CHAPITRE CINQUIÈ^IE
férieure il était fermé par des boutons ou des agrafes et laissait voir à travers cinq rangées de broderies. Le bord du manteau était également brodé : il tombait en formant de larges plis qui commençaient à la hauteur des bras. On lui jeta au-dessus de son manteau un grand voiîe chatoyant, qui semblait blanc d'un côté et présentait des reflets bleus. La couronne qu'elle porta cette fois consistait en un bandeau large et peu épais, dont le bord supérieur, plus large que celui d'en bas, était dentelé et garni de boutons. lEUe était fermée au sommet par cinq arcs qui formaient un bouton en se réunissant. Ces arcs étaient recouverts de soie; quant au bandeau qui présentait à l'intérieur le reflet de l'or, il était orné de petiîes roses de soie et de cinq perles ou pierres précieuses.
Quand la jeune enfant eut été parce de ces vêtements magnifiques dont le prêtre lui développa longuement la mystérieuse signification, on la fit monter sur le petit trône, placé devant l'autel; les jeunes filles se placèrent à ses côtés. Ce fut alors qu'elle indiqua les mortifications qu'elle voulait pratiquer au temple; elle renoncerait au poisson et à la viande, elle s'interdirait le lait et se contenterait d'eau pure avec la moelle d'une sorte particulière de roseau; c'est la boisson dont les pauvres gens se servent généralement en terre-sainte, de même que chez nous on se sert d'eau de riz ou d'eau d'orge ; quelquefois seulement elle mettrait dans son eau un peu d essence de térébinthe. L'essence de térébinthe est une sorte d'huile blanche très-visqueuse, elle est rafraîchissante, mais moins recherchée que le baume. Elle renonçait complètement à l'usage de toute essence aromatique et ne mangerait plus de fruits, excepté de ces baies jaunâtres qui croissent en grappillons; je les connais bien, elles sont recherchées en Palestine par les enfants et les pauvres. Elle se pro-
posait en outre de coucher sur la dure et de se lever trois ibis chaque nuit pour prier; les autres jeunes filles consacrées au service du temple ne se levaient qu'une l'ois.
Le père et la mère de la Vierge furent extrêmement émus en l'entendant faire ces promesses. Joachim serra l'enfant dans ses bras et lui dit, en l'arrosant de ses larmes : « Ma chère enfant, c'est beaucoup trop; si tu mènes une vie si dure, ton père ne le reverra plus. )> Je fus profondément touchée en l'entendant parler de la sorte. Les prêtres l'engagèrent à ne se lever qu'une fois la nuit pour prier ainsi que le faisaient ses compagnes et insistèrent pour qu'elle se permît encore quelques autres adoucissements, ainsi pour qu'elle mangeât du poisson aux principales fêtes de l'année. — ïl y avait à Jérusalem un marché aux poissons considérable, situé dans l'un des quartiers les plus bas de la ville. Il recevait ses eaux de la piscine de Béthesda. Une fois que la piscine était à sec, Hérode le Grand songea à faire creuser un puits et construire un aqueduc, en faisant vendre pour subvenir aux frais, une partie des vases sacrés et des ornements du temple. Ce projet excita presque une sédition. Les esséniens des différentes parties de la Palestine vinrent à Jérusalem pour s'opposer au dessein sacrilège du prince; car ils exerçaient une sorte d'inspection sur les vêtements des prêtres, ce que je viens de me rappeler à l'instant même. -- Les prêtres dirent encore à Marie : « Les jeunes filles, reçues sans pension et sans trousseau, doivent, aussitôt que leurs forces le leur permettent et en vertu des obligations contractées par leurs parents, laver les vêtements des sacrificateurs tout imprégnés de sang, ainsi que d'autres étoffes grossières. C'est un ouvrage pénible, qui ensanglante souvent les mains; pour vous, vous n'y