‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 291 sur 304 · CHAPITRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIÈME

aux pieds et au côté ; une petite ouverture avait été faite à son vêtement, de façon qu'elle ne se découvrit aucunement. Cependant les apôtres, placés en chœur, récitaient des prières. Ensuite Pierre lui donna la sainte communion. Pour la recevoir, elle se souleva un peu sans s'appuyer, puis elle se laissa retomber sur sa couche. Les apôtres dirent encore quelques prières; elle se releva et reçut de Jean le sang précieux de son divin Fils. Au moment où elle communion, je vis une lumière divine pénétrer en elle; elle retomba dans une sorte de ravissement, et ne parla plus. Les apôtres, tenant dans les mains les vases sacrés, retournèrent dans le même ordre à l'oratoire de la partie antérieure de la maison, où ils continuèrent l'office. Ce fut alors que Philippe reçut la sainte communion. Deux femmes seulement étaient restées à côté de la Vierge.

VISION SUR l'eNTKÉE DE l'AME DE LA VIERGE DANS LE CIEL.

Quelque temps après je revis encore les apôtres et les disciples priant debout autour de la couche de la Vierge. Le visage de Marie avait retrouvé les couleurs et le doux sourire de ses jeunes années. Elle avait les yeux levés vers le ciel avec une expression de joie singuhère. J'eus alors sous les yeux un tableau extraordinairement touchant. La toiture de la chambre de la Vierge avait disparu, la lampe était suspendue en plein air, le ciel s'entr'ouvrit, et mon regard pénétra jusque dans la céleste Jérusalem. Deux masses de lumière, semblables à deux nuages lumineux, se rapprochèrent de la terre, et j'y reconnus un grand nombre de petits anges. Entre ces

deux nuages, une voie lumineuse vint s'abaisser sur la Vierge; de Marie mon regard plongea au delà d'une montagne lumineuse jusque dans la Jérusalem céleste. Elle étendit les bras avec une ardeur inexprimable, et je vis son corps, dans son ravissement, tellement élevé au-dessus de la couche que l'œil plongeait entre l'un et l'autre. Son âme, semblable à une petite forme lumineuse infminiment pure, aux bras étendus, sortit de son corps et suivit, en planant au-dessus, la voie lumineuse qui semblait se dérouler le long d'une montagne toute inondée de lumière. Les deux chœurs qui remplissaient les nuées se replièrent derrière son àme et la séparèrent de son saint corps, lequel, en ce moment solennel, laissa retomber sur la couche ses bras croisés sur la poitrine. Mon regard, suivant son âme bénie, la vit, à travers la voie lumineuse, pénétrer dans la Jérusalem céleste jusqu'au trône de la très-sainte Trinité. Un grand nombre d'âmes, parmi lesquelles je reconnus, outre un certain nombre de patriarches, Joachim; Anne, Joseph, Elisabeth, Zacharie et Jean-Baptiste, s'avancèrent au devant d'elle avec un respect mêlé d'allégresse. Mais, traversant rapidement leurs rangs, elle se dirigea vers le trône de Dieu et de son Fils, qui effaçait encore par la vive lumière de ses plaies celle qui l'environnait elle-même; il la reçut avec un amour tout divin, lui mit à la main quelque chose comme un sceptre, et sembla lui montrer le monde entier, comme pour lui indiquer une autorité à exercer sur lui. Ce fut ainsi que je la vis entrer dans la gloire céleste; j'avais oublié la terre et le tableau qui d'abord avait frappé mes yeux. Plusieurs apôtres, comme Piei:'re et Jean, virent sans doute aussi cette scène, car ils avaient les yeux levés vers le ciel. Quant aux autres, ils étaient pour la plupart à genoux, la tête inclinée vers la terre. Tous les alentours

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