VIE DE LA TRÈS SAINTE VIERGZ
mis à mort les prophètes de Dieu, et le Fils de Dieu lui-même, son Fils unique, ont la défense sévère de mettre le pied dans Jérusalem ! Pour obtenir la permission de venir une seule Jois l'année pleurer sur les cendres de leur ville détruite, ils doivent Payer un tribut, Juste Vengeance de Dieu qui force cette nation perfide, qui un jour acheta le sang précieux de Notre-Seigneur, à acheter maintenant ses Propres larmes! Vous ver iez, le jour anniversaire de la prise de Jérusalem et de la destruction du Temple par les Romains, accourir ici de tous les Pays circonvoisins, une foule immense de Juifs, plongés dans ln plus profonde douleur : des vieillards décrépits, de Jeunes vierges, de tendres enfants, des jeunes gens dans ln fleur de l'âge, les vêtements déchirés et pleins de poussière, vous les verriez se montrer des exemples vivants de Jn colère de Dieu, dans leurs habits sombres, leurs visages amaigris, le regard triste et abnissé vers la terre, leur Pas incertain et leur chevelure en désordre. Et tandis que sur le mont des Oliviers et sur le Calvaire brille de tout son céleste éclat le signe sacré de notre Rédemption, ce peuple infortuné vient pleurer sur son Temple réduit en cendres! Oh! émouvant spectacle! A la vue de ces rues, en face de ces Murs, à l'aspect de ces habitations, si ditt rentes de celles qu'habitaient un jour leurs pères, ils laissent échapper un torrent de larmes ; d'autres se frappent la Poitrine : d'autres en- <ore se battent au visage et s'arrachent les cheveux : ils vont, poussant de profonds Soupirs, chercher, dans leur anxieuse douleur, le Temple, là où ils Savent bien qu'il n'e
ste plus! Ils
accompagnent ce deuil] si profond du son lugubre de divers instruments, pour accomplir cette parole du prophète qui annonça
que leurs solennités seraient changées en deuil ct en plaintes lugubres, Cependant l'heure ar ve à laquelle il ne leur est plus permis de rester dans Jérusalem. Avant de quitter la ville, <ette ville qu'il ne leur Sera même plus loisible de contempler de loin, Jusqu'à leur retour, à Pareil jour l’année Suivante, ils se tour ent vers les soldats qui les battent et Jes poussent dehors, le visage baigné de larmes, les hardes du voyage sur les épaules, pâles, tristes, levant vers le ciel des mains suppliantes, ils demandent Par pitié qu'on les laisse pleurer encore. Les
soldats non moins avides d'or que durs à leurs prières, leur accordent cette maigre consolation, moyennant un nouveau tribut. Et tous ces malheureux, aussi pauvres qu'avares, ne pouvant se détacher de ces lieux si chers, mettent !: nouveau la main dans leur bourse et paient un nouvean tribut, en prix de nouvelles larmes ! »
Ce que faisaient les restes infortunés d'Israël, au temps de suint Jérôme, ils le font encore aujourd'hui. Le tribut n’est plus exigé; la proscription est abolie, mais le deuil antique, les lugubres lamentations restent tout entières. Un des spectacles qui excite le plus la curiosité des étrangers à Jérusalem, c'est celui qui se représente chaque vendredi, au lieu appelé, Place des Pleurs !
Cette place se trouve devant Ja face occidentale (à l'opposite de la Porte Dorée) de la vaste enceinte du Temple, c’est. là que chaque vendredi, les Juifs donnent le spectacle qu'un Pèlerin, fidèle interprète de nos propres impressions va nous décrire: «Cette place des Pleurs est une espèce de corridor long d'environ trente mètres et dont le côté oriental est formé par un fragment de l’antique enceinte extérieure du Temple. Le sol est recouvert d'un pavé entretenu dans un état rare de propreté, c'est pour ainsi dire une synagogue sans toit, lieu sacré de prières, d’un peuple sans patrie dans sa patrie même. Tous les vendredis, des Juifs de tout sexe et de tout âge, se rassemblent devant ces restes impassibles de leur religion et de leur nationalité détruites. Les uns, venus du fond de l’Allemagne, avec leur toque de fourrure; les autres, des provinces Russes et Polonaises, avec leur longue robe graisseuse et leur feutre indescriptible ; ceux-ci, arrivant du Maroc et de l'Algérie, couverts d’un burnous en lambeaux : ceux-là, des pays Orientaux, où ils portent le turban blen, surmonté d'une excroissance conique : tous, ridicules ailleu. à cause de leurs fantastiques costumes, ont ici un caractère commun dé tristesse et de proscription qui les rend intéressants, Je les ai visités, en ce lieu, deux vendredis, à des heures différentes ; il ÿ avait foule. Les uns se tenaient accroupis, les jambes croisées, à la manière turque, et se balançaient d'avant en arrière,
<omme des gens ivres de douleur; ils chantaient d'une voix triste et monotone, dans leur antique idiôme hébraïque, les psaunes du Roi-Prophète ; d'autres debout, une vicille Bible à la main, le pied droit étendu, et se balançant aussi, lisaient attentivement ; un grand nombre, le front collé sur les pierres vénérables qu’ils baisaient de temps en temps, récitaient langoureusement les Lamentations de Jérémie...
J'ai remarqué surtout un de ces infortunés enfants de Jacob, un Rabbin probablement, qui se distinguait par une ferveur inexprimable, Debout auprès de l'enceinte, il lisait dans une Bible jaunie et prononçait les paroles sacrées avec une véhémence incroyable ; il faisait continuellement des salutations profondes vers la muraille; il frappait sa poitrine, se tirait les cheveux et donnait les marques de la plus vive douleur. Il ÿ avait aussi des femmes, muis en moins grand nombre et quelques jeunes enfants.
J'avais entendu dire que les Juifs arrosaient de leurs pleurs les débris de ce mur du Temple, mais je pensais qu'il ne fallait pas prendre ceci à la lettre; je changeai d'avis à Jérusalem. Je vis, en effet, plusieurs femmes et jeunes filles enfoncer leurs têtes dans les trous du mur hébraïque et verser des larmes amères, en songeant au désastre d'Israël, Je me rappelai alors que Notre-Seigneur, lorsqu'il sortit pour la dernière fois de la Ville déicide, dit aux femmes qui se trouvaient sur son passage : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants, car des jours viendront
dans lesquels on dira: Bienheureuses les femmes stériles! , .» Ces jours sont venus, ils durent encore et rien ne peut tarir les larmes des Filles de Jérusalem ! Nous quittâmes ce lieu, le cœur serré, à la vue d'un désespoir que dix-huit siècles n'ont pas encore calmé ! »