CHAPITRE DiX-MLiTliÈME
chèrent du lit de la Vierge, se mirent à genoux et reçurent ainsi sa bénédiction. Je remarquai qu'elle embrassa l'une de ces femmes, laquelle s'était avancée au dessus de son lit.
Cependant on dressa l'autel, et les apôtres mirent pour le service leurs longues tuniques blanches et leurs larges ceintures garnies de lettres. Cinq d'entre eux qui devaient être employés dans les cérémonies de la messe solennelle, telle que je l'avais vue célébrée après l'Ascension à la nouvelle église de la piscine deBéthesda, mirent les grands et magnifiques ornements sacerdotaux. Le manteau de Pierre, lequel oflicia, étaitlong par derrière, sans cependant traîner; il est probable qu'il renfermait une sorte de cercle dans sa partie inférieure, car je l'ai vu se développer et s'élargir.
Ils étaient encore occupcsàserevêtirquand Jacques le Majeur arriva avec trois compagnons. Il venait de l'Espagne par Rome avec ïimon, son diacre, et avait rencontré au delà de cette ville, d'abord Erémenzéar, puis un troisième disciple. Les apôtres, qui étaient sur le point de s'approcher de l'autel, le saluèrent avec une gravité solennelle, et on l'engagea brièvement à se rendre auprès de la Vierge. On leur lava les pieds, ils arrangèrent leurs vêtements, se rendirent, sans en avoir changé, auprès delà Vierge, et reçurent comme les autres sa bénédiction, d'abord l'apôtre seul, puis les trois disciples ensemble, après quoi il retourna immédiatement à l'office. Le service divin était déjà assez avancé quand Phihppe arriva de l'Egypte avec un compagnon de voyage. Il se rendit aussitôt auprès de la mère de Dieu, reçut sa bénédiction et versa des larmes abondantes.
Cependant Pierre avait achevé le saint sacrifice, il avait consacré, reçu le corps du Sauveur et communié les apôtres et les disciples présents. La Vierge
ne pouvait voir à Tautel; mais, pendant tout le temps de l'office, elle se tint assise sur son lit et plongée dans le recueillement le plus profond. Après avoir communié, Pierre donna aussi la sainte communion à tous les apôtres, puis il alla porter à la Vierge le saint-sacrement et lui donner l'extrême-onction.
Tous les apôtres l'accompagnèrent dans un fort bel ordre. Thaddée marchait en avant, ayant à la main un encensoir qu'il agitait; Pierre avait contre son cœur le saint- sacrement renfermé dans la boite en forme de croix que j'ai décrite antérieurement; puis venait Jean, ayant à la main un petit plat sur lequel étaient le calice avec le précieux sang et plusieurs boites. Le calice était bas, blanc et massif, il semblait avoir été fondu; le pied était si peu élevé qu'on pouvait à peine le prendre avec deux doigts; il avait un couvercle: au reste, il ressemblait au calice de l'institution de la isainte Eucharistie. Par les soins des apôtres, un pelitautel avait été dressé dans l'oratoire voisin de la couche de la Vierge, en avant de la croix; la servante avait apporté pour cela une table qu'on avait recouverte de deux nappes. Tune rouge et l'autre blanche. Des luminaires étaient allumés au dessus, des cierges et deslam pes, si je ne me trompe. La Vierge, singulièrementpâle, était étendue sur son ht, presque sans mouvement. Elle avait les yeux fixés vers le ciel, ne parlait à personne et semblait être dans un ravissement non-interrompu. Elle était comme transfigurée par ses aspirations célestes; je sentis même en quelque sorte les désirs qui la soulevaient : oh ! combien j'aurais voulu que mon cœur se portât vers Dieu avec le sien !
Pierre, s'approchant, lui donna l'extrême-onction presque de la même façon qu'on le fait encore aujourd'hui. Il lui fit avec l'huile sainte de la boite que tenait saint Jean des onctions au visage, aux mains.