‹ Vie de la Très Sainte Vierge Marie [microforme]Chapitre 15 sur 65 · LA NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

LA NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE

acqui-es par ses mérites prévus en la divine acceptation. Mais qui pourrait pénétrer le secret du cœur de cette tendre et aimable enfant pendant ln durée et les effets de cette faveur inouïe ? Je le lnisse à deviner à la piété catholique, en attendant que quelques âmes justes le découvrent dans le Seigneur, et que nous-mêmes nous le découvrions, quand par sa miséricorde infinie nons pourrons jouir de lui face à face.

Pendant le temps assez long que la divine enfant resta dans le ciel empyrée, sa mère Anne fut ravie en extase dans une haute contemplation, où elle apprit de très grands mystères touchant la dignité de Mère de Dien pour laquelle sa Fille était choisie, bien qu'elle ne sût pas ce qui se passait en elle, Et ces mystères, la prudente Epouse de Joachim les conserva toujours dans son cœur, pour régler sur leur importance sa conduite à l'égard de sa très sainte Fille,

Huit jours après In nais-ance de l'anguste Reine, plusieurs

légions d'anges desvendirest An ciel duns un brillant apparat ; chacun d'eux avait un bouclier resplen:lissant, où le nom de MARIE était gravé en caractères du plus vif éclat; ils se montrèrent tous à l'henreuse mère ct lui dirent que le nom de sn fiile était celui de Marie, qu'elle y voyait tracé ; que la divine Providence le lui »v1 t imposé et voulait qu'elle + t Joachim le lui donnassent “Mérer. La sainte appelu son époux pour conférer avec lui olonté de Diu en ce qui concernait le nom de leur fille; vie bienheuceux père accepta ce nom avec une joie particulière : 6 ile pieux sentiments. Ils déterminèrent de convoquer leurs parents et un prêtre, pour imposer le nom de Marie à celle qui venait le naître, avec une grande solennité, et dans un banquet sompturux. Les Anges le célébrèrent avec une douce et merveilleuse musique qui ne fut enteniiue que de la mère et de sa très sainte tille. Ainsi, le même nom qui avait été donné à note divine Reine par la très sainte Trinité dans le ciel. lui fat parcillement demné sur la terre huit jours après sa naissance, [1 fut inscrit au registre commun, lorsque sa mére monta au temple pour y accomplir les prescriptions de la Loi. Ce fut là la plus heur use naissance que la nature pût connaître, puisqu'elle ne se trouva pas seulement exempte des

souillures du péché dès le premier instant, mais que l'enfant naquit plus pure et plus sainte que les plus hauts séraphins!

O précieuse et riche perle! qui parûtes au soleil enfermée dans la grossière nacre de ce monde. O sublime enfant ! si les yeux terrestres peuvent à peine apercevoir votre petitesse à la faveur de la lumière matérielle, vous ne laissez pas de surpasser en cet état, aux yenx du souverain Roi et de ses courtisans, en dignité et en grandeur, tout ce qui n'est pas Dieu! Qué toutes les générations vons bénissent : que toutes les nations reconnaissent et lonent vos grâces, vos charmes et votre beauté! Queht soit embellic par cette naissance et que les mortels se réjouissent, parce que leur réparatrice est née qui doit remplir le vide que le premier péché a causé, et dans lequel il les avait laissés !

Reine du ciel, Vierge sninte, si vous tolérez, sans vous en offenser, en mère miséricordieuse et en charitable maitresse, mes grossières ignorances, je proposerai à votre incomnarable bonté quelques doutes qui me sont venus sur ce chapitre, Que si mon ignorance et ma trop grande hardiesse renferment

quelque faute, au lieu de me répondre, reprenez-moi, ma divine

Reine, avec votre indulgence maternelle, Or, je me © mande,

si vous sentiez en votre enfance les besoins et la faim que les autres enfants éprouvent naturellement ? Et supposé que vous subissiez ces peines, comment réclamiez-vous les aliments et les secours nécessaires, vous qui étiez douée d'une patience si admirable, tan - qu'aux autres enfants les pleurs servent de langue et de : res ?

Réponse et admirable instruction de lu Reine du ciel. — Ma fille, je réponds très volontiers à vos doutes. Il est vrai que j'ai joui de la grâce et de l'usage de la raison, dès le premier instant de ma conception, comme je vous l'ai déjà si souvent fait connaître ; que j'ai passé par les sujétions communes à tous les enfants et que j'ai été élevée de ln manière ordinaire, J'ai été, comme fille d'Adam, sujette à la faim, à la soif, au sommeil et aux autres peines corporelles, parce qu’il était juste que J'imitasse mon très saint Fils, qui accepta ct: nrivations et ces peines, pour en tirer des mérites, et que je servisse avec lui

d'exemple aux autres mortels, Corime je me réglais par la divine grâce, j'usais de la nourriture et du sommeil avee la tempérance requise et avec plus de sobriété que les autres, n'en prenünt que ce qui était absolument nécessaire pour ma croissance et pour la conservation de ma vie et de ma santé; car l'excès en ces choses n’est pas seulement contraire à la vertu, mais il est aussi funeste à ln nature, qu'il alière et ruine, J'étais plus sensible à la faim et à la soif que les autres enfants, à cause de mon parfait tempérament et de ma complexion déliente: c'est pourquoi le défaut de nourriture m'était plus nuisible; mais si on ne me la donnait pas en son temps, je prenais patience jusqu'à ce que l'occasion se présentât de la

demander par un signe convenable. Je me passais at plus facilement du sommeil à cause de Ja liberté que j'avais, dans

ma petite solitude, de voir les anges et de m'entretenir avec eux des mystères divins,

Je ne ressentais aucune peine de me voir enveloppée, serrée et attachée dans un maillot; mais, au contraire, une joie particulière parce que je savais que le Verbe incarné devait souffrir la mort la plus honteuse et être ignominicusement garrotté.

x, priant en union aves mon bien-aimé Sauveur, que je savais devoir mourir sur une croix, bien que j'ignorasse alors que le divin crucifié dût être mon Fils. Je souffris du reste toutes les incommodités qui m'arrivèrent durant ma vie entière, avec résignation et avec joie, parce que je fus toujours intérieurement pénétrée d’une attention que je veux que vous gardiez avec une constante fidélité; il faut par conséquent que vous ne manquiez jamais de peser dans votre cœur et dans votre entendement les vérités infaillibles que je contemplais et que je médituis, afin que vous sachiez faire un juste discernement de toutes choses, et donner à chacun son véritable prix, en évitant ces mépris2s et ces erreurs, dans lesquelles les enfants d'Adam tombent si souvent; je ne veux point, ma fille, que vous partagiez leur aveuglement.

A peine fus-je venue au monde et eus-je vu le jour, que je sentis les effets des éléments, les influences des planètes et des.

Lorsque j'étais seule à cet Âge, je me mettais en ferme de erc

astres et que je connus ln terre qui me recevait, les aliments qui me nourrissaient, et toutes les autres causes de lu vie. Je rendis des actions de grâces infinies à Celui qui en était l'auteur, considérant ces œuvres comme un bienfait singulier qu’il naccordait, et non point comme une obligation qu'il me dût, C’est pourquoi, s'il me twanquait ensuite quelqu'une des choses dont j'avais besoin, loin de me troubler, je déclarais et avouais avec une joie sincère, que l’on pratiquait à mon égard ce qui était raisonnable, parce que tout ce que l’on me donnait était par grâce, sans mérite de ma part, et qu'il eût été Parfaitement juste de m'en priver. Or, sachez, ina fille, qu'en me tenant ce langage à moi-méme, je reconnaissais une vérité que la raison ne peut nier ni ignorer. Où est donc le jugement des hommes lorsque menquant d'une chose qu'ils souhaitent avec trop de passion <t qui leur est le plus souvent nuisible, ils s’attristent et s’emportent les uns contre les autres, s'irritant même contre Dieu, “<omme s'ils en recevaient quelque tort ? Qu'ils se demandent à eux-mêmes, de quels trésors et de quelles richesses ils étaient en possession avant de recevoir la vie, quels services ils ont rendus au Créateur atin qu'il la leur donnât ? Et si le néant ne pouvait produire que le néant, ni mériter l'être par lequel il a été tiré de ce même néant, quelle obligation de justice ya-til de lui conser-er ce qui lui a été donné par grâce ? Quand Dieu créa l’homme, ïl n'en recueillit aucun avantage; mais il fit à la créature un bienfait tel que celui de l'être, tel que celui de la fin pour laquelle on le lui donnait. Et si en recevant l'être, l'homme à contracté une dette qu'il ne pourra jamais payer, qu'il dise le droit qu'il a maintenant, après l'avoir reçu à titre purement gratuit, à exiger qu'il lui soit conservé, tandis qu'il s'en est si souvent rendu indigne 2 Quel engagement fera-t il valoir, quelle caution présentera-t-il, afin que rien ne lui manque ?

Que si par le premier acte, par le premier bienfait de la création, il a contracté une dette qui l’a obligé si étroitement, comment ose-t-il demander avec impatience ce second acte ou ce bienfait de la conservation ? Et si malgré tout, la souveraine bonté du Créateur lui fournit gratuitement le nécessaire,

pourquoi se trouble-t.il, lorsque le superflu lui manque ? O ma fille, quel désordre abominable et quel aveuglement odieux est

celui des mortels !

Ils recoivent ce que le Seiwneur leur donne par une pure grâce sans le reconnaitre et sins y répondre : Is s'inquiètent de ce qu'il leur refuse par justice et bien souvent y une grande miséricorde, et ils se le procurent même

par des voies injustes et illicites, courant ainsi étourdiment nue

devant du dommage qui les suit. Parle seul premier péché (0 |

que l'homme commet, en perdant Dieu il perd'aussi l'amitié de toutes les créatures : et, si le Seigneur ne les retenait, elles s'uniraient toutes pour venger son empire, e&* refuseraient à l'homme les influences et les secours par lesquels elles le conservent ct lui assurent la vie, Le ciel le priverait de sa lumière et de ses émanations ; le feu de sa chaleur: l'air lui

fuserait la respiration, et toutes les autres choses en feraient autant à leur manière, pour se conformer à la loi de la justice! Que l'homme donc, c:t être vil et ingrat, s'humilie, et qu'il prenne garde de ne point thésauriser la colère du Seigneur pour ce jour inévitable des grandes assises et des comptes universels de l'humanité, alors que la terre refusera ses fr les éléments leur harmonie et leur concour: ++ que toutes les autres créatures s'armeront pour venger les injures qu'on aura faites au Créateur: ce jour-là toutes les obligations puraîtront si terribles !

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