CHAPITRE TROISIÈME
qu'une église grecque, ou plutôt un évêque, ne voulant pas le croire, la même image vint à lui au-dessus de la mer. Je vis l'image traverser les flots, s'agiter au-dessus de l'église, y entrer et se placer au-dessus de l'autel, ce qui détermina les fidèles à célébrer également la fête. On possédait dans cette église un portrait en pied de la Vierge, peint par saint Luc d'après nature,- elle portait un voile et une tunique blanche. Je crois qu'on l'avait reçu de Rome, où actuellement on ne possède plus qu'un buste du même saint. Elle était au-dessus de l'autel, à l'endroit même où apparut la Vierge foulant aux pieds le serpent. Je crois qu'elle est encore à Gonstantinople ou du moins qu'on l'y a vénérée à une époque ancienne.
J'ai été aussi en Angleterre et j'y ai vu la fête introduite et célébrée en un temps déjà bien éloigné de nous. J'ai vu dès avant hier , à l'occasion de la fête de saint Nicolas, un prodige qui s'y rattachait. J'ai vu un abbé d'Angleterre exposé sur la mer à de trèsgrands dangers. Gomme les passagers avaient imploré instamment la protection de la mère de Dieu, je vis saint Nicolas, évéque de Myre, planer au-dessus de la mer, s''approcher du vaisseau et dire à l'abbé que Marie l'avait envoyé lui dire qu'il devait faire célébrer le 8 décembre la fête de l'immaculée Conception, ainsi le vaisseau arriverait au port. L'abbé ayant demandé de quelle façon on devait célébrer la fête, le saint répondit qu'elle devait l'être de la même façon
celte fête célébrée a Gonstantinople, ce qui autorise à croire qu'elle ïut introduite dans VEgiise beaucoup plus tôt. Suivant Canisius, de heatissima virgine Maria, Yû), 1, c. 7, et Galatinus, De arcanis cathoUcœ veritatis, lib. Vil, c. 5, cette fête est menlionnée dans le Martyrologe de saint Jeaa Damascène. — L'abbé Sabas, dont parle la Sœur, est connu pour sa dévotion envers la sainte Vierge; il mourut vers l'an 500,
que la Nativité. Le nom d'Anselme (1) fut aussi prononcé à roccasion de l'introduction de la fête, mais je ne me rappelle plus les détails. J'ai vu encore rétablissement de la fête en France et comment saint Bernard réclama, parce qu'on n'avait pas eu recours à l'autorité du pape
Ce qui précède touchant la béncdiction de Joachim et d'Anne est un résumé des visions que la sœur Enmierich avait chaque année pondant la fête de l'immaculée Conception (8 décembre). Toutefois elle dit en 1821, le jour même de la fête, que la rencontre des deux saints époux sous la porte doiée n'avait pas eu lieu en décembre, mais dans l'automne, a la lin de la fête des Tabernacles (qui durait du 45 au 23 Tisri, lin de septembre et commencement d'octobre.) Ainsi elle vit qu'avant de se rendre au temple, Joachim disposa les tentes de feuillage avec ses bergers (3) et qu'Anne reçut la promesse de la fécondité, au moment même où elle priait sous un arbre disposé de façon à ligurer une tente (4). D'autre part elle avait dit l'année précédente qu'elle se rappelait que Joachim avait choisi pour porter son offrande au temple, où il devait retrouver sa femme, l'occasion d'une fête de la Dédicace du temple; or, d'après ce qui précède, il ne peut être ici question de la grande fête de la dédicace du temple, laquelle avait lieu en hiver (25 Casleu), mais bien d'une fêle commémorative de la dédicace du temple de Salomon, fête que, suivant les visions de la Sœur sur la seconde année de la vie publique, le divin Sauveur passa a Ruma à quelques lieues de Salem, précisément à la fin delà fête dos Tabernacles, et où il prêcha sur la
(1) 11 faut observer que la Sœur ne dit point que ce fut Anselme qui eut la vision, tandis que cela est affirmé par Pierre de Natalibus, dans son Catalogue des Saints (lib. I, cap. 42), ainsi que l'écrivain l'a vu en juillet 1835. Ainsi elle semble s'accorder plutôt avec ie cardinal Baronius qui, dans une note sur le Martyrologe roMiain, 4 décembre, attribue la vision non pas a saint Anselme, mais à l'abbé bénédictin Elsinus ou Elpinus, en 1(70 et par conséquent avant saint Anselme. ,J. Carthagène , dans ses homélies sur les Mystères admirables de la Mère de Dieu, tom. I, lib. I, hom. 19, semble dire la même chose d'après une lettre de saint Anselme aux évèques d'Angleterre. Le saint archevêque de Cantorbéry fut le premier a introduire la fête en Angleteri e.
(2) 1.11e fut établie en Tan 4245 par le chapitre de Lyon, auquel saint Bernard adressa des réclamations,
(3) Chap. II, p. 42.