CHAPITRE QUATRIÈME
versé ce pays avant eux avait fait les mêmes observalions, et leur avait dit que ces phénomènes singuliers avaient donné lieu à l'établissement de la féte.
J'ai vu maintenant les circonstances mêmes de cet établissement. Deux cent cinquante ans environ après la mort de la sainte Vierge, j'ai vu un saint homme parcourir le pays, recherchant et honorant tous les lieux signalés par le passage du divin Sauveur sur la terre. J'ai vu que ce saint homme était spécialement guidé par Dieu et que souvent il lui arrivait de passer plusieurs jours de suite dans la prière et la méditation, où il goûtait de grandes douceurs et recevait les communications divines. Pendant plusieurs années, il avait, la nuit du sept au huit septembre, ressenti une grande allégresse dans la nature, et entendu dans les airs des chants joyeux; enfin, sur ses instantes prières, un ange lui avait révélé durant son sommeil que c'était cette nuit-là qu'était née la sainte Vierge Marie. Il eut cette communication dans un voyage qu'il fit au mont Sinaï ou au mont Horeb ; on lui dit en même temps qu'il y avait là, dans une grotte autrefois habitée par le prophète Elle, une chapelle murée en l'honneur de la mère du Messie, et qu'il devait faire connaître ces deux circonstances aux solitaires qui demeuraient sur la montagne. Je le vis bientôt arriver au mont Sinaï. L'endroit où est maintenant le couvent était dès lors occupé par quelques solitaires; du côté de la vallée il était aussi escarpé qu'il l'est maintenant que l'on doit se faire monter au moyen d'une poulie; j'ai vu que, par suite de ses communications, la fête de la Nativité de la Vierge y fut célébrée pour la première fois par les solitaires le 8 septembre, environ deux cent cinquante ans après la mort de Marie : ce fut de là qu'elle passa dans le reste de l'Eglise.
Je vis encore que les solitaires se mirent à rechercher avec le pèlerin la grotte d'Elie et la chapelle en rhonneur de la Vierge; il n'était pas facile de les trouver au milieu des nombreuses cavernes des esséniens et d'autres solitaires; je vis çà et là autour de ces grottes des jardins non cultivés, avec de fort beaux arbres à fruits. Le pieux voyageur apprit dans la prière qu'ils devaient conduire un juif avec eux dans les différentes grottes; celle dans laquelle il ne pourrait pénétrer, serait celle d'Elie. Bientôt je vis qu'ils se dirigèrent avec un vieux juif vers les grottes et que, quelques efforts qu'il fit, il fut toujours repoussé d'une de ces grottes, remarquable par son entrée étroite; ils reconnurent à ce signe la grotte du prophète, ils y trouvèrent une seconde grotte murée, dont ils ouvrirent la porte : c'était précisément le lieu où Elle avait prié en l'honneur de la future mère du Sauveur. Les grosses pierres, aux veines magnifiques, dont elle était fermée, entrèrent plus tard dans la construction de l'éghse. Ils y trouvèrent des restes précieux des prophètes et des patriarches, ainsi qu'un grand nombre de cloisons d'osier et d'objets ayant autrefois servi au culte; tout cela fut également destiné à l'éghse. J'ai vu, à cette occasion, un grand nombre de détails relatifs au mont Horeb, mais je ne les ai plus présents à l'esprit, je me rappelle encore que l'endroit où Moïse vit le buisson ardent reçut ensuite un nom qui veut dire l'ombre de Dieu, et qu'on ne pouvait y aller que les pieds nus. J'y ai vu aussi une montagne toute de sable rouge sur laquelle venaient cependant de fort beaux fruits.