accompagné; il aurait mieux aimé, disait-il, vivre avec ces bêtes affreuses qu'avec ces hommes dégénérés et pervertis. Souvent je l'ai vu, au lever du soleil, tourner les yeux avec regret vers la terre de sa patrie, qui était plus au sud que la partie la plus reculée du pays des mages. Il eut des visions prophétiques sur l'arrivée des enfants d'Israël en ce pays, sur le salut de l'humanité en général, enfin sur les épreuves qui lui étaient réservées h lui-même. Rien ne put le déterminer à demeurer en ce pays, et, après un séjour de cinq ans, il quitta l'Egypte avec ceux qui l'y avaient accompagné.
Entre les différentes épreuves qui vinrent le frapper, il eut la première fois neuf années de féhcité, la seconde fois sept et la troisième douze. Ces mots du livre de Job, au moment où set serviteurs viennent successivement lui annoncer de nouveaux malheurs : « Tandis qu'il parlait encore, » veulent dire : « Tandis que l'épreuve précédente occupait encore la pensée des hommes; on n'avait pas encore oublié ses derniers malheurs, lorsque. .. » Il a subi ses épreuves en trois pays différents. Il habitait une plaine à l'est de Jéricho quand eut lieu sa dernière épreuve, qui devait être suivie d'une nouvelle ère de prospérité. On y recueillait l'encens et la myrrhe; on y exploi-