CHAPITRE TROISIÈME
taierit d'ao côté un bel épi et de Taiiire une magnifique grappe de raisin, se faisant contre-poids. Depuis leur retour de Bethléem, ils solennisaient chaque année cet anniversaire par une fête de trois jours.
J'ai encore vu que par suite des communications divines, quinze ans avant la naissance du Sauveur et le jour même de la Conception de la Vierge, les adorateurs des astres aboUrent une pratique épouvantable qui se conservait depuis longtemps parmi eux sous l'influence de traditions altérées de la façon la plus triste; il s'agissait d'horribles sacrihces d'enfants. A différentes époques et de différentes façons, ils avaient immolé de leurs semblables et surtout des enfants.
Voici comment se pratiquait, au temps de Marie, cet affreux sacrifice. On prenait l'enfant de la mère la plus pure et la plus pieuse, et elle se trouvait heureuse de l'offrir d'elle-même. On l'écorchait et on le recouvrait de farine, afin de recevoir son sang. Cette farine trempée de sang était à leurs yeux un aliment sacré, et on recommençait à le recouvrir de farine que l'on mangeait ensuite, jusqu'à ce que la victime eût perdu tout son sang. Enfin la chair de l'enfant était coupée en petits morceaux, distribuée et dévorée (1). Je les ai vus accompUr cette horrible cé-
(i) On croit devoir rappeler, relativement à ce détail, une calomnie que les païens répandaient aux premiers siècles contre les chrétiens et a laquelle Minutius Félix répond avec d'autres apologistes. Suivant les bruits populaires, les chrétiens présentaient a ceux qui devaient être initiés a leur religion, ces enfants qu'ils avaient eu soin de couvrir de farine, pour cacher le crime qu'ils allaient consommer. Le prosélyte devait à plusieurs reprises frapper l'enfant de son couteau. Mors on suçait le sang avec avidité, on découpait l'enfant en petits morceaux, et on le mangeait sans rien en laisser. Par ce crime commis en commun, les chrétiens se donnaient mutuellement mi gage de silence tant sur ce point que touchant d'autres abominations par lesquelles se terminaient leurs réunions. Ne faudrait-il pas chercher l'origine de cette calomnie dans les sacrifi-
rémonie avec beaucoup de ferveur et de simplicité, et il me lui dit qu'ils en étaient arrivés à ces pratiques infâmes pour avoir mal compris et défiguré des symboles prophétiques de la sainte Eucharisiie.
Je vis cet affreux sacrifice en Chaldée, dans la tribu de Menzor, l'un des rois mages; mais le jour de la Conception de la Vierge, il reçut dans une vision des lumières, grâce auxquelles il l'abolit. Je l'ai vu encore, au sommet d'une haute pyramide de bois, occupé à observer les astres, ainsi que ses ancêtres le faisaient depuis des siècles, conformément à d'anciennes traditions. Je l'ai vu subitement ravi au moment même où il considérait les astres; il était devenu étranger à tout ce qui l'entourait. Ses compagnons, s'étant approchés, s'efforcèrent de le faire revenir à lui ; mais d'abord il sembla ne pas les reconnaître. Il avait vu l'étoile avec la Vierge, la balance, l'épi, la grappe de raisin, et reçu à ce sujet des lumières qui l'avaient déterminé à abolir ces pratiques abominables.
Comme je venais d'avoir à ma droite, dans mon sommeil, l'affreux spectacle de ce sacrifice, je me retournai, épouvantée, sur ma couche, mais je re-
ces d'enfants pratiqués par ces adorateurs des astres qui furent au nombre des premiers convertis a la foi ? Quoi qu'il en soit, des traditions respeclables à leur point de départ, mais altérées par la superslilion, comme nous le voyons ici chez les mages, ont pu être le motif qui a déterminé souvent des juifs a immoler des enfants chrétiens; et s'il en est ainsi, on doit voir dans ces horreurs, une* nouvelle raison, non pas de mépriser ce pauvre peuple, mais d'en avoir pitié, puisqu'on retrouverait au fond de tout cela une secrète a^^piration vers le Messie, aspiration étrangement altérée. Ces tristes phénomènes qui apparaissent si souvent dans l'histoire n'ont pas, que nous sachions, été recueillis et approfondis comme ils auraient dû l'être, ni étudiés avec l'impartialité désirable. On a tiouvé plus commode de les mettre simplement sur le compte du fanatisme, comme on l'a fait si souvent dans ces derniers temps pour la plupart des énigmes liisloriques qui se perdent dans la nuit des temps.