‹ Vie de la Très Sainte Vierge Marie [microforme]Chapitre 27 sur 65 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

LA NAISSANCE DE JESUS-CHRIST — LES BERGERS — LES ROIS MAGES — LA PRÉSEN- TATION DE JÉSUS AU TEMPLE

La naissance de Jésus-Christ. — « Or il arriva en ces jourslà, disent les saints Evangiles, qu'il parut un édit de César Auguste, pour qu'on fit le dénombrement des habitants de tute la terre, Ce premier dénombrement fat fait par Cyrinus, gouverneur de Syrie; et tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville. Joseph aussi monta de Nazareth, ville de Galilée, en Judée, dans la ville de David, qui est appelée Bethléem, parce qu'il était de la maison et de la famille de David, pour se faire inscrire avec Marie, son épouse. qui était enceinte. Or, il arriva que lorsqu'ils étaient là, les jours où elle devait enfanter furent accomplis. Et elle enfanta son fils premier-né ; et, l'ayant enveloppé de langes, elle le coucha dans la crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtelerie (1). »

Les Bergers. — Mille fois heureux entre tous furent les pa: teurs de cette contrée qui veillaient, gardant leurs troupeai:

à l'heure même de la nativité: heureux non seulement parce que, avec une vigilance louable, ils employaient la nuit à une occupation dont ils supportaient les fatigues en vue de Dieu,

(1) Lue, 11, 1-7,

mais heureux surtout parce qu'ils étaient Pauvres, humbles méprisés du monde, justes et simples de Cœur; parce qu'ils étaient de ceux qui, dans le peuple d'Israël, attendaient et désiruient ardemment: la .Yenue du Messie, Gont ils parlaient et

blance avec l'auteur de la vie, qu'ils étaient plus éloignés du faste, de la vanité, de l'ostentation du monde et de ses ruses diaboliques. Ils représentaient par ces nobles qualités l'offl

et en étant lui-même connu, C'est parce qu'ils étaient dans des dispositions si convnables, qu'ils méritèrent d'être appelés et conviés, comme les Pr. uices des saints, par le Seigneur lui-méme, afin qu'ils fussent les premiers d’entre les mortels à qui le Verbe incarné se manifestât et se Communiquât, et dont il re- <ût les louanges, les services et les adorations, Voilà pourquoi l'archange saint Gabriel leur fut envoyé: et, les surprenant

je vous apporte la bonne nouvelle d'une grande joie pour tout le peuple ; c'est qu'il vous est né aujourd'hui, dans ]n ville de David, un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. Et ceci sera Pour vous le signe: Vous trouverez un enfant enveloppé de

Le signe que l'ange leur avait donné ne semblait Pas très Propre à convaincre ]»8 Yeux de la chair, de la grandeur du

() Lue, 1:. 8.14,

nouveau-né: car à se trouver dans une crèche, emmaillotté de quelques pauvres langes, il n'y avait point d'indice suffisant pour révéler la majesté du Roi, s'ils ne l'avaient découverte à l'aide de la lumière divine dont ils furent éclairés : mais c’est Parce qu'ils étaient humbles et vides de lu sagesse mondaine qu'ils furent bientôt remplis de la sagesse divine. « Aussi, ajoute encore l'évangéliste saint Luc, il arriva que lorsque les anges, remontant au ciel, les eurent quittés, les bergers se disaient les uns aux autres : Passons jusqu'à Bethléem, et voyons ce prodige qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître. Ils vinrent donc en grande hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph et l'enfant couché dans une crèche. Or, en le voyant, ils reconnurent la parole qui leur avait été dite sur cet enfant (1).»

Cette expérience et cette visite furent suivies d’une illustration intérieure qu'ils reçurent à la vue du Verbe fait homme ; car, au moment où les pasteurs jetèrent les yeux sur lui, le divin Enfant les regarda aussi, le visage brillant d'une grande sple-*deur, dont les rayons et l'éclat blessèrent le cœur candide de ces pauvres et bienheureux hommes ; et par sa vertu divine, il les régénéra en leur donnant un nouvel être de grâce et de sainteté, et les laissa élevés aux hauteurs °t enrichis des trésors d’une science toute céleste sur les ineffables mystères de l'incarnation et de la rédemption du genre humain. « Et, ensuite, tous ceux qui entendirent parler de cet Enfant, admirèrent ce qui leur avait été raconté par les bergers.

Or, Marie conservait toutes ces choses, les repassant de son cœur. Et les bergers s’en retournèrent, glorifiant et loua , Dieu de toutes les choses qu'ils avaient entendues et vues, comme il leur avait été a inoncé.

Cependant les huit jours pour circoncire l'enfant étant accomplis, il fut nommé JÉSUS, nom que l’ange lui avait donné avant qu'il fût conçu dans le sein de 84 Mère (2) »

() — Luc, 11, 15-17, (2) Ibid, 11, 18-21.

Les Rois Mages. — Les trois rois Mages, qui vinrent ci,.rcher l’Enfant-Dieu nouvellement né, étaient originaires de Ja Perse, de l'Arabie et de Saba, régions à l'est de ln Palestine, David prophétisa Particulièrement leur venue: et, nvant lui Balaam, quand il b'nit, par la volonté divine le peuple d'Israël, quoique Balae, roi des Moabites, l'eût appelé pour le maudire. Balaam dit, en le bénissant, qu'il verrait le Roi Christ, mais non pas alors ; qu'il le considérerait, mais aon de près, parce qu'il ne le vit point par lui-même, mais par les mages

lesceudants: et ce ne fut pas incontinent, mais plusieurs siècles après, Il dit aussi qu'une étoile sortirait de Jacob, parce qu'elle serait destinée à désigner Celui qui naissait pour ré- &ner éternellement en la maison de Jacob,

Ces trois rois étaient fort versés dans les sciences naturelles, aussi bien que dans les Ecritures du peuple de Dieu, et c'est pour cela qu'ils furent appelés mages. Par les notions qu'ils puisèrent dans les saintes Ecritures ct dans leurs entretiens avec plusieurs Hébreux, ils Parvinrent à une espèce de créance de la venue du sfessie que ce peuple attendait. C'étaient en outre des hommes droits, amis de le vérité, fort observateurs de la justice dan le Souvernement de leurs Etats, qui n'étaient Pas aussi étendus que le sont les royaumes de notre temps; ils les gouvernaient done facilement par eux-mêmes, et y rendaient la justice comme des princes sages et vertueux, ce qui est l'office légitime d’un roi, C'est pourquoi le Saint-Esprit dit que Dieu tient son cœur dans ses mains pour le conduire comme une eau courante selon sa sainte volonté, Ils avaient l'âme noble, grande et généreuse, incapable de cette avarice et de cette cupidité qui rapetissent, dégradent et tyranuisent tellement les cœurs de certains Princes. Et comme leurs Etate étaient voisins, ils se fréquentaient et se communiquaient les vertus morales qu'ils pratiquaient et les sciences qu’ils professaient, se faisant toujours part des choses importantes qu'ils venaient À apprendre ou à concaitre. En un mot, c'étaient des amis intimes, très fidèles dans leurs relations.

Notre grande Reine savait par la science int'1se qu'elle avait des saintes Ecritures et Par plusieurs sublimes révélations, que

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les mages viendraient de l'Orient afin de reconnaitre et adorer son très saint Fils pour le véritable Dieu. Elle avait été purticulièrement informée de ce prochain mystère par les anges qui furent chargés d'annoncer à ces rois la naissance du Verbe incarné, En effet, des anges de la garde de notre auguste Souveraine, les allant trouver Chacun en particuli-r dans les ré. gions de l'Orient qu'ils habitaient, leur révélèrent intellectuel. lement, par des paroles intérieures, que le Rédempteur du genre humain était né dans ln pauvreté et dans l'abjection. Cette révélation leur inspira de nouveaux désirs de le chercher et de l'adorer : et bientôt ils virent l'étoile uiraculeuse qui les conduisit à Bethléem, co:ame nous allons le voir. É

« Lors donc que Jésus fut né, dit snir : Matth: :, en Bethléem de Juda, aux jours du roi Hérode, voilà que des mages vinrent d'Orient à Jérusalem, disant : Où est celui qui est né roi des Juifs? car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer. Ayant appris cela, le roi Héruie se troubla et tout Jérusalem avec lui, Et assemblant tous les princes des prêtres et les scribes du peuple, il s'enquit d'eux où naîtrait le Christ. Or, eux lui dirent: A Bethléem de Juda; car il a été ainsi écrit par le prophète: Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre parmi les principales villes de Juda ; car c'est de toi que sortira le chef qui doit rég.: Israël, mon peuple. Alors Hérode, ayant appelé secrètement les mages, s’enquit d'eux avec soin du temps où l'étoile leur était apparue. Et, les envoyant à Bethléem, il dit : Allez, informez-vous exactement de l'enfant; et lorsque vous l'aurez trouvé, faites-le. moi savoir, afin que moi aussi j'aille l'adorer. Ceux-ci donc, après avoir entendu le roi, s'e-. allèrent, et voilà que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient les vrécédait jusqu'à ce qu’elle vint et s'arrêta au-dessus du lieu où était l'enfant. Or, voyant lé. toile, ils se réjouirent d’une grande joie. Et, entrant dans la maison, ils trouvèrent l'enfant avec Marie, sa mère: et, se prosternant, ils l’adorèrent ; puis, ayant ouvert leurs trésors, ils lui offrirent des présents, de l'or, de l’encens et de la myrrhe, Mais ayant été avertis en songe de ne point retourner vers

È Hérode, ils revinrent dans leur pays par un autre chemin (1), » — « Et après que les jours de la purification de Marie furent accomplis selon la loi de Moïse, ils le portèrent à Jérusalem, Pour le présenter au Seigneur, comme il est écrit dans la loi du Seigneur: Tout mâle ouvrant un sein sera appelé consacré au Seigneur; et pour offrir l'hostie selon ce qui est dit dans la lo’ du Seigneur, une couple de tourterelles, ou deux petits de colombes. Or, il Y avait à Jérusalem un homme, appelé Siméon, et cet homme juste et craignant Dieu, attendait ln consolation d'Israël, et l'Esprit-Saint était en lui. Et il avait été averti par l'Esprit-Saint qu'il ne verrait point la mort, qu'au- Paravant il n'eût ve ie Christ du Seigneur. Conduit pur l'Esprit, il vint dans le temple. Et comme les parents de l'Enfant. Jésus l'y apportaient, afin de faire pour lui selon la coutume prescrite par la loi, il le prit entre ses bras, bénit Dieu et dit: Maintenant, Seigneur, laissez, selon votre parole, votre servi. teur s'en aller en paix; puisque mes Yeux ont vu le Sauveur qui vient de vous, que vous avez préparé à la face de tous les peuples, pour être la lumière qui éclairera les nations, et la gloire d'Israël, votre peuple. Et son père et sa mère étaient dans l'adiniration des choses que l’on disait de lui, Et Siméon

ns EL

parents de l'Enfant, La prophétesse Anne reconnut à son tour le Verbe incarné, et illuminée de l'Esprit divin, elle dit plnsieurs choses de ces mystères à ceux qui attendaient Ja rédemption d'Israël, De sorte que la venue du Messie, qui devait racheter son peuple, fut publiquement attestée par les deux saints vieillards,

Au moment où le prêtre Siméon prononçait les paroles pro- Phétiques de la passion et de la mort du Seigneur, marquées Par ces termes de glaive et de signe de contradiction, l'Enfant-

() Matt, 11, 1-12, (2) Luc, 11, 22.85, E°

VIE DE LA TRÈS SAINTE VIERGE 85 Jésus baissa lui-même In tête, Par cette action et par plusieurs actes d'obéissance intérieure, il accepta 1 prophétie du prêtre Comme une sentence du Père éternel ényncée La tendre Mère ç -prit tout cela ; et,] tères si douloureux, elle commença d'éprouver la vérité de ln prophétie de Siméon, en ayant dés lors le cœur percé du glaive qui la menaçait pour le temps à venir, Car tous les mystères quela prophétie renfermait lui furent intérieurement découverts et montrés comme dans un très clair miroir. Elle vit que son très saint Fils serait une pierre de scandale et un sujet de ruine pour les incrédules, et qu'il serait la vie des fidèles, Elle connut la chute de la Synagogue et l'établissement de l'Eglise au sein de la gentilité; le triomphe que son adorable Fils remporterait sur les démons et sur la mort, mais qui lui coûterait bien cher, puisqu'il ne le remporterait que par la mort ignominieuse et douloureuse de la croix; les contradictions que l'Enfant-Jésus essuierait en lui-même et en sui Eglise de la part de l'innombrable multitude des réprouvés ; et enfin l'ex- <ellence des prédestinés, Cette auguste Reine comprit toutes ces choses ; et, élevée dans le mélange des sentiments de joie et de douleur qu'éprouvait son âme, aux actes les plus parfaits par la compréhension de ces inénarrables mystères et par la prophétie de Siméon, elle se livra à l'exercice des vertus les plus éminentes et grava dans son Cœur, sans en perdre jamais le souvenir, tout ce que lui apprirent les paroles prophétiques de Siméon et tout ce que lui montra la lumière divine. Elle regardait son très saint Fils avec une si vive douleur qui renouvelait continuellement les amertumes de son âme, qu'elle seule comme Mère, et Mère d'un fils Dieu et homme, ressentit dignement ce qui ne nous touche point à cause de la dureté et de l'ingratitude de nos cœurs. Le saint époux Joseph pénétra aussi plusieurs points des mystères de la rédemption et des souffrances du très doux Jésus, lorsqu'il entendit ces prophéties. Mais la connaissance que le Seigneur lui en donna ne fut pas aussi étendue ni aussi générale que celle de son auguste Epouse ; et cela pour diverses raisons, et parce que le saint n'en devait pas voir l'entière réalisation pendant sa vie.

par son ministre, wi l'intelligence de mys-

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