‹ Vie de la Tres-Sainte ViergeChapitre 95 sur 304 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

retrouvé après bien des recherches, le goiirmandèrent extrêmement, car ils rougissaient de sa vie obscure. Son humilité ne lui permit cependant pas d'y renoncer; seulement il quitta Libona et alla se fixer à Thanath (1) {Thanach), près de Mageddon, sur un cours d'eau qui se jette dans la mer {le Cison). Cette localité n'est pas éloignée d'Aphéca, qui fut la patrie de saint Thomas. Là il se plaça chez un maitre beaucoup plus riche, et eut à faire des ouvrages plus difficiles et mieux rétribués. Plus tard je l'ai encore vu à Tibériade travaillant pour un maître; il demeurait seul dans une maison auprès de feau, il pouvait avoir alors environ trente-trois ans. Depuis longtemps son père et sa mère étaient morts à Bethléem; deux de ses frères y demeuraient encore, les autres étaient dispersés de côté et d'autre; la maison paternelle était passée en d'autres mains, et la famille était complètement déchue.

Joseph était très-pieux et demandait à Dieu avec une ferveur extraordinaire l'avènement du Messie.

{\) Comme Thénath ou Thanath (Jos., xvi, 6) est situé, suivant Eusèbe, a dix milles de Naplouse, à l'est, du côté du Jourdain, et que, d'après les indications données par la narratrice, la localité dont il est ici question doit être placée au nord-ouest de la même ville, il est probable qu'elle a voulu dire ou qu'elle a réellement dit Thanach, au lieu de Thanath. L^écrivain qui ne connaissait guère à cette époque la géographie de la Palestine et qui d'ailleurs n'avait pas sous la main les moyens de suppléer à son ignorance, a pu d'autant plus facilement prendre l'un de ces noms ;)Our l'autre que, durant ses soutfrances ou dans l'état extatique, elle se servait habituellement du dialecte bas-allemand, usité dans le pays de Munster, ce qui faisait qu'elle altérait et changeait souvent les noms. Une circonstance qui suffirait à prouver qu'elle a réellement voulu dire Thanach, c'est que dans ses visions sur la troisième année de ja vie publique de Notre-Seigneur, elle a dit, en 4823, que le Sauveur avait prêché le '25 et le 26 du mois de siva à Thanach, ville lévltique voisine de Mageddon, et qu'il y avait visité l'atelier de son père nourricier, saint Joseph. Voir Fie de Notre-Seigneur^ tom. V, chap. yi, p. 179- i 82.

VIE DE LA TRÈS-SAhNTE VIERGE.

Un jour, comme il était occupé à faire dans sa maison un cabinet encore plus retiré pour ia prière, un ange, lui apparaissant, lui ordonna de n'en rien faire; de même qu'autrefois Dieu avait permis que le patriarche Joseph eût en Egypte l'intendance du froment, ainsi le grenier du salut devait lui être confié. Joseph, dans son humilité, ne comprit rien à cette apparition; il continua à prier avec une ferveur plus grande, jusqu'à ce qu'enfin il reçut l'ordre de se rendre au temple de Jérusalem, où il épousa la Vierge, à la suite d'une révélation divine. Avant cela je ne l'ai pas vu marié; il menait une vie très-retirée et fuyait la société des femmes.

d'un frère aîné de saint JOSEPH.

Nous trouverons encore dans le cours des. visions de la sœur Emnicrich quelques indications sur la famille et en particulier sur les frères de saint Joseph, mais elles ont été données trop incidemment et sont d'ailleurs trop liées au contexte pour qu'il soit possible de les réunir i'ji, du moins avec quelque cerlitude. Cependant nous profilerons de l'occasion qui se présente pour dire ici quelques mois d'un frère de saint Joseph, plus âgé que lui et qui demeurait en Galilée.

Les détails qui ont été donnés plus haut touchant la parenté de saint Joseph et de saint Joachim sont empruntés à une vision trèsdéveloppée de la vie de saint Barthélemi que la Sœur eut le 24 août -ÏSSs, jour de la fête de l'apôlre, à l'occasion d'une de ses reliques qui l'avait mise plus parliculièrement en relation avec lui. D est dit dans cette vision que le père de Barthélemi, qui habitait antérieuiement Gessur, avait pris longtemps les bains de Béthulie et fini par se fixer dans ce pays et qu'il y avait été déterminé principalement par son amitié pour un frère de saint Joseph, plus âgé que ce dernier. Voici ce qu'elle dit à ce sujet :

Le père de l'apôtre se fixa dans le voisinage de Dabbeseth, dans une vallée où demeurait un homme pieux du nom de Zadoch; c'était un frère ainé de saint

CIIA1>ITKE SIXIÈME.

Joseph, auquel il s'était attaciié pendant le séjour qu'il avait fait aux bains. Zadoch avait deux fils et deux filles, ces enfants avaient beaucoup de rapports avec la sainte famille. Quand l'enfant Jésus, à l'âge de douze ans, se sépara de ses parents au retour du temple, on le chercha aussi avec celte famille. Pendant l'enfance du Sauveur, j'ai vu que les fils de Zadoch furent au nombre de ses compagnons de jeux.

JEAN PROMIS A ZACHAIllE.

Je vis Elisabeth et Zacharie causer ensemble; il était triste de voir arriver le temps de son service au temple, il lui était toujours pénible d'y aller, parce qu'on le méprisait à cause de la stérilité de sa femme. Deux fois par an il était de service au temple. 11 demeurait non pas à Hébron, mais à deux lieues de là, à Jota; il y avait un grand nombre de ruines et de murs entre Jota et Hébron, comme si les delix localités n'en avaient autrefois formé qu'une seule. De l'autre côté d'Hébron, on trouvait aussi des bâtiments isolés et des groupes de maisons, qui pouvaient donner une idée de l'enceinte autrefois très-vaste de cette ville; il fut un temps, en effet, où elle était bien aussi grande que Jérusalem. Les prêtres d'un rang inférieur demeuraient à Hébron et les autres à Jota; Zacharie avait la direction de ces derniers; on l'estimait beaucoup dans le pays à cause de sa vertu et de la pureté des liens qui le rattachaient à Aaron.

Sur ces entrefaites, je vis Zacharie se réunir à d'autres prêtres du pays, en un petit manoir qu'il possédait à proximité de Jota; il comprenait un jardin avec quelques berceaux et un petit logement. Zacha-

rie pria avec les prêtres et leur fit une instruction : c'était une sorte de préparation à son service du temple. Je l'entendis parler de ses peines; cependant il avait le pressentiment de quelque chose d'important qui devait lui arriver. Bientôt je le vis se mettre en route avec eux pour Jérusalem; y étant arrivé, il dut attendre encore quatre jours que son tour fût venu; il passa tout ce temps en prières dans le temple. Quand ce fut à lui d'allumer l'encens, je le vis pénétrer dans le Saint : c'était là que se trouvait l'autel d'or des parfums, en avant de la porte qui conduisait au Saint des saints. La partie correspondante du toit avait été enlevée, de façon que l'on pouvait voir le ciel; on ne pouvait apercevoir de l'extérieur le prêtre à l'autel, mais seulement la fumée de l'encens qui s'élevait vers le ciel. Zacharie ayant pénétré dans le Saint, un prêtre lui dit quelques mots et se retira (l). Zacharie resta seul, je le vis soulever un rideau et entrer dans un endroit obscur. Il en retira quelque chose qu'il mit sur l'autel et alluma l'encens. En ce moment, je vis, adroite de l'autel, une lumière céleste descendre sur lui, puis une forme lumineuse s'en détacher et s'approcher de lui ; à cette vue, vivement effrayé et comme ravi en extase, il tomba sans vie à droite de l'autel; mais l'ange, le relevant, lui parla longuement et Zacharie lui répondit. Je vis le ciel s'entr'ouvrir au-dessus de lui et deux anges monter et descendre tour à tour comme sur une échelle. Sa ceinture était dénouée, et son vêtement ouvert, et je vis que l'un des anges lui prenait quelque chose et que l'autre lui introduisait dans le côté un petit corps lumineux. Cette scène me rappela ce que j'avais vu

(1) Les paroles qui furent alors prononcées étaient sans doute celles-ci : Allumez Vencens. Voir la Mischna, traité Tamidy \i, 3, édit. Surenhj p. 805.

Page 1