‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 8 sur 304 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

repas que quand le mari avait quitté la table. Dès ces temps reculés, les ancêtres d'Anne et d'autres pieux personnages étaient au nombre des esséniens mariés. Jérémie aussi était en rapport avec eux, et ceux que Ton appelait les enfants des prophètes leur appartenaient également. Ils demeuraient presque tous dans le désert aux alentours de l'Horeb et du Carmel; plus tard, j'en ai vu aussi un grand nombre en Egypte. J'ai encore su qu'une guerre les chassa pour quelque temps du mont Horeb et que d'autres chefs les rassemblèrent ensuite; les Machabées leur étaient également affiliés. Ils avaient un respect tout particulier pour Moïse et conservaient l'un de ses vêtements sacrés, donné par lui à Aaron duquel ils l'avaient reçu. Ils le considéraient comme leur plus précieux trésor, et j'ai vu que quinze d'entre eux se firent tuer en le défendant. Leurs chefs inspirés avaient connaissance des mystères sacrés de l'arche d'Alliance.

Les 'esséniens voués à la continence étaient d'une piété et d'une pureté au-dessus de tout éloge; ils recevaient chez eux des enfants qu'ils formaient à toutes les vertus. Pour entrer dans l'ordre proprement dit, il fallait être âgé de quatorze ans au moins. Ceux que Ton connaissait antérieurement ne faisaient qu'une seule année de noviciat, tandis que les autres en faisaient deux. Ils s'interdisaient le commerce et se bornaient à échanger les produits de leurs champs contre les objets dont ils avaient besoin. Quand l'un d'entre eux avait commis une faute grave, le supérieur le rejetait du corps en prononçant sur lui une sentence d'excommunication. Elle avait une vertu analogue à celle que saint Pierre prononça contre Ananie et qui causa sa mort. Le supérieur connaissait par révélation les fautes commises par les autres. D'autres esséniens subissaient

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des châtiments corporels ; ainsi parfois le coupabl était condamne à rester debout après s'être revêtu d'une tunique extrêmement roide dont les manches étendues et immobiles étaient garnies d'aiguillons à l'intérieur.

Le mont Horeb renfermait un grand nombre de petites grottes qui formaient les cellules dans lesquelles ils demeuraient. Une grotte plus grande que les autres, à cloisons de clayonnage, servait de salle de réunion. C'étaient là qu'ils s'assemblaient vers onze heures du matin pour prendre leur repas ; chacun avait devant soi un petit pain et une coupe. Le supérieur allait de rang en rang et bénissait chaque portion. Le repas terminé, ils retournaient tous dans leurs cellules. Il y avait dans cette salle un autel sur lequel étaient rangés des petits pains bénits, recouverts d'un tapis : ils étaient considérés comme sacrés, et, si je ne me trompe, distribués aux pauvres. Les esséniens nourrissaient en grand nombre des pigeons apprivoisés qui venaient chercher leur nourriture dans leurs mains. Ils mangeaient ces oiseaux, dont ils se servaient d'ailleurs dans des cérémonies pieuses ; ils prononçaient quelques mots sur eux et les laissaient voler. J'ai vu aussi qu'ils chassaient dans le désert des agneaux, sur lesquels ils prononçaient certaines formules comme pour les charger de leurs péchés.

Je les ai vus aller trois fois l'année au temple de Jérusalem. Ils avaient parmi eux des prêtres chargés spécialement de prendre soin des ornements sacrés qu'ils purifiaient; les autres leur payaient un impôt et devaient leur donner de nouveaux vêlements quand les leurs étaient usés. Ils élevaient des troupeaux et S'occupaient de la culture des champs, mais surtout de jardinage. On voyait sur le mont Horeb entre leurs cabanes un nombre considérable de jardins et

CHÂPÎTRE PRFMÏER.

de vergers. Plusieurs d'entre eux tissaient, faisaient des nattes et brodaient même des ornements sacerdotaux. Quant à la soie, ils ne l'obtenaient pas euxmêmes, ils la recevaient par paquets et l'échangeaient contre d'autres produits. Ils occupaient à Jérusalem un quartier spécial, et au temple un endroit à part. Les autres Juifs ne les aimaient guère à cause de l'austérité de leur vie. Je vis qu'ils envoyaient au temple des offrandes, ainsi, par exemple, d'énormes grappes de raisin que deux hommes portaient au moyen d'un bâton. Ils y envoyaient aussi des agneaux, seulement on ne les immolait pas, je crois qu'on les laissait courir en liberté dans un jardin ; je ne crois pas que, dans ces derniers temps du moins, les esséniens proprement dits offrissent des sacritices sanglants. Avant de faire ces voyages au temple, ils s'y préparaient toujours par la prière, le jeûne, la pénitence et même par la discipline. Si l'un d'entre eux s'était rendu coupable d'une faute grave et qu'il s'approchât du saint, du temple sans l'avoir expiée par la pénitence, il était d'ordinaire frappé de mort subite. Quand, en se rendant à Jérusalem ou en quelque autre lieu, ils trouvaient sur le chemin un malade ou un pauvre, ils ne pouvaient poursuivre leur route avant d'avoir donné au malheureux tous les secours dont il avait besoin. J'ai vu qu'en général ils s'occupaient de médecine, ils rei^ueillaient des simples et préparaient des breuvages. Je viens aussi d'apprendre que ceux que j'ai vus dernièrement étendre des malades sur des couches d'herbes médicinales (î), étaient des esséniens.

(1)Dans l'hiver de Tannëe 1820, la petite nièce de la sœur Emmerich vint du hameau de Fiamské, près Coesfeld, à Dulmen chez sa tante; celte pauvre enfant était sujette a des convulsions violentes; chaque jour, pendant un certain temps et toujours à la même heure de la soirée, elle avait des accès affreux qui se prolongeaient sou-

J'ai SU encore qu'ils guérissaient parfois des malades en leur imposant les mains ou en se plaçant sur eux les bras étendus. Ils guérissaient aussi à distance d'une façon prodigieuse des malades qui, ne pouvant se rendre en personne auprès d'eux, se substituaient un remplaçant sur lequel on faisait tout ce que l'on aurait dû faire sur le malade. On remarquait l'heure de l'opération, c'était précisément celle de la guérison du malade.

J'ai vu que les esséniens du mont Horeb avaient dans les parois de leurs grottes de petites armoires grillées dans lesquelles ils conservaient des osse-

vent jusqu'à minuit et qui troublaient d'autant plus la malade, qu'elle connaissait la cause et le caractère du mal, comme il lui arrivait à'oidiuaire eu pareil cas. Après avoir longtemps prié Dieu de vouloir bien lui faire connaître un remède, elle finit par indïqueff une petite fleur qu'elle connaissait et qu'elle avait vu, disaitelle, saint Luc cueillir et employer contre l'épilepsie. Comme elle l'avait décrite très-minutieusement et qu'elle avait indiqué l'endroit oii elle cioissail, ton ami, le docteur Wésener, médecin régional de Dulmen, put la trouver sans trop de peine; elle reconnut dans la plante qu'il lui apporta celle qu'elle avait indiquée et qu'elle appelait la petite fleur de re7oi/e, c'était le Cerastium arvense de Linné, VHolosteum caryophyïleum des anciens. l\ est a remarquer que le vieux livre de botanique de Tabernamontanus menlionoe également T usage de cette plante pour combattre l'épilepsie. Le 22 mai 4821, elle dit, étant endormie, un peu après midi : « Arroser d*eaa » bénite de la rue ( elle l'avait déjà employée), et la petite fleur de » l'étoile, en exprimer le jus et le donner à l'enfant, est-ce que cela » pourrait lui faire mal? Trois fois déjà, il m'a été dit intérieure- » ment que je dois rexprimer moi-même et le lui donner. » L'écrivain, débirant avoir d'elle quelques indications plus précises sur celte plante, avait à son insu mis dans un morceau de papier, comme si cela eût été des reliques, quelques fleurs de celle plante; le soir venu, il attacha le petit paquet avec une épingle à la camisole de la malade. S'étant éveillée, elle dit aussitôt : « Ce n'est pas une reli- » que, c'est la petite fleur de l'étoile. » Elle conserva le papier ainsi attaché à sa camisole durant toute la nuit, et le lendemain (23 mai <82l), elle dit à son ami : «Je ne sais comment il s'est fait que toute la nuit dernière je me suis crue couchée dans un champ tout couvert de ces petites étoiles. J'ai vu différentes façons d'employer cette

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