‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 75 sur 304 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

L'année précédente (1820), dans le courant du mois de novembre, la sœur Emmerich, en racontant ses méditations relatives a la pré;sentation de la très-sainte Yierge, parla encore de l'apparition des enfanis prophètes avec des circonstances qu'on croit utile de rappeler .

Le i 6 novembre dans la soirée, on déposa une ceinture de pénitence à peu de distance du lit de la"sœur Emmerich alors endormie. Un homme qui voulait s'exercer a la mortification, mais qui était complètement dépourvu d'une sage direction, se l'était faite lui-même avec de grosses courroies de cuir percées de clous aigus, mais il avait pu à peine la supporter pendant une heure. Comme on l'avait déposée à quelques pas de sa couche, la sœur, sans s'éveiller, retira précipitamment les mains en disant : « C'est une pensée déraisonnable et impraticable ; moi aussi, il y a longtemps, obéissant a une inspiration d'en haut, je me suis fait une ceinture pour me vaincre et me mortifier, mais elle était formée uniquement de pointes de til de laiton , courtes et rapprochées. Cette ceinture ne saurait être employée sans danger; cet excellent homme s'est donné beaucoup de peine pour la fabriquer, mais il n'a pu la porter que fort peu de temps. On ne doit rien faire de ce genre sans les conseils d'un directeur éclairé; mais il ne le savait pas; car il ne pouvait avoir le guide dont il avait besoin. Ces exagérations sont toujours plus préjudiciables qu'utiles. »

Le lendemain matin, comme elle racontait ses méditations de la nuit sous la forme d'un voyage fait en songe qui s'était mêlé au tableau du départ de la sainte Vierge pour le temple, elle dit avec beaucoup d'autres choses : « Je suis allée ensuite a Jérusalem, je ne sais plus bien à quelle époque ; c'était un tableau de l'époque des anciens rois d'Israël, mais je l'ai oublié. Ensuite j'ai dû retourner à Nazareth chez sainte Anne. A quelque distance de Jérusalem, deux jeunes garçons se sont joints à moi, ils suivaient la même route. L'un

vers cette époque, elle avait sous les yeux le tableau du départ de Marie pour le temple, et toujours elle voyait les deux prophètes, sous les traits d'enfants, paraître sur la scène. Elle les voit à Tàge d'enfant et non à celui qu'ils avaient au temps de leur ministère, paroe qu'ils n'assistent pas personnellement à l'action et qu'ils n'y figurent q le comme symboles. Si l'on se rappelle que des peintres placent souvent dans des tableaux historiques des personnages desiiiiés à faire ressortir telle ou telle vérité, et qu'ils représentent, non avec leur forme naturelle, mais sous les traits d'enfants, de génies j d'anges, on verra que ce moyen ne leur a pas été fourni par* l'imagination, mais qu'il est fondé sur la nature môme des choses; ainsi la sœur Emmerich n'a pas imaginé ces figures symboliques, elle n'a fait que co istater leur présence dans les tableaux qui lui étaient montrés.

portait avec beaucoup de dignité un rouleau dans la main, le plus jeune avait le sien attaché a un bàlon et s'anuisait a le faire flotter dans les airs comme si c'eût élé un drapeau. Ils s'entretinrent joyeusement avec moi de la plénitude des temps de leurs prophéties, car ils fleuraient des prophètes. J'avais non loin de moi l'alfreuse ceinture qui m'avait été apportée la veille; je ne sais pourquoi je la montrai à l'un des jeunes prophètes, a Elle. 11 me dit : « Cette ceinture est un instrument de torture qu'il n'est pas permis de porter. Sur le mont Carmel j'ai fait et porté moi-môme une ceinture de pénitence que j'ai laissée a tous mes enfants, aux carmes et aux carmélites. Voila la ceinture qu'il doit porter; elle lui sera bien plus utile. »

« La-dessus il me montra une ceinture large comme la main, avec des lettres et des lignes qui désignaient différentes luttes et morlilications, et il me montra chaque partie eu disant : 11 pourrait porter ceci huit jours, ceci pendant un jour seulement, et ainsi de suite. — Oh si cet excellent homme pouvait savoir cela! »

« Au moment où nous fûmes arrivés a la maison de sainte Anne, je voulus entrer, mais je ne pus y parvenir ; et mon guide, mon ange gardien, me dit : « Tu dois avant tout te décharger de biea des choses, lu dois revenir à l'âge de neuf ans. » Je ne comprenais pas ce que j'avais à iaire, mais il me vint en aide, sans que je puisse dire par quel moyen ; il fallut retrancher trois années de mon existence, les trois années durant lesquelles j'étais si curieuse de ma toilette et je voulais toujours être une belle demoiselle. Tout a coup je revins à l'âge de neuf ans, et il me fut possible d'entrer chez îrainle Anne avec les enfants-prophètes. La jeune Maiie, âgée de trois ans, vint au-devant de moi, elle se mesura avec moi, elle était aussi grande ; ôh comme elle était belle et aimable, et avec tout cela parfaitement grave et sérieuse l »

*< Bientôt je pénétrai plus avant dans la maison et je me plaçai à côté des jeunes prophètes. Oli semblait ne faire aucunement attention à nous, nous ne gênions personne. Ces illustres prophètes, morts depuis un si grand nombre de siècles, se voyaient sans étonnement sous les traits de ces jeunes enfants, et moi, vieille religieuse de quarante et des années, je ne m'étonnais pas de n'être plus qu'une petite paysanne de neuf ans (t). Quand on est avec ces sainis

(1) Si la sœur Emmerich, on apparaissant elle-même sur la scène, s'est vue ramenée à sa neuvième année, cela a pu signifler que sa présence n'était pas plus réelle que celle des i;ropliètcs ; c'est à cause de la nature de son rôle qu'elle a pris les traits et l'âge d'un enfant ; si les jeunes garçons figuraient l'accomplissement des prophéties, elle flg'irait la vue, l'intelligence de leur accomplissement. — Elle sentit d'ailleurs qu'elle avait a retrancher de son existence trois années durant lesquelles elle avait été un peu vaine de sa toi-

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