CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
cours de ses opérations. Je vis un grand nombre de malades guéris par ses prières, en particulier des infortunés qui portaient depuis longlemps des tilcères infects couverts de hideux haillons; mais je ne saurais dire si c'étaient réellement des ulcères, si ce n'étaient pas plutôt une figure du mauvais étal de leur conscience. J'ai vu aussi non loin de nous d'autres prêtres qui possédaient le même privilège, mais qui le perdaient par respect humain, par dissipation d'esprit, par préoccupation des affaires de ce monde, ou encore faute de fixité dans les idées. J'en vis un en particulier très-distinctement: il donnait ses secours à plusieurs dont j'ai vu le cœur rongé par des bêtes affreuses, qui désignaient assurément des péchés ; mais il y en avait d'autres çà et là qui souffraient cruellement en leur corps et que cependant il aurait pu soulager; sa dissipation d'esprit était telle qu'il négligeait de le faire. Il y avait en iui plusieurs obstacles sérieux.
OrFlCE CÉLÉBRÉ PAR LES APÔTRES . — LE CHEMIN DE LA CROIX DE LA VIERGE.
(i2aoùH821.)
En tout il y a maintenant douze hommes au plus réunis chez la sainte Vierge. J'ai vu qu'on a célébré aujourd'hui l'oftice dans son humble oratoire, on y a dit la sainte messe. Sa petite chambre était ouverte de tous les côtés. Une femme était à genoux à côté du lit de la Vierge, laquelle se soulevait de temps à autre. Je l'ai vue aussi plusieurs fois dans la journée ; .cette femme lui présentait aussi avec la cuiller un peu de la liqueur que contenait la soucoupe. Marie a sur son lit une croix longue de deux
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pieds environ et ayant la forme que je vois toujours à la croix du Sauveur, c'est-à-dire celle d'un Y, dont la partfe inférieure serait prolongée jusqu'àla hauteur des côtés ; le tronc est plus large que les bras ; elle est faite de plusieurs espèces de bois, les contours du corps du Sauveur y sont tracés en blanc. La Vierge a reçu le saint Sacrement. — Elle a vécu quatorze ans et deux mois après l'ascension de son divin Fils.
Ce soir^ en s'eiidormaiit, la pieuse fille chanta d'une voix faible, mais singulièrement douce et touchante, des cantiques en l'honneur de la sainte Viei ge Quand elle s'évoilla, Tccrivain lui demanda ce qu'elle chantait ; elle répondit, étant encore à moitié endormie :
Je suis allée en procession, là, avec la Vierge; maintenant elle est partie.
Le lendemain, elle dit au sujet de ce chant :
Ce soir j'ai suivi deux amies de la Vierge sur le chemin de la croix, derrière la maison; elles le font alternativement tous les jours, le matin et le soir, et souvent je me glisse avec elles sans que l'on me voie. Hier cela m'a animée, et je me suis mise à chanter, mais bientôt tout a cessé.
Le chemin de la croix de Marie comprend douze stations. Elle les a mesurées elle-même en marchant, et c'est saint Jean qui a fait étabUr les pierres destinées à les marquer. D'abord c'étaient des pierres à peine dégrossies qui rappelaient les différents endroits mémorables, mais ensuite on les a remplacées par d'autres plus ornées. Maintenant ce sont des pierres basses, blanches, unies, octogones, si je ne me trompe, et présentant à leur partie supérieure un petit enfoncement. Chacune de ces pierres reposait sur une base de la même espèce, dont on ne pouvait pas bien voir l'épaisseur à cause des touffes de gazon et des belles fleurs qui croissaient à l'entour. Des inscriptions en lettres hébraïques étaient gravées et
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sur les baies et sur les pierres qui marquaient les stations. Elles occupaient toutes le centre d'un enfoncement semblable à un petit bassin arrondi et assez profond. Un petit chemin, suffisant pour une ou deux personnes, régnait autour des pierres et permettait de lire les inscriptions. Les espaces, couverts de gazon et de fleurs, étaient plus ou moins larges aux différentes stations. Ces pierres n'étaient pas toujours découvertes; quand on ne faisait pas le chemin de la croix, elles étaient couvertes d'une natte ou paillasson, fixe d'un côté et attaché de l'autre au moyen de deux petites chevilles.
Les douze pierres des stations étaient toutes semblables et également chargées d'inscriptions hébraïques, mais elles n'occupaient pas toutes des emplacements analogues. La station rappelant le mont des OUviers se trouvait dans une petite vallée, auprès d'une grotte dans laquelle plusieurs personnes pouvaient se tenir à genoux. Celle du Calvaire seule n'était pas dans un enfoncement, mais sur une colhne. Quant à la station du Saint-Sépulcre, d'abord on franchissait la coUine, on arrivait à un enfoncement où se trouvait la pierre indicative, enfin, au pied de la coUine, on apercevait, en une grotte taillée dans le roc, un tombeau dans lequel la Vierge devait être déposée. Je crois que ce tombeau existe encore maintenant sous terre et qu'il doit reparaître un jour. J'ai vu que quand les apôtres, les saintes femmes et les autres chrétiens arrivaient à ces stations, avant de s'agenouiller ou de se prosterner pour prier la face contre terre, ils retiraient de dessous leur vêtement une croix de forme ordinaire et d'environ un pied de long et qu'ils la plaçaient, au moyen d'un appui mobile, sur l'enfoncement de la pierre indicative de la station.
LES APÔTRES AUPRÈS DU LIT DE MORT DE MARIE. («3 août 1821.)
J'ai vu aujourd'hui l'office se célébrer comme les autres jours; j'ai vu la sainte Vierge se lever plusieurs fois dans la journée; on lui donna alors de la liqueur contenue dans la soucoupe.
l e soir, vers sept heures, elle dit sans s'éveiller :
Jacques le Majeur vient d'arriver d'Espagne, en passant par Rome, avec trois compagnons, Timon, Erémenzéar et un autre. Quelque temps après, Philippe est aussi arrivé d'Egypte avec un compagnon.
J'ai remarqué que les apôtres et les disciples étaient généralement fatigués quand ils arrivèrent. Ils avaient à la main de longs bâtons avec des crodhets et des pommes de différente nature, correspondant à leur rang. Leurs manteai x de laine blanche étaient en partie relevés au-dessus de la tête, en guise de capuchon. Ils avaient dessous de longues tuniques de laine blanche; elles étaient ouvertes de haut en bas, mais les deux côtés étaient rapprochés par des bandes d'étoffe avec de gros boutons. J'ai toujours vu ce détail, mais j'avais oublié de le rappeler. Quand ils étaient en voyage, leur tunique était relevée et rattachée à la ceinture; plusieurs avaient aussi une bourse suspendue à la ceinture. En entrant, les nouveaux venus embrassaient tendrement ceux qui étaient arrivés plus tôt; j'en ai vu plusieurs pleurer de joie de se revoir et de douleur de se revoir au milieu de milieu de circonstances si tristes. Ils déposaient leur bâton, leur manteau, leur ceinture el