CHAPITRE DIX-HUITIÈME
homme extrêmement simple, du pays habité par le plus éloigné des mages, pays que j'appelle toujours Partherme, parce que j'ai beaucoup de peine à retenir comme il faut les noms étrangers. Thomas l'amenait de ce pays; il porlait son manteau et le servait avec une admirable simplicité. Un disciple vint ouvrir : Thomas entra dans la chambre des apôtres avec Jonathan, et dit à son serviteur de l'attendre assis sur le seuil de la porte. L'excellent homme obéit à l'instant, et s'assit tranquillement sur le seuil. Oh ! combien ils lurent tristes d'apprendre qu'ils arrivaient trop tard. Thomas pleura comme un enfant, en entendant raconter la mort de la Vierge; les disciples lui lavèrent les pieds et lui offrirent des rafraîchissements. Cependant les femmes s'étaient réveillées et levées, et quand elles se furent retirées, on fit entrer l'apôtre et le disciple dans la chambre où Marie était morte. Ils se jetèrent la face contre la terre et l'arrosèrent de leurs larmes. Thomas pria encore longtemps à genoux auprès du petit autel de Marie. Sa douleur était extraordinairemenl touchante; je dois encore pleurer, rien qu'en y pensant. Quand les apôtres eurent terminé leurs prières qu'ils n'avaient pas interrompues, ils allèrent tous souhaiter la bienvenue aux nouveaux arrivés. Ils prirent sous les bras Thomas et Jonathan encore à genoux, les soulevèrent, les embrassèrent, les conduisirent dans )a partie antérieure delà maison, leur présentèrent des petits pains avec du miel, et mirent devant eux de petits cruchons avec des coupes. Ils prièrent encore ensemble et se tinrent embrassés.
la Vierge d'un pays très-lointain. Je l'ai encore vu ici à Ephèse trois ans après la mort de la Vierge. Plus tard on le lapida aux environs et on le laissa a demi mort; cependant il fut reporté à la ville où il mourut. Dans la suite ses reliques furent portées à Rxjme ; on ignoraiit son nom. »
Cependant Thomas et Jonathan ayant témoigné le désir de voir le tombeau de la Vierge, les apôtres allumèrent des flambeaux qu'ils suspendirent à des bâtons, et les accompagnèrent tous au sépulcre, en suivant la voie douloureuse. Sur la route ils ne parlèrent guère, et s'arrêtèrent quelques instants aux diverses stations, méditant la passion du Sauveur et l'amour plein de compassion qui avait porté Marie à consacrer ces souvenirs qu'elle avait si souvent arrosés de ses larmes. Arrivés au rocher dans lequel le sépulcre était creusé, Thomas et Jonathan prirent les devants, et Jean les suivit vers l'entrée de la grotte. Deux disciples écartèrent les arbustes, ils entrèrent sans trop de peine et s'agenouillèrent avec un saint respect devant la pierre qui avait reçu le corps de la Vierge. Jean s'approcha de la corbeille légère qui la surmontait, enleva la triple bandelette grisâtre qui retenait le couvercle, et la rejeta sur le côté; alors, ayant fait pénétrer la lumière dans le cercueil, ils virent, avec un étonnementmêlé de terreur, les linges qui avaient enveloppé le corps entièrement vides, bien qu'ils occupassent encore la même place. Les linges qui recouvraient la face et la poitrine étaient séparés, les bandelettes des bras étaient déliées, tout en conservant encore la même position ; mais le corps glorifié de Marie n'était plus sur la terre. Profondément étonnés, ils élevèrent en même temps les-bras et les yeux vers le ciel, comme si le corps de la Vierge venait seulement d'être enlevé à la terre, et Jean, sortant de la grotte, dit à ses amis : « Venez donc et voyez, elle n'est plus ici. » Alors ils entrèrent deux à deux dans l'étroite grotte et virent avec étonnement les linges et les bandelettes qui ne renfermaient plus rien. Sortis de la grotte, ils se prosternaient à terre, élevaient vers le ciel les bras et les yeux, pleuraient, priaient, louaient Notre-Seigneur, et, comme