CHAPITRE QUATRIÈME
les soupirs, les cris d'amour de leur vie entière étaient arrivés à leur complément.
En ce même moment de la naissance de la Vierge, je vis un mouvement extraordinaire de joie dans la nature, dans les animaux, ainsi que dans le cœur des gens de bien, et j'entendis des chants d'allégresse. Les pécheurs, au contraire, furent en proie à l'angoisse et au déchirement du cœur. Surtout je vis, aux environs de Nazareth et dans tout le reste de la Palestine, un grand nombre de possédés éprouver en ce moment des accès furieux; ils se précipitaient de côté et d'autre en poussant des cris épouvantables, et les démons s'écrièrent par leur bouche : « Nous sommes obligés de fuir, nous ne pouvons rester ici. »
ANNE LA PROPHÉTESSE ET LE VIEILLARD SIMÉON. — LA NAIS- SANCE DE LA VIERGE ANNONCÉE EN GHALDÉE ET EN EGYPTE,
Je vis à Jérusalem comment, à l'heure de la naissance de la Vierge, le vieillard Siméon, qui demeurait au temple, fut réveillé par des cris affreux poussés par des fous et des possédés, qui habitaient dans une rue voisine de la montagne du temple un édifice dont il avait du moins en partie la surveillance. Je le vis à minuit, sur la place en face de la maison, demandant à l'un de ces malheureux la raison des cris épouvantables avec lesquels il réveillait tout le voisinage. Pour toute réponse, il cria plus bruyamment encore qu'il devait fuir. Siméon ayant ouvert la porte, le possédé se précipita violemment dehors, et Satan s'écria : « Je dois fuir, nous devons tous fuir : une Vierge est née. Il y a maintenant sur la terre un nombre infini d'anges qui nous tourmen-
/02 VIE DE LA TJIÈS-SAINTE >IEUGE.
lent; el nous qui devons fuir maintenant, nous ne pourrons jamais plus posséder qui que ce soit. » Je vis Siméon prier avec ferveur; l'infortuné fut jeté en tous les sens sur la place, et je vis le démon obligé de le laisser. Je fus très -heureuse de voir le vieillard Siméon.
Je vis en; ore Anne la prophétesse et Noémi, sœur de la mère de Lazare, qui devait être dans la suite la maîtresse de Marie au temple, réveillées à la même heure et instruites par des visions de la naissance d'une enfant d'élection. Elles se rendirent aussitôt Tune auprès de l'autre, et se communiquèrent ce qu'elles avaient appris; je crois qu'elles connaissaient sainte Anne.
Cette même nuit, j'ai vu, dans une ville de la Chaldée, cinq sibylles on vierges prophétiques avoir des visions et aller en rendre compte aux prêtres; bientôt ceux-ci annoncèrent de différents côtés qu'ils avaient vu qu'une Vierge était née, qu'un grand nombre de dieux étaient descendus sur la terre pour la saluer, et que d'autres , en proie à un violent désespoir, avaient fui devant elle. Je vis aussi qu'à partir de l'heure de la naissance de la Vierge, les observateurs des astres qui, depuis la conception de Marie, voyaient dans une étoile une vierge tenant dans une balance en équilibre une grappe de raisin et des épis de blé, n'aperçurent plus cette image dans l'étoile; il leur sembla qu'elle en était sortie; ils croyaient voir un vide dans l'étoile, et elle semblait se diriger yers un certain pays. Ce fut alors qu'ils firent fabriquer et qu'ils placèrent dans leur temple la grande figure que j'ai vue chez eux dans mes contemplations de la vie publique du Sauveur, et qui se rapportait à la sainte Vierge (I).
(1) Le 7 décembre de la troisième année de la vie publique de