CHAPITRE DIX-HUITIÈMF
rer le corps pour la sépulture; elles avaient pris avec elles des lippes et des aromates, afin de l'embaumer à la façon des Juifs; elles avaient aussi de petits pots, aves des plantes non flétries. La porte de la maison fut fermée, on alluma des flambeaux pour la cérémonie, et les apôtres récitèrent des prières en chœur dans la partie antérieure de la maison. Enlevant de la couche funèbre le corps avec les objets qui le recouvraient, elles le déposèrent sur une longue corbeille remplie de couvertures grossières et de nattes, de façon qu'il était réellement sur la corbeille et non dedans. Ensuite deux femmes étendirent audessus du corps un drap très-large, et deux autres enlevèrent sous le drap le voile de la tête et l'étoffe qui l'enveloppait, ne lui laissant que la longue tunique de laine. Elles coupèrent les belles boucles des cheveux de la Vierge pour les garder comme un souvenir précieux. Ensuite ces deux mêmes femmes lavèrent le corps virginal de Marie; elles avaient à la main quelque chose que j'ai pris pour une éponge, on enleva la longue tunique qui recouvrait le corps. Elles firent tout cela avec une modestie, un respeci qui m'édifia beaucoup; elles lavèrent le corps avec les mains sous la couverture qu'elles avaient eu le soin d'étendre, et sans y fixer leurs regards. La partie du corps que l'éponge avait touchée, était couverte aussitôt, et il n'y eut pas en tout cela la plus légère immodestie. Une cinquième plongeait les éponges dans un bassin et les en retirait lavées et humides, trois fois j'ai vu vider le bassin dans une fosse voisine de la maison et rapporter de feau propre. Le corps vénérable de la Vierge fut recouvert d'une nouvelle enveloppe et déposé respectueusement, au moyen d'étoffes passées dessous, sur une table où l'on avait déjà mis dans l'ordre convenable des bandelettes et d'autres linges. On l'enveloppa alors des
pieds à la poitrine au moyen de ces linges et de ces bandelettes, en se bornant à laisser à découvert la tête, la poitrine, les pieds et les mains.
CÉRÉMONIES DES FUNÉRAILLES. — l'ASSOMPTION.
Cependant les apôtres avaient assisté au saint sacrifice célébré par Pierre, et reçu de lui la sainte communion; bientôt je vis Pierre et Jean, encore revêtus leurs ornements sacerdotaux, venir de l'appartement antérieur en celui où était le corps de la Vierge. Jean avait à la main un vase avec de l'huile consacrée, Pierre y trempa le pouce de la main droite et en oignit, en récitant des prières, le front, le milieu de la poitrine, les mains et les pieds de Marie. Ce n'était pas l'Extrême-Onction, car elle l'avait reçue avant sa mort. Il fit de simples onctions sur les mains et les pieds, et des onctions en forme de croix sur le front et la poitrine. Je crois que c'était un hommage solennel qu'on avait voulu rendre à ce corps virginal, ainsi qu'on l'avait fait lors de la sépulture du Sauveur. Quand les apôtres se furent retirés, les femmes passèrent à l'embaumement. On mit des bouquets de myrrhe sous les bras, aux aisselles, et dans le creux de l'estomac; on en remplit également les vides formés par les épaules, le cou, le menton et les joues; les pieds en furent aussi complètement environnés.
Cela fait, on croisa les bras sur la poitrine, on enveloppa le corps dans le grand suaire, et on femmaillotta en quelque sorte au moyen d'une longue pièce d'étoffe fixée sous l'un des bras. On fit retomber sur la face un suaire transparent, sous lequel on l'apercevait, au milieu des bouquets de myrrhe, paie et