‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 6 sur 304 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

faire de longs détours par toutes les stations du chemin de la Croix.

Quand je voyais ces chers parents de la Vierge soupirer ainsi ardemment après le salut, ils m'apparaissaient toujours avec des traits et sous un costume étrangers, et cependant ils étaient si près de moi et tout en eux était si distinct, que je me rappelle même maintenant, que j'ai encore sous les yeux chacun de leurs traits et tout le détail de leur physionomie. Je me disais toujours : « Qui sont donc ces gens-là ? Tout cela n'est pas comme maintenant, et cependant ces gens sont bien là, et tout cela existe réellement, » et j'avais toujours l'espérance de les revoir encore. Ils étaient extrêmement exacts et précis dans toutes leurs actions, dans toutes leurs paroles et surtout dans leurs pratiques de dévotion, et l'unique chose dont ils se plaignissent c'étaient les souffrances de leurs semblables.

FAMILLE DE SAINTE ANNE. — LES ESSÉNiENS. (Juillet et août 4821.)

J'ai eu une vision très-circonstanciée relative aux ancêtres de sainte Anne, la mère de la sainte Vierge. Ils demeuraient à Mara, non loin du mont Horeb, et avaient des rapports spirituels avec une classe d'Israéhtes singulièrement pieux, sur le compte desquels j'ai vu bien des choses ; je vais reproduire ce que j'en sais encore. J'ai passé avec eux presque toute la journée d'hier, et si je n'avais pas été dérangée par tant de visites, je n'en aurais certainement pas oubhé une grande partie.

Les pieux Israélites avec lesquels étaient Hés les ancêtres de sainte Anne, s'appelaient Esséniens ou

Esséens. Ils ont reçu successivement trois noms différents, celui d'Escaréniens, celui de Casidéens, enfin celui d'Esséniens ou Esséens. Le premier de ces 'noms venait du mot escara ou ascara, lequel désignait la partie de la victime que l'on réservait à Dieu ou la fumée qui s'élevait vers le ciel dans le sacrifice non sanglant (i). Le mot casidéens veut dire les

(\) En relisant en juillet 1840, au moment de Timpression, ces notes recueillies dans le courant d'août 1821, l'écrivain demanda à un théologien Yersé dans l'étude des langues orientales l'explication du mot ascam et reçut de lui les détails intéressants qui suivent. Le mot ascara veut dire souvenir [commemoratio)^ et désigne la partie du sacrifice non sanglant que le prêtre brûlait sur Tautel pour honorer Dieu et lui rappeler ses promesses miséricordieuses. Les sacrifices non sanglants, ou ohlations d'aliments, consistaient d'ordinaire dans l'offrande d'une certaine quantité de farine de froment pétrie avec de l'huile, et où l'on déposait de l'encens. Le prêtre brûlait tout l'encens et une poignée de la farine présentée avec Thuile ou du gâteau fait avec cette farine ; c'était Vascara {Lévitiq. n, 2, 9, 16). Dans roffrande des pains de proposition, l'encens seul servait à'ascara [Lévitiq., xxiv, 7), Dans le sacrifice pour le péché, sacrifice dans lequel on offrait seuiemcnt de la farine, sans huile ni encens, on se contentait de brûler comme ascara une poignée de iai\ nie{Lévif.iq. v, 12). Il en était de même pour le sacrifice d'une femme soupçonnée d'adultère, dans lequel on ne piéspnSait d'aiiieurs que de la farine d'orge [ISum., v, 16, 25, 26). Dans ce dernier passage [Num. v, 15), la Vulga'e ne traduit pas le mot ascara; dans les autres elle le traduit successivement par memoriale^ memoria et monumentum. La narratrice n'a pas Mt connaître les motifs qui ont fait donner d'abord aux ifissénieus une dénomination tirée de ce mot ascara; mais quand on se rappelle qu'ils n^offraient pas au temple de sacrifices sanglants, se contentant d'y envoyer des présents, et que d'ailleurs, par la continence et la mortification dont ils faisaieiit profession, Ils s'immolaient, en quelque sorte, par un sacrifice de tous les instants, 015 peut supposer que si l'on avait donné à ces hommes, devenus étrangers à la vie charnelle, un nom dérivé de Vascara, c'est-à-dire de la partie de la mincha, ou sacrifice non sanglant, qui était attribuée à Dieu, c'était ou parce qu'ils ofi'raient des sacrificeb de ce genre, ce que l'on ne peut cependant pas affirmer d'une manière positive, ou parce que, par leur vie sainte, ils étaient aux autres IsraéUtes ce qu'était Vascara^ comparé au reste du sacrifice.

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