‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 295 sur 304 · CHAPITRE DIX-HUMIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUMIÈME

lumineuse. On plaça alors le corps vénérable dans le cercueil ou plutôt le petit lit qu'on avait disposé à côté; c'était un morceau de bois avec des bords peu élevés et un couvercle bombé, assez léger ; on eût dit une corbeille de forme allongée. On plaça en même temps sur la poitrine une couronne de fleurs blanches, rouges et bleues, symbole de sa perpétuelle virginité. Les apôtres, les disciples, toutes les personnes présentes vinrent en ce moment contempler encore une fois ces traits chéris, avant qu'on les dérobât à la lumière. Ils s'agenouillèrent autour de la Vierge en pleurant beaucoup, mais en contenant leur douleur^ €t pressèrent leurs mains contre ces mains saintes serrées par les bandelettes contre la poitrine; ce furent leurs derniers adieux, et ils se retirèrent aussitôt. Vint alors le tour des femmes : quand elles eurent mis un voile sur la face sainte, elles déposèrent sur le cercueil le couvercle qu'elles fixèrent aux extrémités et au milieu par des bandelettes grisâtres. Le cercueil fut mis sur une civière, et je le vis porté d'abord, au moment où on sortit de la maison, par Pierre et par Jean. Il le fut ensuite par d'autres . je vis bientôt six apôtres employés comme porteurs ; c'étaient en avant Jacques le Majeur et Jacques le Mmeur, au milieu Barthélemi et André, par derrière Thaddée et Matthieu. Les bâtons dont ils s'aidèrent pour le porter passaient sans doute dans une natte ou un fourreau de cuir; car le cercueil se balançait entre eux, comme s'il eût été dans un berceau. Une partie des apôtres et des disciples marchaient en avant, par derrière venaient les autres avec les saintes femmes. Le soir arrivait déjà, et on portait autour du cercueil quatre flambeaux suspendus à autant de bâtons. Le cortège s'avança ainsi sur la voie douloureuse jusqu'à la dernière station, franchit la colline, et passa à côté de la pierre de la station, à*

droite de l'entrée du tombeau. Arrivés là, ils déposèrent le corps, et quatre d'entre eux l'introduisirent dans la grotte et le placèrent sur la pierre qui avait été disposée pour le recevoir. Toutes les personnes présentes y entrèrent successivement, jetèrent à l'entour des aromates et des fleurs, et, se mettant à genoux, offrirent à Dieu le sacrifice de leurs larmes et de leurs prières. Ils étaient nombreux, la douleur et l'amour les empêchaient de sortir aussitôt, aussi était-il nuit quand les apôtres fermèrent l'entrée du sépulcre. Ils creusèrent un fossé devant l'étroite entrée de la grotte, et plantèrent devant une haie composée d'arbustes différents, chargés les uns de fleurs et les autres de baies que l'on venait de déplanter: ainsi il fut impossible d'apercevoir la moindre trace de l'entrée, d'autant plus qu'on fit passer au pied de celte même haie un petit cours d'eau voisin. Le seul moyen d'entrer dans la grotte était d'y pénétrer par derrière Ja haie. Ils retournèrent isolément à la maison de la Vierge et s'arrêtèrent à différentes stations de la voie douloureuse, pour y prier encore; plusieurs veillèrent même en priant auprès du tombeau. En retournant, les disciples aperçurent une lumière extraordinaire au-dessus du tombeau de la Vierge et ils en furent frappés sans savoir ce que c'était. De tout ce que j'ai vu en cette circonstance, voici le peu que je me rappelle.' Il me sembla qu'une voie lumineuse s'abaissait du ciel vers le tombeau, et qu'il y avait dans cette voie une belle figure, semblable à l'àme de la Vierge, accompagnée de celle de Notre- Seigneur : le corps de la Vierge, tout pénétré de lumière, se souleva du tombeau, s'unit à l'àme également lumineuse et s'éleva vers le ciel avec Tapparition de Notre-Seigneur. Voilà ce que j'ai compris, et aussi, en partie du moins, ce que je me rappelle avoir vu.

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