SÉJOUR DE LA SAINTE VIERGE AU TEMPLE
Revenant à notre divine histoire, je dirai qu'à peins la très sainte Vierge eut-elle consacré le Temple par sa présence et par sa demeure, qu'elle s’adonna à la pratique des œuvres les plus parfaites, et à mesure qu'elle croissait en âge, elle croissait aussi en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes. Les choses que j'ai apprises sur les merveilles que la main du
Tout-Puissant opérait en la Reine du ciel dans ses premières années, me jettent comme au rivage d’une mer immense, d'où je ne sais, dans mon admiration, me lancer sur un si vaste océan, pour le pouvoir franchir heureusement : car : est impossible que je n'omette un grand nombre des chc : - que je <onnais, et il est très difficile de bien exprimer ce q: - ;'en dois écrire. Voici toutefois ce que le Seigneur in'a ma i‘esté dans une circonstance particulière :
« Les œuvres que pratiqua dans le Temple celle qui devait être Mère du Verbe incarné furent toutes de la plus grande perfection, et atteignirent un si haut degré de sainteté, que de toutes les créatures humaines et angéliques aucune ne pourrait ni les concevoir ni les ‘-iter. Ses actes de vertus intérieures furent si multipliés et si extraoi dinaires en mérite et en ferveur qu'ils -“irpassèrent tous ccux des séraphins; et vous le comprend , ma fille, beaucoup mieux que vous ne pourrez l'exprimer par vos paroles. C'est ma volonté que vous preniez:
la très pure Marie pour le principe de votre joie dans tout le: cours de votre vie mortelle, ct que vous lu suiviez dans le désert du renoncement à tout ce qui est humain et visible, Suivez-ln par une parfaite imitation, autant que vox forces et vos lumières vous le permettront ; elle sera votre guide et votre maîtresse ; elle vous révèlera ma volonté, et vous lirez en elle, écrite de ma propre main, ma très sainte loi, cette loi que vous devez méditer jour et nuit. Elle frappern par son incercession la pierre de l'humanité de Jésus-Christ, afin que dans ce désert, les eaux de la divine grâce et de la lumière céleste rejaillissent sur vous, et que par elles votre soif soit étanchée, votre entendement éclairé et votre volonté enflammée. Elle sera en même temps une colonne de feu qui vous conduira, et un nuage qui vous rafraîchira ; et par sa protection, elle vous mettra à l'abri des ardeurs des passions et des insultes des ennemis. Vous trouverez en elle un ange qui vous guidera et vous éloignera des dangers de la Babylone et de ln Sodome du monde, afin que les coups de ma justice ne vous atteignent pas. Vous rencontrerez en elle une inère qui vons aimera, une amie qui vous consolera, une maîtresse qui vous commandera, une protectrice qui vous défendra, et une Reine à qui vous devez vos hommages et vos obéissances en qualité de servante. Vous trouverez dans les vertus pratiquées au Temple, par cette Mère de mon Fils unique, un modèle universel de toutes les perfectiuns, sur lequel vous pourrez réglér votre vie; un miroir sans tache qui réfléchit la vive image du Verbe incarné. Vous découvrirez dans cette image une juste et fidèle copie de toutela sainteté, la beauté de la virginité, les attraits de l'humilité, l'activité de la dévotion et de l’obéissance, la fermeté de la foi, la certitude de l'espérance, l’ardeur de la charité, et un abrégé de toutes les merveilles de ma puissance, auquel vous devez conformer votre vie; et je veux que vous vous serviez de ce miroir pour la régler et pour vous parer d'ornements propres à rehausser vos beautés et vos grâces, comme une Epouse qui désire entrer dans le lit nuptial de son Epoux et Seigneur.
« Que si la noblesse et les hautes qualités du maïtre encouragent le disciple et lui rendent sa doctrine plus aimable, qui
Peut vous attirer avee une Plus grande force, si ce n'est cette même Maîtresse qui est Mère de votre Epoux, et élue pour être à la fois la Vierge la plus pure, la plus sainte, comme exempte de toute tache du péché, et ln Mère du Fils unique du Père Eternel, de Celui qui est la splendeur de su Divinité en une Même substance ? Ecoutez done votre souveraine Maîtresse, suivez-la en l'imitant, et faites votre continuelle méditation de ses excellences et de ses vertus admirubles, Et sachez que la vie qu'elle à menée dans le Temple, tout ce qu'elle y a pratiqué, est le modèle sur lequel doivent se mouler toutes les âmes qui À son exemple se consacrent à Jésus-Christ en qualité d'épouses, » Ten, * s0DL les instructions générales que le Seigneur me donaa, touchant les actions de la très sainte Vier. £e pendant le temps qu'elle passa dans le Temple. Nous avons laissé notre auguste Souveraine Marie passant les années de son enfance dans Je Temple, et nous avons dû faire une digression pour donner quelques détails sur Jes verus, les dons et les révélations divines qu'elle recevait de la main du Très-Haut, ot dont jouissaient ses puissances dès l'âge le plus tendre et toutefois avec la Sagesse la plus sublime (1). La très sainte enfant croissuit âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes, mais avec une telle proportion que la dévotion était toujours au-dessus de là nature ; cette grâce ne fut jamuis Inesurée à son âge, mais au bon plaisir divin et aux fins relevées auxquelles la destinait la Divinité, dont le torrent impétueux allait s'arrêter et 'époser dans cette Cité de Dieu. Le Seignenr Jui continuait ses dons et ses faveurs, en renouvelant à tout Moment pour elle leg merveilles de son bras puissant, comme si elles n'eussent été réservées qu'à la seule Marie. Et cette incomparable enfant y répondait avec tant d'ardeur dans cet âge si tendre, qu'elle remplissnit le cœur du Seigneur même de complaisance et les esprits célestes d'un saint étonnement, Ces mêmes esprits découvruient, Pour ainsi dire, une émulation admirable entre le Très-Haut et notre
(1) On peut lire ces détails dans la « Cité Mystique » où ils sont exposés aveu une admirable précision et toujours dans un langage noble et très relevé,
jeune Reine; car, pour l'enrichir, la puissance divine tirait tons les jours de’ses trésors nouveaux et anciens des bienfaits réservés à elle seule; et comme elle étuit une terre bénite, non seulement ln semence de la perle éternelle des dons et des fa veurs célestes n'y était point perdue, non seulement elle re dait cent pour un, comme le plus grand des saints; mais, à 4 grande admiration du riel entier, une jeune tille surpassait en amour, en reconnaissance, en louanges et en toutes les vertus possibles, les plus sublimes et les plus ardents séraphins, sans qu'il y eût ni temps, ni lieu, ni occasion, ni emploi, où elle ne pratiquât autant qu'elle le pouvait alors ce qu'il y a de plus éminent dans la perfection.
Le Très-Haut, qui règle par son infinie sagesse la conduite des siens avec poids et mesure, voulut exercer notre auguste Souveraine par diverses afflictions proportionnées à son jeune âge, quoiqu'elle fût toujours grande en la grâce, qu'il voulait par ce moyen lui augmenter avee une plus abondante gloire (1). La jeune Marie était toute pleine de sagesse et de grâce ; néanmoins il était convenable qu'elle fût disciple en expérience, et qu’elle ÿ avançât et y apprit la science de souffrir, qui arrive à sa dernière perfection par la pratique. Elle avait joui durant le cours de ses tendres années des délices et des caresses du Très-Hant, de celles des saints Anges, aussi bien que de ses parents ; et étant dans le Temple elle en avait beaucoup reçu de sa maîtresse et des prâtres, parce qu’elle était nrmable et agréable aux yeux de tous ; mais il était temps qu'elle commençât d'avoir une science nouvelle du bien qu'elle possédait, et une certaine connaissance que l'on acquiert par l'absence et la privation de ce bien, et par la pratique des vertus particulières que cette privation produit, à cause de la différence qu'il y a entre l'état des consolations et des douceurs spirituelles et celui de la solitude, de la sécheresse et des tribulations.
(1) Déjà le Seigneur, dans une de ses visions, lui avait dit de se disposer à souffrir des peines et des tribulations pour son amour. C’est alors que le Très- Haut lui annonça-la mort prochaine de son père saint Joachim, Nous avons vu dans la « Vie de la Bonne sainte Anne », avec quel cœur magnanime la généreuse
La première des affictions que souffrit notre Souveraine fut l'interruption des visions continuelles dont le Seigneur lui faisait part; et cette douleur lui parut d'autant plus grande qu'elle n'y était pas accoutumée et que le trésor qu’elle ne voyait plus était pour elle plus précieux et plus sublime. Elle fat aussi privée du commerce sensible des saints Anges, et par. l'éloignement de tant d'objets excellents et divins qui se dérobèrent d’un seal coup à sa vue (sans pourtant la quitter ni lui discontinuer leurs secrètes assistances), cette âme très pure et très affligée croyait être demeurée seule dans la nuit obscure de l'absence de son Bien Aimé qui la revêtait de lumière.
Ce changement parut étrange à notre jeune Reine; car bien que le Seigneur l'eût prévenue pour souffrir de plus grandes épreuves, il ne les lui avait pas spécifiées. Or, comme le cœur candide de cette très simple colombe ne pouvait rien penser ni opérer que ce ne fût un fruit de son humilité et de son amour incomparable, elle s'appliquait entièrement à ces deux vertus: par l'humilité, elle attribuait à son ingratitude de n'avoir pas mérité la présence et la possession du bien qu'elle venait de perdre; et par l’ardent amour elle l'appelait et le cherchait avec une douleur et avec des affections si amoureuses, qu'il n’est pas possible de les exprimer.
Notre Reine se livra plusieurs jours à ces douces et amoureuses plaintes, comme un humble nard exhalant de délicieuses odeurs de suavité, dans la crainte qu’elle avait d’être rejetée du Seigneur, tandis qu'il reposait dans le plus secret de son très fidèle cœur. La divine Providence prolongea cette épreuve pour sa plus grande gloire et pour augmenter les mérites de son Epouse ; de sorte qu’elle dura quelque temps. Mais, quoique ce temps ne fût pas très long, notre auguste Maîtresse y souffrit plus de tourments spirituels et plus d'affictions que tous les saints ensemble; car dans la perplexitéoù el!+ était, sielle avait perdu Dieu et encouru sa disgrâce-
enfant accepta cette épreuve douloureuse et avec quelle prévenante délicatesse: elle sollicita, dans cette circonstance, des prières et des cousolations pour ss sainte mère, la Bonne sainte Anne !
VIE DE LA TRÈS SAINTE VIERGE al
par sa faute, il n’y a que le même Seigneur qui pât découvrir et comprendre combien fut grande la douleur de ce cœur emflammé qui sut aimer avec une perfection telle, que Dieu s'en réserva la connaissance et qu’il voulut laisser la très sainte Vierge éprouver ces craintes de l'avoir perdu.
Le Très-Haut ne dormait point cependant pendant les douces plaintes de sa très chère Epouse, Marie : au contraire, il les écoutait avec attention, quoiqu'il fit semblant de ne les pas entendre, à cause de la grande satisfaction qu'il éprouvait de la voir déployer tant de constance au milieu de ces peines, qui lui procuraient de si glorieux triomphes et donnaient tant de nouveaux sujets d’adiniration et de louange aux esprits angéliques.
Cette absence du Seigneur était nécessaire pour que notre Reine se disposât, par l'exercice de toutes les vertus, et avec une perfection accomplie, à la dignité à laquelle le Très-Haut la destinait ; car si elle eût joui toujours de la vue de la Majesté divine, comme elle lui avait été de tant de manières et à tant de différentes reprises communiquée, dans le temps de son enfance, elle eût été incapable de souffrir dans l’ordre commun des simples créatures.
Néanmoins, quoique les visions intuitives et abstractives de la divine essence, et celle des anges, dont il a été parlé précédemment, fussent suspendues pour la très sainte Vierge, pendant cette sorte d'absence du Seigneur, son âme et ses puissances ne laissaient pas d’avoir plus de dons, de grâces et de lumière surnaturelle que tous les saints ensemble, parce qu'à cet égard la main du Très-Haut ne se raccourcit jamais pour elle ; mais par rapport aux visions fréquentes de ses premières années, j'appelle absence du Seigneur le temps considérable pendant lequel il l'en priva. Elle commença de souffrir de cette absence huit jours avant la mort de son père saint Joachim; immédiatement après elle fut en butte aux persécutions queles esprits infernaux avaient résolu de lui faire subir tant par eux-mêmes que par le concours des autres créatures (1), de sorte que ces
(1) Et que la Vén. Mère d’Agréda a rapportées ici, dans tous leurs plus minutieux détails.
na
peines accompagnèrent notre aimabie Souveraine jusqu'à la douzième année de son âge, où elle entendit un jour les saints Anges lui dire, sans pourtant se manifester à elle : « Marie, le terme de la vie de votre sainte mère, Anne, approche : le Très- Haut à déterminé de la tirer de la prison du corps mortel, et
de donner une heureuse fin à ses travaux et à ses peines (1). »
(1) Nous avons vu également dans la « Vie de la Bonne sainte Anne, » comment la sainte Vierge reçut cette douloureuse nouvelle et comment elle assista à la mort de sa bienheureuse Mère !
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