‹ Vie de la Très Sainte Vierge Marie [microforme]Chapitre 31 sur 65 · JÉSUS, À DOUZE ANS DANS LE TEMPLE · texte numérisé non relu

JÉSUS, À DOUZE ANS DANS LE TEMPLE

Quelques jou après le retour de nos saints voyageurs à Nazareth, le temps arriva où le précepte de la loi de Moïse obligeait les Israëlites de 8e présenter à Jérusalem devant le Seigneur, Ce commandement obligeait trois fois l'année, ainsi que cela résulte de l'Exode et du Deutéronome. Mais il n'obligeait que les hommes, et Par conséquent les femmes pouvaient y aller par dévotion ou s'en dispenser ; car la visite du Temple ne leur était ni commandée ni défendue, La divine Souveraine et son Epoux conférèrent ensemble sur ce qu'ils devaient faire dans ces occasions. Le saint :ouhaitait d'y mener la Reine du ciel et le très saint Enfant, pour l'offrir de nouveau au Père éternel, comme il le faisait toutes les fois qu'il se rendait au Temple. La très pure Mère y était aussi portée par sa dévotion et par le cuite du Seigneur ; mais comme en cas semblable, elle n'ertreprenait rien sans le conseil de son Maitre, le Verbe incarné, elle le consulta sur le parti qu'il y avait à prendre. Après quoi il fut décidé que saint Joseph irait seul deux fois l'année à Jérusalem, et que la troisième ils iraient tous les trois ensemble. Ces fêtes solennelles, lors desquelles les Israëlites visitaient le Temple, étaient celle des Tabernacles, celle des Semaines, qui correspondait à la Pentecôte, et celle des pains sans levain, qui était la préparation de la Pâque. C'est à celle-ci que le très doux Jésus, la

très pure Murie et suint Joseph montaient ensemble à Jérusalem. Elle durait sept jours, et il y arriva ce que je rapporterai un pou plus loin, Mais le saint Patriarche assistait seul aux deux autres fêtes sans ÿ mener l'Enfant ni sa Mère.

Jésus, Marie et Joseph continuaient done de se rendre tous les aus au Temple Pour y célébrer la Pâque des pains sans levain ; et, par suite de cette habitude, ils allèrent à Jérusalem au moment où l'Enfant.Dieu atteignait sa douzième année, quand déjà il convenait qu'il commençât à faire Paruitre les splendeurs de son inaccessible lumière, Cette fôte des pains sans levain duruit sept jours, selon les Prescriptions de la Loi ; mais le premier et le dernier jour étaient les plus solennels C'est pour celn que nos très saints pèlerins passaient à Jérusalem toute cette semaine, solennisant la fête par le culte qu'ils rendaient au Seigneur, et par les prières que les autres Israëlites avaient coutume de faire, quoiqu'ils fussent si distingués et si différents de tous les autres pur le mystère qui cachait leur excellence. La bienheureuse Mère et son saint époux vbtenaient pendant ces jours, chacun de leur côté, de si grandes faveurs de la main libérale du Seigneur, qu'il n'est Pas possible à l'entendemens humain de les concevoir.

Le septième jour de la semaine étant passé, ils prirent le chemin de Nazareth, Et comme ils sortaient Jérusalem, l'Enfant-Di

qu'elle fût partie sans lui, parce que cette divine Reine l'aimaitet le connaissait bien mieux que toutes les créatures angél: 18 et humaines. La bienheureuse Vierge n'avait pas de raisos.

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fortes pour se persuader que notre adorable Sauveur était avec le patriarche saint Joseph ; mais le Seigneur lui-même la distraya par d’autres pensées divines et saintes, afin qu’elle n’y prit pas garde dès le commencement, et qu'ensuite, lorsqu'elle remarquerait l'absence de son bien-aimé, elle crût que le glorieux saint Joseph le menait avec lui, et que ce souverain Maitre avait voulu lui ménager cette consolation.

Marie et Joseph marchèrent dans cette pensée pendant tout un jour, comme le dit saint Luc. Or, comme on sortait de ln ville par des endroits différents, les étrangers rejoignaient ensuite chacun sa femme ou sa famille. La très pure Marie et son Epoux se réunirent au lieu où ils devaient passer la première nuit après leur départ de Jérusalem. Alors l'auguste Souveraine s'aperçut que l’Enfant-Dieu n'était point avec saint Joseph, comme on le croyait, et le patriarche ne le trouvait pas non plus avec sa Mère: cela les mit tous deux dans un tel étonnement, qu'ils en perdirent presque la parole : de sorte qu'ils restèrent assez longtemps sans se pouvoir parler. Et chacun se conduisant, de son côté, par sa très profonde humilité, s'accusait soi-même d’avoir par sa négligence perdu de vue le très saint Enfant, parce qu'ils ignoraient l'un et l'autre le mystère et les voies que le Seigneur avait prises pour l'exécuter. Les divins époux, un peu revenus de leur étonnement, délibérèrent ensemble avec une extrême douleur sur ce qu'ils devaient faire.

La douleur que la très pure Marie eut dans cette vecasion surpassa celle que tous les martyrs ensemble ont pu soufitir ; et elle y exerça aussi une patience et une résignation sans égale, parce que la perte de son très saint Fils, la connaissance qu’elle en avait, l'amour qu'elle lui portait et l'estime qu'elle en faisait étaient au-dessus de tout ce qu'on saurait concevoir. Sa perplexité était excessive, sans que, comme je l'ai dit, elle en connût la cause. En outre, le Seigneur la laissa pendant ces trois jours dans cet état commun, où elle avait accoutumé de se trouver quand, privée de ses faveurs singulières, elle était, pour ainsi dire, réduite à l’état de grâce ordinaire : car, excepté la présence sensible des anges et les entretiens qu'elle avait

avec eux, il lui suspendit les autres bienfaits qu'il communiquait souvent à son Âme très sainte. Par tout ce que je viens de dire, on comprendra un peu quelle devait être la douleur de la livine et amoureuse Mère. Mais, 6 prodige de sainteté, ‘e pruïdenre, de force et de perfection ! dans une affliction inouïe et uns une peine si extrême, elle ne se troubla point :

ile ne perdit 1 la paix intérieure ni la paix extérieure : elle n :f ‘ucure pensée de découragement, ni la moindre tristesse désordonnée, comme il arrive ordinairement duns les grandes affictions aux autres enfants d'Adam, dont toutes les passions et les puissances se soulèvent même pour une petite contrariété. Mais la Maîtresse des vertus gouvernait et maintenait toujours les siennes dans un accord admirable. Ainsi, quoique la douleur dont son cœur était pénétré fût sans mesure, elle n'en resta pas moins mesurée dans toutes ses actions, ne ant jamais de louer le Seigneur, de le prier pour le genre humain et de lui demander la consolation de retrouver son très saint Fils.

+ « L'Evangéliste saint Lue nous fait connaître la détermination que la sainte Vierge et saint Joseph prirent dans cette douloureuse circonstance, en ajoutant « que ne l'ayant point trouvé, ils revinrent à Jérusalem pour le chercher. Et il arriva que trois jours après, ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. »

Or, au jour que l’évangéliste saint Lue indique, les Rabbins, qui étaient les docteurs de la Loi s’'assemblèrent en un lieu où ils discutaient diverses questions et divers'passages des Ecritures. Dans cette occasion la controverse roulait sur la venue du Messie ; car les nouveautés et les merveilles qui avaient suivi la naissance de saint Jeau-Baptiste et la venue de Rois Mages avaient beaucoup accrédité parmi les Juifs l'opinion que les temps étaient accomplis, et que, bien qu'il fût inconnu, le Messie devait déjà être au monde. Ils étaient tous assis en leurs places, avec cette autorité qui distingue d'ordinaire ceux qui passent pour savants. L'Enfant Jésus s’approcha de l'assemblée de ces docteurs ; et Celui qui était le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, la Sagesse infinie, Celui qui redresse les sages

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se présenta devant les savants du monde comme un humble disciple, faisant connaître qu'il ne venait que pour entendre la discussion, et s'informer du sujet qu'on y traitait. Or, il s'agissait de savoir si le Messie promis était venu, ou si le temps de son avénement au monde était arrivé.

Les opinions des docteurs étaient fort opposées sur cet article ; les uns appuyaient l’affirmative, et les autres la négative. Ces derniers alléguaient quelques témoignages des Ecritures, et des prophéties entendues dans le sens grossier que l’Apôtre remarque; car la lettre tue, si elle est prise sans l'esprit. Or ces sages à leurs propres yeux soutenaient que le Messie devait apparaître dns tout l'éclat de la majesté royale, pour donner la liberté à son peuple par la grandeur de sa puissance, et le délivrer temporellement de la servitude des gentils; et l'on ne voyait alors aucune apparence de cette puissance et de cette liberté, dans l'impossibilité où les Hébreux étaient de secouer le joug des Romains, Ce sentiment eut beaucoup de vogue parmi ce peuple grossier et aveugle, parce qu'il ne prenait que pour lui seul la Majesté,et la grandeur du Messie promis, ainsi que la rédemption qu'il venait par son pouvoir divin accorder à son peuple, s'imaginant qu'elle devait être temporelle et terrestre, comme l’attendent toujours les Juifs aveuglés par les ténèbres qui remplissent leurs cœurs. Aujourd'hui même ils ne parviennent pas à comprendre que la gloire, la majesté, la puissance de notre Rédempteur, la liberté qu'il est venu apporter au monde, sont des choses non terrestres, temporelles et périssables, mais célestes, spirituelles et éternelles ; et qu'elles ne sont pas seulement destinées aux Juifs, quoiqu'ils en aient eu les prémices, mais à tout le genre humain sans aucune exception.

Le Maitre de la vérité, Jésus, reconnut que la dispute aboutissait à cette erreur; car, quoiqu'il y en eût quelques-uns qui suutinssent l'opinion contraire, le nombre en était fort petit. Or, comme cet adorable Seigneur était venu au monde pour rendre témoignage à la vérité, qui était lui-même, il ne voulut pas permettre dans cette circonstance, en laquelle il importait extrêmement de la découvrir, que l'erreur contraire prévalût

par l'autorité des docteurs. Le divin Enfant, se levant donc, parla des promesses faites à leurs Pères : il leur rappela ce qu'avaient dit leurs grands Prophètes touchant ln venue du Messie, et il le fit avec toute l'efficace de Celui qui, en proposant des doutes, enseignait avec un pouvoir divin : aussi dit le saint Evangile: « Tous ceux qui l'entendaient, étaient étonnés de sa sagesse et de ses réponses. » Et c'est alors que notre auguste Souveraine, entrant dans le Temple, ravie de joie d’avoir retrouvé son trésor, s'approcha de son bien-aimé Fils, et en présence de toute l'assemblée lui dit : « Mon Fils, pourquoi avezvous agi ainsi avec nous ? Voilà que votre père et moi, fort afigés, nous vous cherchions. Mais il leur répondit: Pourquoi me cherchiez-vous ? Ignoriez-vous qu'il faut que je sois aux choses qui regardent mon Père ? Mais eux ne comprirent pas ce qu'il leur disait. »

L'évangéliste dit que la très pure Marie et saint Joseph n’entendirent point le mystère de ces paroles, parce qu'il leur fut alors caché. Et cela provint de deux causes: d'une part, moissonnant dans la joie après avoir semé dans les larmes, ils furent tout absorbés par le bonheur de revoir leur riche trésor qu'ils avaient retrouvé. D'autre part, ils n'arrivèrent pas assez tôt pour se mettre au courant de la matière qu'on avait traitée ‘ans cette conférence. utre ces raisons, il y en eut une autre

‘rnotre très prudente Reine : c'est que le voile qui lui ca-

:t l’intérieur de son très saint Fils, où elle eût pu connaître tout ce qui s'était passé, ne fut écarté de ses yeux que quelque temps après qu’elle l’eut :etrouvé. Notre-Seigneur, écartant alors ce voile mystérieux, découvrit de nouveau à son auguste Mère son âme très sainte et ses opérations avec plus de clarté qu'auparavant, De sorte que la divine Mère apprit dans cette contemplation de l’intérieur de l'Enfant-Dieu toutes les œuvres sublimes qu'il avait faites pendant les trois jours de son abscence. Elle y vit également tout ce qui s'était passé dans la conférence des docteurs, ce que l'Enfant Jésus leur dit, et les raisons qu'il avait eues pour ne pas se manifester avec plus d'éclat comme le véritable Messie ; puis cet adorable Enfant révéla à sa Mère Vi erge plusieurs autres mystère

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À comme à celle en qui tous les trésors du Verbe incarné devaient

; être mis en dépôt, afin qu'elle rendit pour tous et en tous le retour de gloire et de louanges qui étaient dues à l'auteur de tant de merveilles. Et notre arguste Souveraine s'en acquitta selon le bon plaisir du Seigneur.

Ensuite, continue le saint Evangéliste : « Il descendit avec eux, et vint à Nazareth, où il leur était soumis. Or sa Mère conservait toutes ces choses en 40n Cœur. Et Jésus avançait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hom-

mes. »

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