‹ Vie de la Très Sainte Vierge Marie [microforme]Chapitre 26 sur 65 · LA VISITATION · texte numérisé non relu

LA VISITATION

Après le discours du céleste ambassadeur saint Gabriel, le Très-Haut révéla à l'auguste Marie, dans une des visions intellectuelles qu'elle at, que le fils miraculeux qui naitrait de sainte Elisabeth « . grand devant le Seigneur, qu'il serait son prophète et le précurseur du Verbe incarné, ct d'autres grands mystères relatifs à la sainteté de saint Jean, La divine Reine connut, dans cette même visi 1 et en d'autres auesi, que le Seigneur avait pour agréable qu allât visiter sa cousine, atin que celle-ci et le tils qu'elle port dans son sem fussent. sanctitiés par la présence de leur Rédempteur: car le Très- Haut voulait faire éprouver les premiers effets de sa venue au monde et de ses mérites à son précurseur, en lui communiquant le torrent de sa grâce, pour qu'il fût comm. un fruit précoce et hâtif de la rédemption du genre humain.

La très prudente Vierge, dans les transports d'une joie inexpriwable, rendit grâces au Seigneur pour ce nouveau mystère qu'elle venait d'apprendre, et de ce qu'il daisuait accorder cette faveur à l'âme de celui qui devait être son prophète et son précurseur, et à su mère Elisabeth : et elle s'otfrit de faire tout ce qui serait de son bon plaisir.

En ce temps-là, dit le texte sacré, l'auguste Marie, se levant, se hâta d'aller vers les montagnes, en une ville de Juda. Ce mouvement de notre Reine n'aboutissait pas seulement à une

Pour ainsi dire, dans tait là le but de cet heureux

Or, à son arrivée, continue l'évangéliste saint Luc, « l'auguste Marie entra dans la maison de Zacharie, et elle salua Elisabeth. Et il arriva que lorsque Elisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit dans son sein, et Elisabeth fut remplie de l’Esprit-Saint; alurs elle s'écria d’une voix forte: Vous êtes bénie entre les femmes et le fruit de vos entrailles est bé: ni. Et d'où m'arrive-t-il que le Mère de mon Seigneur vienne vers moi? Car, dès que la voix de votre salutation est venue à mes oreilles, l'enfant a tressailli de joie dans mon sein. Et bienheureuse, vous qui avez cru! car ce qui vous a été dit par le Seigneur s'accomplira. Alors Marie dit :

« Mon âme glorifie le Seigneur ; et mon esprit a tressailli d'allégresse en "'ieu mon Sauveur. Parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante: et voici que désormais toutes les générations w'appelleront bienheureuse : car, celui qui est puissant m'a fait de grandes choses et son nom est saint; et sa miséricorde se répand d'âge en âge sur ceux qui le craignent. Il a déployé la force de son bras; il a dissipé ceux qui s'enorgueillissaient dans les pensées de leur cœur. Ila renversé les puissants de leur trône et il a élevé les humbles. Ila rempli de biens les affamés et il & renvoyé les riches les mains vides. Se souvenant de sa miséricorde, il a pris sous sa sauvegarde Israël, son serviteur, comme il l'avait promis à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour toujours. »

Comme sainte Elisabeth fut la première qui entendit ce doux cantique de la bouche de la très pure Marie, elle fut aussi la première qui l’approfondit et qui le commenta par l'intelligence infuse qu'elle en avait reçue, Elle y découvrit plusieurs des grands mystères qu'y avait renfermés en si peu de paroles Celle qui l'avait composé. L'esprit de l'auguste Marie glorifia le Seigneur pour l'excellence de son être intini ; elle lui rapporta et

lui donna toute la gloire et toute la louange, comme au principe et à la fin de toutes ses œuvres, comprenant et confessant que la créature ne se doit glorifier et réjouir qu'en Dieu seul, puisque lui seul est tout son bien et toute sa félicité. Elle proclama aussi l'équité et la magnificence du Très-Haut dans les soins qu'il prenait des humbles, en leur communiquant avec

largesse son amour et son es 8!

que les mortels vi ,

mériteront à leur tour gré. En un mot elle m

saint et admirable Nom, les.

veut que tous soient sauvés, gueil avec lequel ils avaient

partisans ; et les humbles fu médiaire de la très sainte taire des anciennes miséricordes.

C'est pour cette raison que l'auguste Marie dit et confesse que Dieu a enrichi les pauvres, en les comblant de l'abondance de ses trésors de. grâce et de gloire; et que quant aux riches de leur propre estime, aux hommes enflés d'une présomptueuse arrogance, à ceux dont l'âme n'aspire qu'à se gorger des faux biens duns lesquels le monde fait consister l'opulence et la félicité, le Très-Haut a renvoyé et renvoie toujours ceuxlà vides de Ja vérité, qui ne peut entrer dans des cœurs qu'occupe £out entiers la vanité, Se souvenant de sa miséricorde, il a pris sous sa protection Israël, son serviteur et son enfant, pour lui enseigner où est la prudence, où est la vérité, où est l'entendement, où sont la longue vie et la nourriture, où sont la luinière des yeux et la paix. Il Ini enseigna le chemin de la prudence et les voies cachées de la sagesse et de la discipline, que n’ont point su découvrir les princes des nations, et qu'ont ignorés les puissants qui dominent sur les animaux de la terre, qui prennent leur plaisir avec les oiseaux du ciel, et qui amassent des trésors d'or et d'argent, non plus que les -enfants d’Agar et les habitants de Théman, qui sont les sages, les prudents et les superbes de ce monde. Le Très-Haut communique cette sagesse à ceux qui sont enfants de lumière et d'Abraham par la foi, par l'espérance et par l'obéissance, suivant la promesse qu'il a faite et à lui et à sa postérité spirituelle, par le béni et heureux fruit du sein virginal de la très pure Marie.

Sainte Elisabeth pénétra ces mystères cachés en entendant les paroles de la Reine des créatures, et non seulement ce que je puis exprimer de ce que cette heureuse femme y découvrit, mais plusieurs autres grands secrets qui dépassent mon intelligence. Je ne veux pas non plus m'étendre sur ce qui m'en a été révélé, parce que je serais trop diffuse dans ce discours, Mais les deux saintes et prudentes cousines Marie et Elisabeth me rappelèrent, dans les doux et divins entretiens qu'elles eurent, ces deux séraphins qu'Isaie vit autour du trône du Très-Haut, chantant alternativement ce cantique sublime et toujours nouveau, Saint, saint, saint, ete, et ayant chacun six ailes, deux dont ils voilaient leur face, dont ils cachaient

face par deux autres ailes d'une rare sagesse, parce qu’elles résolurent toutes deux de garder toute leur vie le secret du grand Roi, et aussi Parce qu'elles assujettirent leur raison à

les séraphiques, en s'humiliant et s'anéantissant dans la plus basse opinion d'elles-mêmes à la vue d'une si grande Majesté.

È San ee Fm

Page 1