CHAPITRE TROISIÈME
trouvai à ma gauche un tableau absolument semblable. Je conjurai instamment Notre-Seigneur de me délivrer de ces objels alTreux; je m'éveillai, j'entendis sonner l'heure, et mon céleste époux me dit, en me montrant la terre : « Vois donc des choses bien plus aiTreusesque plusieurs me font subir chaque jour dans le monde entier. » Gomme je portais les yeux de tous les côtés, j'aperçus avec les yeux de l'esprit des choses plus abominables encore que ces sacrifices d'enfants; plusieurs, célébrant indignement et sacrilégement les saints mystères, immolaient cruellement Jésus lui-même sur l'autel. La sainte hostie, ou plutôt l'enfant Jésus plein de vie, était sur l'autel entre les mains de prêtres indignes et corrompus qui le déchiraient avec la patène et le torturaient de la façon la plus horrible. Leur sacrifice, tout en réahsant véritablement les saints mystères, était un cruel déicide (1).
La même barbarie me fut encore montrée dans les traitements alTreux que l'on faisait subir aux membres du Christ, aux confesseurs de son saint nom, à ceux que Dieu a daigné prendre pour ses enfants; car j'ai vu actuellement en diiTérenls lieux, tourmenter, poursuivre, persécuter un nombre infini de personnes vertueuses; et toujours c'était Jésus-Christ qui souffrait en elles. Notre époque est une époque affreuse; nulle part il n'y a d'asile pour la vertu, un alfreux nuage, celui du péché, est étendu sur le monde entier , et je vois les hommes accomplir avec froideur et indifférence les choses les plus épouvan-
f{) De même que le sacrifice du Calvaire a été accompli par les ordres cruels de prêtres impies et par les mains sanguinaires d'infâmes bourreaux, le sacrifice de l'autel, alors même qu'il' est célébré indignement, est toujours un vrai sacrifice; mais le prêtre indigne tient en même temps la place des prêtres juifs qui condamnèrent le Sauveur et des bourreaux qui l'attachèrent à la croix.
tables. Je vis tout cela dans une longue suite de tableaux différents, tandis que mon âme était transportée dans un grand nombre de pays à travers la terre entière. Enfin j'arrivai aux tableaux de la fête de l'immaculée Conception.
HISTOIRE DE LA FÊTE DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. — ÉPOQUE A LAQUELLE EUT LIEU CE MYSTÈRE.
Je ne saurais plus dire la façon merveilleuse dont j'ai voyagé en songe la nuit dernière. Je me suis trouvée dans les contrées du monde les plus distantes et cela aux époques les plus diverses, et j'ai vu la fête de l'immaculée Conception de Marie , célébrée souvent dans les localités les plus éloignées du monde. J'ai été aussi à Ephèse et j'ai vu la solennité célébrée dans la maison de la Mère de Dieu qui était alors transformée en église. Cela devait se passer à une époque très-reculée, car j'ai encore vu en parfait état le chemin de la Croix établi par la Vierge ; le second le fut à Jérusalem et le troisième à Rome.
Les grecs ont célébré cette fête longtemps avant leur séparation d'avec l'Eglise. Je me rappelle encore, mais pas très-distinctement, quelque chose de ce qui y donna occasion. Je vis qu un saint, je crois que ce fut saint Sabas, avait eu une vision relative à Fimmaculée Conception. Il vit la Vierge debout sur le globe terrestre, écrasant la tête du serpent, et reconnut que, seule, Marie n'avait pas été atteinte par lui et qu'elle était immaculée dans sa Conception (i). Je vis encore
(1) L'écrivain a lu, le 5 juillet 1835, que d'après une note du cardinal Baronius sur le Martyrologe romain, 8 décembre , il y a à la bibliothèque Sforza, à Milan, un manuscrit, no 65, cojilenant un discours de rjEmpercur Léon, qui monta sur le trône en 886, sur