CHAPITRE SIXIÈME
et la mère; ils n'étaient guère avec leurs enfants et ne s'en occupaient pas beaucoup ; ils me parurent n'être ni bons ni mauvais.
Joseph, qui, à l'époque où je le vis, avait environ huit ans, était tout autre que ses frères. Il avait beaucoup de dispositions et apprenait avec une extrême facihté; mais il était simple, paisible, pieux, et absolument sans ambition; ses frères le tracassaient de toute façon et faisaient de lui leur jouet. Les enfants avaient de petits jardins séparés; je vis à l'entrée, contre des piliers, des figures en partie cachées (1), assez semblables à des enfants emmailiottés. J'ai souvent vu de ces figures, et, en particulier, sur les rideaux qui ornaient l'oratoire de sainte Anne et celui de la sainte Vierge; seulement chez Marie la figure avait à la main un objet dont la forme me fit songer à un calice, et duquel sortait une espèce de serpent. Ici les figures ressemblaient davantage à des poupons dont la grosse et large face était entourée de rayons. J'ai souvent vu, et surtout autrefois, des images de ce genre à Jérusalem; il y en avait aussi dans les ornements du temple; j'en ai vu également en Egypte, où ces mêmes personnages avaient sur la tête des coiffures peu élevées. Parmi les figures que Rachel enleva à Laban, son père, il y en avait de ce genre, mais plus petites; j'en remarquai aussi d'une autre forme. J'ai encore vu chez les Juifs des figures analogues dans de petites boites ou des corbeilles. Je suppose qu'elles pouvaient représenter Moïse exposé sur les eaux; les langes ou bandelettes qui l'enveloppaient représentaient les liens nombreux dont la loi entourait le peuple hébreu. Je me suis dit souvent que ces images étaient pour les Juifs ce que sont pour nous celles de l'Enfant Jésus. .
(i) Peut-être étaient-elles dans des niches.]
J'ai vu dans les jardins de Joseph et de ses frères différentes plantes, des arbustes et de petits bosquets; souvent les frères de Joseph pénétraient en secret dans son jardin et en arrachaient les plantes qu'il préférait. Ils avaient recours à toute sorte de moyens pour lui faire de la peine. Souvent, tandis qu'il était à genoux sous la galerie, et que, tourné du côté de la muraille, il priait les bras en croix, ils s'approchaient de lui par derrière et le faisaient tomber. Un jour qu'il était ainsi à genoux, l'un d'eux lui appuya le pied contre le dos, et, comme le pieux enfant ne semblait rien soupçonner, l'autre continua si violemment son méchant manège, que le pauvre Joseph tomba rudement contre le pavé. Je reconnus alors qu'il n'était pas en état de veille et qu'il avait eu un ravissement durant sa prière. Revenu à lui, il ne se fâcha pas, il ne se vengea pas, et se contenta de chercher un coin retiré dans lequel il pût continuer sa prière.
Je remarquai aussi, dans les murailles extérieures de la maison, de petites habitations dans lesquelles demeuraient deux femmes qui n'étaient ni jeunes ni vieilles. Elles allaient toujours voilées, ce que j'ai souvent observé en ce pays touchant les femmes qui demeuraient dans les écoles. Il me semble qu'elles étaient au nombre des gens de la maison, car je les voyais aller et venir et vaquer à différentes occupations. Elles portaient l'eau, lavaient, balayaient, fermaient les fenêtres par les grillages qui les protégeaient, roulaient les lits contre la muraille et mettaient devant des nattes pour les tenir roulés. Souvent j'ai vu les frères de Joseph causer avec ces femmes, les aider dans leur travail ou même rire et plaisanter avec elles. Joseph se conduisait tout autrement; il était toujours grave et solitaire. Je crois qu'il avait aussi des sœurs qui demeuraient dans la maison. La disposition du rez-de-chaussée était tout