VIF DE LA TRÈS SAINTE VIERGE
de ia route. La précipitation du départ leur causa de très grands embarras et de très grands soucis, mais leur douleur fut beaucoup diminuée pur l'assistance des courtisans du ciel ; car les dix mille anges dont j'ai parlé (1) se manifestèrent aussitôt sous une forme humaine et avec ieur beauté et splendeur ordinaires, de sorte qu'ils changèrent pour les divins voyageurs cette nuit en un jour très agréable. À peine furent-ils sortis de la ville, qu'ils s’humilièrent devant le Verbe incarné, et l'adorèrent entre les bras de sa Mère Vierge ; puis ils la consolèrent en lui offrant de nouveau leurs services et leur obéissance, en lui promettant de l'accompagner et de la conduire partout où le Seigneur l'ordonnerait.
Le moindre soulagement paraii considérable à un cœur affigé; or celui ci était trop grand pour ne pas fortifier beaucoup notre Reine et son époux Joseph; de sorte qu'étant sortis de Jérusalem par la porte du côté de Nazareth, ils commencèrent leur voyage avec beaucoup d’ardeur.
Je ne trouve point de termes assez expressifs pour rapporter ce qui m'a été manifesté des œuvres que l’Enfant-Jésus et sa Mère Vierge faisaient le long de la route ; je n'ai pas non plus cette dévotion ni cette ferveur que des mystères si ineffables demandent. Les bras de la très pure Marie servaient toujours de lit au nouveau et véritable roi Salomon. Quand elle sondait les secrets de cette humanité et de cette âme très sainte, il arrivait parfois que le Fils et la Mère se livraient à de doux entretiens, que le divin Enfant entamait, et qu’ils chantaient des hymnes de louanges, par lesquelles ils glorifiaient tout d'abord l'être infini de Dieu, tous ses attributs et toutes ses perfections, A cet effet, le Tras-Haut communiquait à notre auguste Reine une nouvelle lumière, et des visions intellectuelles qui lui faisaient connaître le très haut mystère de l’unité de l'essence en la trinité des personnes, les opérations œudedans de la génération du Verbe et de la procession du Saint- Esprit; comment le Verbe est toujours engendré par l'opération de l’entendement, ct le Saint-Esprit inspiré par celle de la
(1) Voir la « Cité Mystique. »
volonté ; non qu'il y ait une succession de priorité ou de postériorité (car tout est actuel en l'éternité), mais parce que nous percevons le mystère d'après les données de la durée successive du temps. Notre grande Souveraine pénétrait aussi comment les trois personnes se comprennent mutuellement par un même acte d'entendement, ec cor. aent elles connaissent celle du Ver be unie à l'humanité, ainsi que les effets qui résultent en elle de son union avec la Divinité.
Par cette sublime science elle descendait de la Divinité à l'humanité, et composait de nouveaux cantiques de louange et de reconnaissance, bénissant le Seigneur d'avoir créé cette humanité très sainte et très parfaite, tant pour l'âme que pour le corps : l’âme remplie de sagesse, de grâce et des dons du Saint-Esprit avec toute la plénitude possible et le corps très pur et très accompli au degré le plus éminent. Ensuite elle observait tous les actes si héroïques et si excellents de ses puissances ; et après les avoir tous imités avec ln proportion possible, elle bénissait et remerciait le Très-Haut par mille actioi.s de grâces de l'avoir choisie entre toutes pour être sa Mère et pour être conçue sans péché, et élevée à une gloire enrichie de toutes les faveurs de sa puissante droite, dont une simple créature pût être capable. Pour exalter et glorifier ces mystères et tant d'autres qui s'y trouvaient renfermés, l'Enfant disait et la Mère répondait ce que les hommes ni même les anges ne sauraient exprimer, Au milieu de ces saints exercices, la bienheureuse Marie ne manquait pas de prendre le plus grand soin de son adorable Fils et de l'entourer d’une attention et d'une tendresse dont toutes les autres mères ensemble n'ont jamais été capables d’entourer les leurs.
La fuite du Verbe incarné renfermait d'autres mystères et d'autres fins plus élevées que de s'éloigner d'Hérode pour éviter les effets de sa colère; car ce fut plutôt un moyen que le Seigneur prit pour s'en aller en Egypte, et y opérer les merveilles qu’il y fit, et dont les anciens Prophètes avaient parlé, notamment Isaïe, lorsqu'il dit: que le Seigneur monterait sur un nuage léger, qu'il entrerait dans l'Egypte, que les idoles d'Egypte seraient ébranlées devant sa face, et que le cœur des
Egyptiens se troublerait au milieu d'elles: et plusieurs autres choses que cette prophétie renferme, et qui arrivèrent au temps de la naissance de Noire Seigneur Jésus-Christ.
Les Egyptiens étaient fort enclins à l'idolâtrie et aux superstitions qui l'accompagnent ordinairement ; de sorte que les plus petites localités de cette province étaient remplies d'idoles. Il ÿ en avait beauconp qui avaient leurs temples, dans lesquels plusieurs démons résidaient, et les malheureux habitants ÿ allaient pour les adorer par des sacrifices et des cérémonies prescrites par les inêmes démons, qui répondaient à leurs demandes par des oracles auxquels ce peuple stupide et superstitieux se soumettait aveuglément, Il était si adonné à l'adoration du démon et si av ‘uglé par toutes ses fourberies qu'il ne fallait pas moins que le puissant bras du Seigneur (qui est le Verbe incarné) pour le ramener de son égarement et le retirer de l'oppression dans laquelle Lucifer le tenait, oppression beaucoup plus cruelle que celle que les Egyptiens eux-mêmes avaient fait peser sur le peuple de Dieu, Pour remporter cette victoire sur le démon, illuminer Ceux qui demeuraient dans la région et dans l'ombre de la mort, et faire luire à ce peuple cette grande lumière dont Isaïe fait mention, le Très-Haut détermina que le Soleil de Justice, Jésus-Christ, Paraitrait peu de temps après sa naissance en Egypte entre les bras de sa bienheureuse Mère, et qu'il parcourrait ce Pays en l'éclairant des rayons de sa divine lumière.
Or, l’Enfant-Jésus arriva avec sa Mère et saint Joseph aux endroits habités de l'Egypte. Et lorsque le divin Enfant, porté sur les bras de l'auguste Marie, entrait dans une bourgade, il levait les Yeux au ciel, et, les mains jointes, priait le P° e éternel, et lui demanduit le salut de ses habitants esc : du démon. En usant aussitôt de sa puissance divine sur ces malins esprits qui animaient les idoles, il les précipitait dans les ténébreux abimes ; de sorte qu'ils tombaient avec la rapidité de la foudre duns les dernières profondeurs des cavernes infernales, Au même instant, les idoles, les temples, les autels de l'idolàtrie s'écrouluient avec fracas. La cause de ces prodigieux effets était connue à notre divine Souveraine, qi unissait ses prières
à celles de son très saint Fils, comme Coopératrice universelle du salut du genre humain, Saint Joseph décourrait aussi que toutes ces merveilles venaient du Verbe incarné, et, rempli d'une sainte admiration, il l'en louait et l'en béniseait. Mais quoique les démons sentissent la force din pouvoir de Dien, ils ne savaient pourtant pas d'où sortait une telle vertu.
Les Egyptiens s'étonnaient d'une nouve iuté si surprenante quoiqu'il cireulât parmi les plus savants d'entre eux une tradition, transmise par les anciens depuis l'époque où Jérémie avuit été en Egypte, et portant qu'un roi des Juifs viendrait dans le pays et que les temples «les idoles égyptieunes seraient détruits. Mais et le peuple et les savants la chose devait arriver: ainsi lu crainte leur fut commune: car
guoraent corminent
ils se troublèrent tous, selon la prophétie d'Isnie, Dans ce trouble,ils s'interrogeaient les uns les autres,et il y en eut qui, poussés par un certain esprit de curiosité à voir des étrangers, se présentèrent à notre grande Reine et à suint Joseph, et s'entretinrent avec eux de ln ruine de leurs teinples et de la châûte des dieux qu'ils adoraient.
La Mère de la Sagesse, prenant de là occasion de les instruire, se mit à les détromper en leur faisant connaître le vér table Dieu et en leur faisant voir qu'il était le seul Créateur du ciel et de laterre, et que lui seul devait être adoré et recounu pour Dieu; que les autres étaient faux, qu'ils ne se distinguaient point du bois, de la terre, où des métaux dont ils étaient formés ; qu'ils n'avaient ni yeux, ni oreilles, ni aucun pouvoir; que les mêmes artisans qui les avaient faits, on tout antre homme que ce fût, pouvaient les détruire, parce ant que
qu'ils étaient eux-mêmes et plus nobles et plus pui ces ouvrages de leurs mains: que les réponses qu'i naient venaient des démons qui habitaient dans ces idoles pour les tromper, et que toutes ces fausses divinités ne sauraient avoir une vertu véritable, parce que Dieu seul était vérité.
Les paroles de la bienheureuse Vierge étaient si douces éloquentes ct si efficaces, ses manières si aimables, et les eff de ses entretiens si salutaires, que le bruit de l’arrivée de nos saints voyageurs sc répandait, et faisait qu'on s'empressait de
s en obte-
er
mnt Ars
RER nues
les voir, Or, comme la prière du Verbe incarné opérait en fs-
veur des Egyptiens, et qu'elle leur obtenait de très grandes
grâces, cela joint à la ruine des idoles, produisait en eux une
émotion incroyable, et réformait les cœurs,
voyait beaucoup de
Dieu, et faire péni
venait un changem À ie passèrent
Egypte, et ils faisaient partout des
chassant les démons non-seulement des idoles, mais
aussi de plusieurs Corps, guérissant un grand nombre de ma-
lades, éclairant les cœurs de diverses
que notre auguste Souveraine et sa;
chemiu de la vérité et de la vie é
temporels, qui touchent ordinairement le peuple ignorant et
grossier, plusieurs étaient attirés à aller entendre !es ir.struc-
tions du salut (1).
L'Enfant Jésus atteignit sa septième ann
était en Egypte ; c'était le te
Sagesse éternelle avait fixé :
reth pour accomplir les pro,
clara un jour sa volonté à |’
présence de sa divine Mère,
ensemble à leurs exercices ;
us de personni la Mère ne
rode et ceux qui avaien:
étaient morts. Le Très-Hau.
(1) Voir dans la « Vie de saint Joseph, » beaucoup d’autres particularités de la uite et du Séjour de la Sainte Famille en Egypte et q n'être pas trop long.
larité dans toutes les choses créées, que l'Enfant Jésus étant Dieu véritable, et sa Mère si supérieure en sainteté à saint Joseph, il ne voulut pas néanmoins que ia décision du retour en Galilée vint du Fils ni de là Mère, mais il en remit la conduite au saint époux Joseph, qui faisait l'office de chef dans cette divine Famille; pour apprendre par cet exemple à tous les mortels combien il lui est agréable que toutes choses soient &ouvernées suivant l'ordre naturel établi par sa providence, et que, dans la vie spirituelle, les inférieurs doivent (quand même ils l'emporteraient par d'autres qualités et vertus) obéir et se soumettre à ceux qui leur sont supérieurs à raison de leurs fonctions extérieures,
Après done que les mystères que la divine volonté avait déterminés furent accomplis dans l'Egypte, et que ce royaume eut été rempli de merveilles et de miracles, nos divins voyageurs sorti: ont des endroits habités et entrèrent dans le désert par où ils étaient venus. Ils y souffrirent d'autres nouvelles incom- : modités semblables à celles qu'ils avaient essuyées lors de leur départ de la Palestine, parce que le Seigneur les exposait toujours à la nécessité et à la tribulation, afin de les secourir au moment convenable. Jésus, Marie et Joseph arrivèrent entin à Nazareth, où leur pauvre maison fut changée en un nouveau Ciel. Si j'étais obligée de raconter les my tôres qui se passèrent entre l'Enfant Dieu et la très puie ire jusqu'à ce qu'il eût achevé la douzième année de son âge et commencé à précher au peuple, il me faudrait faire plusieurs livres, et encore cela ne me permettrait-il de dire que fort peu de chose, à cause de la grandeur ineffable de l'objet et de la bassosse d'une femme ignorante telle que je suis.