‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 94 sur 304 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

analogue à celle de la maison de sainte' Anne : seuielïienfe ici tout était plus vaste.

Cependant le père et la mère de Joseph se plai-^ gnaient de lui; on aurait voulu qu'il profitât de ses belles qualités pour se faire dans le siècle une position avantageuse, mais il n'en avait aucunement le désir. Il était trop simple et trop désintéressé; prier et se livrer tranquillement à un travail manuel, t^lle était son unique ambition. Pour se dérober aux persécutions continuelles de ses frères, je l'ai vu souvent, vers l'âge de douze ans, se retirer de l'autre côté de Bethléem, non loin de la grotte de la Nativité, chez des femmes pieuses qui appartenaient à une communauté essénienne; elles habitaient, sur l'un des escarpements de la colline sur laquelle Bethléem est bâti, une rangée de petites maisons creusées dans le roc, elles cultivaient des jardins voisins de leur habitation et élevaient des enfants de familles esséniennes. Souvent, tandis qu'elles récitaient chez elles, à la lueur d'une lampe, les prières que renfermait un rouleau suspendu à la muraille, je vis le petit Joseph venir chercher auprès d'elles un refuge contre les tracasseries auxquelles il était en proie, et s'unir à leurs pieux exercices. Je le vis aussi séjourner dans les grottes, dont l'une devait être dans la suite le théâtre de la naissance du Sauveur. Il y priait souvent dans le secret ou exécutait de petits ouvrages en bois; un vieux charpentier avait son ateher dans le voisinage des esséniennes, Joseph était souvent avec lui, il l'assistait dans son tr avail, et il arriva ainsi un peu à la fois à connaître son métier; au reste, la géométrie, que son maître lui avait enseignée, lui servit beaucoup pour cela.

Enfin l'animosité de ses frères lui rendit insupportable le séjour de la maison paternelle; j'ai vu qu'un ami de Bethléem, dont la maison était séparée par

un simple ruisseau de celle de son père, lui donna un déguisement, grâce auquel il sortit nuitamment de chez lui sans être remarqué; il se proposait de gagner ailleurs sa vie, au moyen du métier qu'il avait appris; il pouvait avoir alors de dix-huit à ' vingt ans.

D'abord je l'ai vu travailler chez un charpentier de Libona (1); ce fut là qu'il acheva de se former dans son art. Son maître avait une pauvre maison pratiquée dans de vieilles murailles qu'on trouvait, en sortant de la ville, le long d'un chemin étroit et es« carpé ; on eût dit un sentier conduisant aux ruines d'une citadelle. Plusieurs familles pauvres demeuraient ainsi dans ces murailles. J'ai vu là saint Joseph, entre deux hautes murailles avec des ouvertures dans leur partie supérieure, travailler à de longs morceaux de bois ; c'étaient des cadres dans lesquels il ajustait des parois en clayonnage. Son maître était pauvre, il ne faisait guère que des ouvrages de ce genre ou d'autres également modestes. Joseph était bon, simple et pieux, aussi était-il universellement aimé. Je l'ai vu rendre humblement toute sorte de services à son maître, ramasser des copeaux, prendre des pièces de bois et les transpor- . ^ ter sur le dos. Plus tard, il est passé ici avec la " Yierge, et je crois qu'il lui a fait voir son ancien atelier.

D'abord ses parents avaient supposé qu'il avait été enlevé par des voleurs. Plus tard ses frères, l'ayant

(i) 11 résulte de différentes communications de la Sœur sur la vie publique du Sauveur que la ville dans laquelle saint Joseph avait travaillé d'abord n'était pas Libona, dans la tribu de Juda, à quelques lieues de Bethléem au couchant ; mais Lébona, sur le versant méridional du mont Garizim. Celte viUe est mentionnée au livre des Juges (XXI, 19)-, il ré ulte de ce passage qu'on doit la chercher au nord de Silo. Voir Fie de Notre-Seigneur Jésus-Christ^ tom. 1, p. 267 et tom. IV, p. 119.

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