CHAPITRE CINQUIÈME
êtes pas obligée, parce que vos parents pourvoient à votre entretien au temple. » Mais Marie répondit sans hésiter qu'elle se livrerait volontiers à ce genre d'occupation si on l'en jugeait digne. Telles furent ies épreuves et les interrogations que je remarquai dans cette cérémonie de la prise d'habit.
Pendant cette cérémonie sainte, je vis à plusieurs reprises la taille de Marie se développer de telle façon qu'elle semblait être plus grande que les prêtres : ce qui me donna une idée de sa sagesse et des grâces qui la remplissaient. Les prêtres étaient remplis d'étonnement et d'allégresse.
A la fin de la cérémonie, j'ai vu la très-sainte Vierge recevoir la bénédiction de celui des prêtres qui était le plus élevé en dignité. Pour cela elle se plaça sur un siège élevé entre deux prêtres, celui qui devait la bénir était en face d'elle et un autre par derrière. Les prêtres, tenant des rouleaux à la main, récitèrent quelques prières en se répondant l'un à l'autre et le plus digne la bénit en étendant les mains sur elle. En ce moment il me fut donné de pénétrer d'une façon mystérieuse dans l'intérieur de la trèssainte Vierge. Je la vis comme pénétrée et illuminée par la bénédiction du prêtre, et je crus voir sous son cœur au milieu d'une gloire dont la parole ne saurait rendre la splendeur, ce que je vois dans l'objet trois fois saint de l'arche d'alhance. Dans un corps lumineux de la forme du calice de Melchisédech je vis la bénédiction sous des traits admirables et resplendissants de lumière; il me sembla voir du froment et du vin, de la chair et du sang qui tendaient à s'unir de la façon la plus intime. Presque en même temps, son cœur s'ouvrit comme la porte d'un temple, le trésor infiniment précieux de l'arche d'alhance, autour duquel s'était formée une sorte de trône céleste fait d'un grand nombre de pierres symboliques^ pé-
nétra dans son cœur entr'ouvert, et je crus voir l'arche d'alliance entrer dans le saint des saints; alors il me sembla que le cœur de Marie renfermait l'objet le plus précieux qui fût alors sur la terre. Bientôt je ne le vis plus, je vis seulement la sainte enfant pénétrée de la splendeur de la flamme qui brûlait en son cœur. Je la vis comme transfigurée et planant au dessus du sol. lime fut dit en ce moment que l'un des prêtres qui étaient présents (1) sut par une inspiration céleste que Marie était le vase d'élection du mystère de salut : il reçut même un rayon de la bénédiction divine que je vis entrer en lui sous une forme sensible.
Alors les prêtres conduisirent à ses parents visiblement émus la jeune enfant encore revêtue de sa magnifique parure. Sainte Anne la souleva dans ses bras, la pressa contre son sein et l'embrassa avec un pieux attendrissement. Joachim profondément touché lui présenta la main avec une gravité respectueuse. La sœur ainée de la Vierge embrassa sa sœur avec plus de vivacité que sainte Anne laquelle était grave et mesurée dans tout ce qu'elle faisait. — Marie Cléophas, la petite nièce de la Vierge, l'embrassa cordialement, ainsi que les autres enfants. Quand toutes les personnes présentes eurent ainsi rendu hommage à la sainte enfant, on lui ôta ses habits de fête que l'on remplaça par des habits ordinaires.
Vers le soir plusieurs étrangers, entre autres des prêtres, retournèrent chez eux. Avant leur départ je les vis prendre sans s'asseoir un léger repas, une table assez basse était chargée d'assiettes et de plats couverts de fruits et de petits pains. Ils burent tous
(1) En racontant le même événement en 1820, elle dit que ce prêtre n'était autre que Zacharie.