‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 59 sur 304 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

chambre à coucher et s'étendit sur son lit. Les femmes, ayant déshabillé l'enfant, lui firent prendre un bain, l'enveloppèrent de nouveau et le rendirent à sainte Anne. Il y avait là un petit berceau d'osier entrelacé qu'on pouvait à volonté attacher de l'un des côtés du lit, contre la muraille ou au pied, de façon à ce que l'enfant fût auprès de sa mère, tout en n'étant pas dans le même ht.

Les pieuses femmes appelèrent alors saint Joachim ; il s'approcha du lit, s'agenouilla, etarrosa l'enfant d'un torrent de larmes; enfm, le levant dans ses bras, il chanta un cantique comme Zacharie à la naissance de Jean-Baptiste. Il parla dans ce psaume du germe saint que Dieu avait déposé dans Abraham, qui s'était développé dans le peuple de Dieu par l'alliance scellée de la circoncision, qui avait atteint toute sa maturité dans cet enfant et ne devait plus se propager selon la chair. Je lui entendis encore dire dans ce cantique que cette parole du prophète était enfin accomplie : « Un nouveau rameau naîtra sur la racine de Jessé. » Il dit aussi avec beaucoup d'humilité et de piété qu'il était prêt à mourir. Je remarquai que ce fut seulement alors que Marie d'Héli, la fille ainée de sainte Anne, vint voir sa jeune sœur ; bien qu'elle fût mère depuis plusieurs années, elle n'avait pas été présente à la naissance de Marie, sans doute parce que, d'après les idées des juifs, il ne convenait pas qu'une fille même mariée assistât aux couches de sa mère. Le matin je vis les serviteurs, les servantes et un grand nombre de gens du voisinage réunis autour de la maison. On les fit entrer par groupes et les femmes montrèrent à tous l'enfant; beaucoup furent touchés et plusieurs £e convertirent. Un grand nombre de voisins s'étaient empressés de venir, parce qu'ils avaient vu durant la nuit une grande lumière planer au-dessus de la maison et que la maternité accordée à sainte Anne, après

une longue stérilité, était considérée comme une grâce extraordinaire.

ALLÉGRESSE QUE CAUSE AU CIEL ET DANS LES LIMBES LA NAIS- SANCE DE LA VIERGE. — MOUVEMENT DANS LA NATURE ENTIÈRE.

Tandis que la jeune enfant reposait sur les bras de sa mère, je la vis en même temps dans le ciel présentée devant la face de la très-sainte Trinité »et saluée par lesacclamations joyeuses de toutes les armées célestes. Je vis que toutes ses joies, toutes ses douleurs, toutes ses gloires lui lurent alors manifestées d'une manière surnaturelle. Marie fut instruite d'un nombre infini de mystères, et cependant elle était et demeura uo enfant. Nous ne comprenons rien à sa science, parce que la nôtre s'est développée sur l'arbre fatal du Paradis. Elle savait tout cela de la même façon qu'un enfant connaît le sein de sa mère et sait qu'il doit y puiser. Au moment où je cessai de voir l'enfant ainsi instruite dans le ciel par la grâce, je l'entendis pleurer pour la première fois. Je vois souvent des tableaux analogues; mais je ne puis bien les rendre, et la plupart des hommes n'y comprennent absolument rien, aussi je m'abstiens ordinairement d'en parler.

Au moment même de la naissance delà Vierge, j'ai vu le mystère annoncé aux patriarches dans les limbes ; je les ai vus tous, et surtout Adam et Eve, pénétrés d'une joie inexprimable, parce que la promesse du paradis était enfin réahsée. Je vis encore que les patriarches avancèrent dans l'état de grâce, que les limbes s'illuminèrent et parurent s'agrandir, et qu'ils agirent eux-mêmes plus efficacement sur la terre. Ce fut comme si les travaux, les pénitences, les efforts,

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