‹ Vie de la Très Sainte Vierge Marie [microforme]Chapitre 19 sur 65 · LA PRÉSENTATION DE LA SAINTE VIERGE AU TEMPLE · texte numérisé non relu

LA PRÉSENTATION DE LA SAINTE VIERGE AU TEMPLE

Les trois ans que le Seigneur avait déterminés étant done révolus, Joachim et Anne, accompagnés de quelques-uns de leurs parents, partirent de Nazareth portant avec eux la véritable arche du Testament, la très pure Marie, pour la consacrer dans le saint Temple de Jérusalem. La douce et ravissante Enfant courait par ses ferventes affections après l'odeur des parfus de son Bicn-Aimé, pour aller chercher dans le Temple Celui qu’elle portait dans son cœur. L'humble cortège marchait sans être suivi d'un grand nombre de créatures terrestres, sans aucune magnificence extérieure, mais non pas sans une belle légion d’esprits angéliques qui étaient descendus du ciel et s'étaient joints à l’escorte de leur jeune Reine, pour solenniser cette fête en y chantant avec une harmonie céleste de nouveaux antiques de gloire et de louange au Très-Haut, La Souveraine du ciel, dont chaque pas était si beau, tandis qu'elle allait à la rencontre du suprême et véritable Salomon, les entendait et les voyait tous : et c’est ainsi que la sainte compngnie franchit la distance de Nazareth à la sainte cité de Jérusalem, pendant que les parents de notre auguste et jeune Marie ressentaient une grande consolation spirituelle,

Ils arrivèrent enfin au saint Temple, et avant d'y entrer, An-

* ne et Joachim prirent leur fille et leur maîtresse par là main

et la conduisirent daus l'intérieur. Puis, après qu'ils eurent fait tous trois une dévote et fervente prière au Seigneur, le père et la mère lui offrirent leur fille, tandis que celle-ei s'offrait elle-même avec une humble aloration et un profond respect. Elle seule connut l'agréable acceptation que le Très-Haut faisait d'elle: et elle entendit sortir des divines clartés qui remplissaient le Temple une vois qui Jui disait: «Venez, mon Epouse et mon Elue; venez dans mon temple, où je veux que vous m'offriez un sacrifice de louange et de bénédiction. » Leur prière étant achevée, les saints époux allèrent trouver le prétre, auquels il, présentèrent leur fille Marie; et quand le prêtre lui eut donné sa bénédiction, ils la menèrent avec lui dans l'appartement des vierges, qui y étaient élevées dans une sainte retraite et en de pieuses occupations, jusqu'à l’âge où elles pouvaient se marier. Les aînées de ls cribu royale de Juda et de la tribu sacerdotale de Lévi avaient les premières places dans cet appartement.

L'escalier qui y conduisait avait quinze degrés, et se trouva occupé par d’autres prêtres qui venaient recevoir notre jeune Reine, Celui qui la guidait, et qui devait appartenir à la dernière hiérarchie des prêtres, la plaça sur le premier degré.

Elle lui demanda alors la permission de prendre congé de ses parents; et l'ayant obtenue, elle se tourna vers saint Jonchim et sainte Anne, se mit à genoux, leur demanda leur bénédiction, leur baisa les mains et les pria de la recommander à Dieu.

Les saints époux la bénirent avec beaucoup de tendresse et de lurmes : et ensuite Marie monta tonte seule les quinze degrés avec une ferveur et une joie incroyables, sans tourner la tête, sans verser une larme, et sans faire la moindre action puérile; au contraire, elle excita l'admiration de tous les assistants par la douce fermeté qu'elle montra en un âge si tendre. Les prétres la reçurent et l'introduisirent dans l'appartement des autres vierges; et ce fut le pontife Siméon qui la remit et la recommanda aux femmes qui les soignaient, et parmi lesquelles se trouvait Anne la prophétesse, Cette sainte matrone avait été prévenue par une grâce spéciale et par une lumière extraordinaire du Très-Haut, pour qu'elle se chargât de la fille

de Joachim et d'Anne; elle le fit suivant les-desseins de la divine providence avec beaucoup de zèle, ayant mérité par sa sainteté et par ses vertus d’avoir pour disciple Celle qui devait être la Mère de Dieu et la Maîtresse de toutes les créatures,

aint Joachim et sainte Anne s'en retournèrent à Nazareth bien plus pauvres qu'ils n'étaient venus, et profondément affligés d'avoir perdu le riche trésor de leur maison; muis le Seigneur suppléa à son absence en les favorisant et en les consolant duns toutes les occasions. Quoique le saint prêtre Siméon ne connût pas encore le mystère que la jeune Marie renfermait, il fut néanmoins rempli d'une grande lumière par laquelle il découvrit sa sainteté et la prédilection dont le Seigneur l'honorait ; les autres prêtres en conçurent aussi de très hauts sentiments d'estime et de respect. Ce que Jacob avait vu eu sa mystérieuse échelle fut accompli en cet escalier que gravit la bienheurense Vierge ; là se trouvaient des Anges qui montaient et descendaient réellement, les uns pour accompagner leur Reine, et les autres pour venir au-devant d'elle; Dieu l'attendait au sommet afin de la recevoir et de la reconnaître pour sa Fille et pour son Epouse; et elle sentait par les effets de son amour que ce lieu était véritablement la maison de Dieu et la porte du ciel.

A peine la jeune Merie fut-elle remise à sa maîtresse, qu’elle lui demanda à genoux et avec une profonde humilité sa bénétion, et la pria de la prendre sous sa sage conduite, et de supporter patiemment ses imperfections. Anne, sa maîtresse, l’accueillit avec de grandes marques d'affection et lui dit: « Ma fille, vous trouverez en moi une mère et une protectrice, et je promets de donner tous les soins possibles à votre personne et à votre éducation.» Marie alla ensuite offrir avec la même humilité ses services à toutes les vierges qui se trouvaient dans cette clôture, les salua et les embrassa chacune en particulier, les priant, comme les plus anciennes et les plus capables, de lui enseigner et de lui prescrire ce qu’elle aurait à faire !

+—« La Sainte Vierge donne ici à la Vén. Marie d'Agréda une admirable instruction sur l'excellence de la Vie religieu- 8e. » — « Ma fille, le plus grand bonhenr qui puisse échoir à une

âme en cette vie mortelle, c'est que le Très-Haut l'appelle dans sa maison et la consacre entièrement à son service ; en effet, illa délivre par cette faveur d’une dangereuse servitude, et l'exempte des honteux engagements du monde, où elle mange son pain à la sueur de son front, sans y jouir jamais d'une parfaite liberté. Où est l'insensé et l'aveugle qui ignore le péril de la vie monduine, chargée de tant de lois et de tant de coutumes contraires à la raison, que les démons et les impies yont introduites? Le meilleur parti est ln religion et la retraite: e’est là que se trouve le port assuré; partcut ailleurs il n'y à que des flots et des tempêtes, des affictions et des désastres, Si les hommes ne comprennent point cette vérité et n'apprécient point cette faveur, ils sont dans une étrange dureté de cœur et dans un oubli déplorable d'eux-mêmes. Pour vous, ma fille, ne fermez pas l'oreille à la voix du Très-Haut; rendez-vous-y attentive, faites ce qu’elle vous dictera, et suivez fidèlement ses conseils; car je vous avertis qu'un des plus grands efforts du démon, est d'empêcher l'effet de la vocation du Seigneur, lorsqu'il appelle et destine les âmes à son service.

Ce seul acte public et sacré par lequel on reçoit l'hubit et l'on entre en religion, quand même on n’y apporterait pas toujours toute la ferveur et toute la pureté d'intention convenables, met le serpent infernal et ses compagnons dans une colère et dans une fureur horribles, tant par haine de la gloire du Seigneur ct de la joie des Anges, que parce que cet ennemi mortel sait que la religion sanctifie et perfectionne l'homme. Il arrive même souvent que, bien qu'elle ait été embrassée par des motifs humains et terrestres, la grâce divine y opère de telle sorte qu'elle conduit toutes choses à une sainte fin. Que si elle a ce pouvoir lorsque les premières démarches n'ont pas été inspirées par cette intention droite qui devait y présider, Ja lumière et la vertu du Seigneur seront bien plus puissantes et plus efficaces, et la vie religieuse bien plus salutaire, quand une âme y entrera par l'impulsion de l'amour divin et par un désir intérieur et sincère d'y trouver Dieu, de le servir et de l'aimer. »

Après que les parents de la bienheureuse Marie eurent pris

congé d'elle, et l'eurent laissée dans le Temple pour y être éievée et consacrée à Dieu, sa maîtresse lui assigna sa petite cham- Pre parti les autres vierges, dont chacune en avait une semblable. La Reine du ciel ne s'y vit pas plutôt seule, qu'elle s'y prosterna et baisa la terre, dans la pensée que c'était une partie du Temple ; elle adora le Seigneur, et lai rendit wrâces de la nouvelle faveur qu’elle venait de recevoir. Elle s'adressa encuite à ses anges, et leur dit: « Princes célestes, envoyés du Très- Haut, je vous supplie de toute l'affection de mon âme d'exercer envers moi, dans ce saint temple de mon Seigneur, l'office de gardiens vigilants, en me marquant tout ce que je dois faire; enseignez-moi et reprenez-moi comme maîtres et arbitres de mes actions, afin que je puisse en toutes choses accomplir la volonté de Dieu, satisfaire les prêtres qui le servent dans le saint lieu, et obéir À ma maitresse et à mes compagnes, » Puis s'adressant particulièrement aux douze Anges que j'ai dit être ‘lésignés par l'Apocalypse, elle leur dit: «Je vous prie, mes saints ambns 1? trs, d'aller consoler mes parents dans leur tristesse et dans eur sulitude, si le Seigneur veut bien vous le permettre, »

Les douze Anges obéirent à leur Reine, et, pendant qu’elle se livrait avec les autres à de divins entretiens, elle ressentit une vertu extraordinaire qui la mouvait avec beaucoup de force et de douceur et qui l'éleva à une sublime extase. Le Très-Hant ordonna aux séraphins qui l’assistaient d’illuminer et de spiritualiser son âme très sainte, et aussitôt Marie reçut des lumières et «les propriétés toutes divines, afin que ses puissances, perfectionné:s, fussent en rapport avec l'objet qui devait lui être manifesté. Toujours accompagné, durant cett: préparation, de sa garde habitnelle et de beaucoup d'autres Anges, et enveloppée d’une nuée resplendissante, elle fut ravie en Corps et en âne dans le ciel empyrée, où elle fut reçue par la Très-Sninte Trinité avec de grandes marques Je bonté. Elle se prosterna devant le Seigneur tout-puissant, comme elle avait accoutnmé de faire dans les autres visions, et l’adora avec la plus profonde humilité. Après cette adoration, elle fut encore éclairée d'une nouvelle lumière par laquelle elle vit la Divinité intuitiveinent;

C'était la seconde fois qu'elle lui était découverte dans une vision claire et intuitive, telle qu'elle en avait déjà joui dans le cours des trois premières années de son âge.

11 n’est aucune langue qui puisse exprimer ‘es effets de cette vision et de cette participation de l'essence divine. La personne du Père Eternel parla à celle qui devait être Mère de son Fils, et lui dit: «Je veux, ma colombe et ma bien-aimée, vous montrer les trésors de mon être immuable, les perfections infinies etles dons cachés que je destine aux âmes que j'ai choisies pour héritières de ma gloire, après qu'elles auront été rachetées par le sang de l’Agneau qui doit mourir pour elles. Comprenez, ma Fille, combien je suis libéral envers celles de mes créatures qui me connaissent et qui m'aiment ; combien je suis vérace en mes paroles, fidèle en mes promesses, puissant et admirable en mes œuvres. Vous verrez, ma chère Épouse, qu'il est nécessairement vrai, que celui qui me suivra ne vivra pas dans les ténèbres. Je veux que, comme mon Elue, vous voyiez de vos yeux les trésors que je tiens préparés pour élever les humbles, enrichir les pauvres, honorer les méprisés et récompenser tout ce que les mortels feront ou soufiriront pour mon nom. »

La très sainte enfant découvrit d'autres grands mystères dans cette vision «le la Divinité, parce que l'objet en était infini. 11 lui avait déjà été manifesté une première fois avec la même clarté : mais il renferme toujours dans sa plénitude infinie de nouvelles richesses et de nouveaux sujets d’admiration et d’amour à communiquer à l'âme qui jouit de cette vision. La bienheureuse Marie répondit au Seigneur en ces termes : « Très Haut et très souverain Dieu éternel, votre grandeur est incompréhensible comme les trésors de vos miséricordes sont inépuisables; vos mystères sont ineffables, vos promesses infaillibles, vos paroles sont véridiques et vos œuvres parfaites, parce que vous êtes Seigneur, infini et éternel en votre être et en vos perfections. Mais que deviendra, mon souverain Seigneur, ma petitesse à la vue de votre grandeur ? Je me reconnais indigne de voir ce que vous m'en découvrez, et pourtant j'ai besoin que vous daigniez me regarder de ce même trône de gloire. Toutes les créatures, Seigneur, s'anéantissent en votre

pré -e; que deviendra done votre servante, qui n’est que poussière ? Accomplissez en moi votre sainte volonté et votre bon plaisir: et si les afäictions, les peines, les mépris des hommes, l'humilité, la patience et la douceur ont un prix inestimable à vos yeux, ne permettez pas, mon Bien-Aimé, que je sois privée d'un si riche trésor et d'un si cher gage de votre amour ; réservez-en la récompense à vos serviteurs et à vos amis, qui la mériteront mieux que moi, puisque je n'ai encore rien fait pour votre service et Pour vous plaire, »

Le Très-Haut accueillit avec beaucoup c'e satisfaction la demande de notre bienheureuse Vierge ; il lui fit connaître qu'il l'exuuçait et qu'il lui accordait, comme elle le souhaitait, de travailler et de souffrir Pour son amour durant le cours de sa vie entière, sans qu'elle découvrit alors de quelle manière cela devait lui arriver. La Reine du ciel rendit grâces d’avoir été appelée à endurer quelque chose pour le nom et pour la gloire de Dieu, et dans le désir ardent qu'elle éprouvait d'obtenir cette faveur, elle pria le Seigneur de: lui permettre de faire en sa présence les quatre vœux de chasteté, de pauvreté, d'obéissance et de clôture perpétuelle dans le Temple où il l'avait conduite. « Ma chère Epouse, lui répondit le Très-Haut, mes pensées sont élevées au-dessus de toutes les créatures ; c'est pourquoi, mon Elue, vous ignorez à présent ce qui peut. Vous arriver dans le cours de votre vie, et qu’il vous sera impossible d'accomplir tous vos f-rvents désirs, comme vous vous le Proposez ; j'accepte votre vœu de chasteté et je veux que vous le fassiez, et que vous renonciez en outre, dès aujourd'hui, aux richesses terrestres. Quaut aux autres vœux, ma volonté est, que vous tâchiez d'agir comme si vous les eussiez réellement faits ; le désir que vous avez de les faire s'accomplira plus tard sous le règne de la loi de grâce en beaucoup d'autres vierges, qui, pour me servir et vous imiter, feront les mêmes vœux, vivant ensemble dans diverses communautés ; ainsi vous serez Mère d’un grand nombre de filles, »

La bienheureuse Vierge fit alors le vœu de chasteté en la présence du Seigneur, et, sans s'astreindre aux autres, elle renonÇa à l'amour des choses terrestres et se promit d'obéir à tou-

tes les créatures en vue de Dieu ; elle fut d’ailleurs plus puncetuelle, plus fervente et plus fidèle à accomplir les résolutions qu'elle prit à cet égard qu'aucun de ceux qui s'y sont obligés où qui s’y obligeront par un vœu spécial. Après quoi la claire vision de la Divinité cessa; mais Marie ne fut pas transportée immédiatement sur la terre : car elle reçut d'abord, dans un autre état moins sublime, une vision imaginaire du Seigneur, et sans sortir de l’empyrée, elle eut plusieurs autres visions du même genre.

Après cela, la Bienheureuse Vierge quitta le ciel empyrée et les Esprits célestes la remirent à l'endroit du Temple d'où elle avait été enlevée.

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