‹ Vie de la Très Sainte Vierge Marie [microforme]Chapitre 32 sur 65 · SÉJOUR À NAZARETH.LE SAINT PRÉCURSEUR · texte numérisé non relu

SÉJOUR À NAZARETH.LE SAINT PRÉCURSEUR

La plupart des mystères qui se passèrent entre Jésus et Marie sont, comme je l'ai marqué ailleurs (1), réservés pour être aux bienheureux dans le ciel le sujet d'une joie accidentelle. Les vlus ineffables s'accomplirent dans le cours des quatre années qu'ils demeurèrent seuls dans leur maison après l'heureuse mort de saint Joseph (2), jusqu’à ce que cet adorable Seigneur commencât à prêcher. Il est impossible qu'aucune créature mortelle puisse dignement pénétrer des secrets si profonds ; dès lors combien moins me sera-t-il possible, avec mon ignorance, de rapporter ce que j'en ai appris ? On en découvrira la cause par ce que je dirai. L'âme de Notre-Seiyneur Jésus-Christ était un miroir très clair et sans tache, où sa très sainte Mère (ainsi qu'on l'a vu plus haut) connaissait et contemplait tous les mystères que ce divin Seigneur préparait, comme chef et fondateur de la sainte Eglise, Rédempteur de tout le genre humain, maitre du salut éternel, et comme Ange du grand conseil, exécutant le dessein que la très sainte Trinité avait conçu et décrété de toute éternité dans son divin Consistoire.

() Voir la « Cité Mystique. »

(2) Voir dans la « Vie de saint Joseph » les derniers moments de cet auguste Patriarche, avec toutes les merveilles qui l'accompagnent,

Notre divin Sauveur consacra toute su vie à l'agencement de cette grande œuvre que son Père éternel lui avait recommandé d'accomplir avec la suprême perfection qu'il pauvait lui donner comme homme et Dieu tout ensemble ; et. esure que cet adorable Seigneur s'approchait du terine et äe la dispensation d'un si haut mystère, la force de sa sagesse ct l'effcace de son pouvoir augmentaient aussi et rehaussrient tous ses actes. Le cœur de notre auguste Reine était le témoin et le dépositaire très fidèle de toutes ces merveilles, et elle concourait tonjours, comine coadjutrice de son très saint Fils, à toutes les œuvres de la rédemption du genre humain. Celu étant, il est sûr que, pour connaître entièrement la sagesse avec laquelle cette divine Mère agissait en la dispensation des mystères de cette même rédemption, il faudrait aussi pénétrer ce que renfermaient la science de notre Sauveur Jésus-Christ, les œuvres de son amour, et la prudence avec laquelle il disposait les moyens convenables aux tins très sublimes qu'il s'était proposées. Ainsi, dans le peu que je dirai des œuvres de l'incomparable Marie, je présupposerai toujours celles de son très saint Fils, auxquelles elle concourait en limitant comme son exemplaire.

J'ai raconté dans cette seconde Partie (1) quelques-unes des faveurs que l'auguste Marie fit à sa cousine sainte Elisabeth et à saint Jean, étant en Egypte à l'époque où Hérode résolut de faire mourir les Innocents : J'«i dit aussi que le Précurseur de Jésus-Christ demeura dans le désert après la mort de sa mère, sans le quitter jusqu'au temps déterminé par la divine sagesse, menant une vie plus angélique qu'humaine, et ressemblant plus à un séraphin qu'à un iomme terrestre. Les faveurs que saint Jean obtint de la divine Droite dans sa solitude surpassent tout ce que l'entendement humain peut concevoir; et nous ne connaitrons sa grande sainteté et ses très excellents mérites que lorsque nous jouirons clairement de la vue du Seigneur, et que nous verrons la récompense qu'il en a reçue.

Le temps que la Sagesse éternelle avait déterminé arriva

(1) Voir la « Cité Mystique » ibid

auquel la voix du Verbe incarné, qui était Jean, devait retentir dans le désert, ainsi que le dit Isaïe, et que les évangélistes le rapportent. La quinzième année du règne de Tibère César, Anne et Caïphe étant pontifes, le Seigneur mit sa parole sur les lèvres de Jean, fils de Zacharie, dans le désert. Et il alla sur les bords du Jourduin, prêchant le baptême de pénitence nécessaire à la rémission des péchés, afin de préparer les cœurs à recevoir le Messie promis et attendu depuis tant de siècies, et afin de le montrer du doigt pour que tous pussent le reconnaître. Saint Jean entendit cette parole et ce commandement du Seigneur en une extase dans laquelle il fut éclairé par une influence spéciale du pouvoir divin, et prévenu avec abondance par le Saint-Esprit de nouveaux dons de lumière, de grâce et de science. Il connut dans ce ravissement, avec une plus grande plénitude de sagesse, les mystères de la Rédemption, et eut une vision a!stractive de ln Divinité; mais cette vision fut «i merveilleuse, qu'elle le transforma en un nouvel être de sainteté et de grâce. Le Seigneur lui ordonna dans cette même vision de sortir du désert pour préparer les hommes par sa prédication à celle du Verbe incarné, d'exercer l'office de Précurseur, ct de s'employer à tout ce qui regardait son accomplissement ; car il fut instruit de tout et reçut pour tout une très abondante grâce.

De son côté, la très prudente Mère voyait que le temps s'écoulait, que son très doux Fils était déjà entré dans sa trentième année, et qu'ainsi le terme où il devait Payer la dette des hom- 1:28 approchait rapidement ; toutefois, si fortement en possession du bien qui la rendait la plus heureuse des créatures, elle n'en envisageait encore que de loin la privation inaccoutumée. Mais l'heure arrivait,et un jour qu'elleétait ravie dans unesublime extase, elle sentit qu'elle était appelée et transportée devant le trône de la très sainte Trinité, duquel sortit une voix qui lui disait avec une force merveilleuse : Marie, ma Fill, mon Epouse, offrez-moi votre Fils en sacrifice. Cette voix forte manifestait la volonté du Très-Haut, la bienheureuse Mère y lut le décret de la Rédemption du genre humain au moyen de la passion et de la mort de son adorable Fils, et elle en découvrit

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dès lors tous les avant-coureure qui devaient commencer par la prédication de ce divin Seigneur, Au moment où cette connaissance se renouvelait en le très amoureuse Mère, elle éprouva en son âme divers effets de soumission, d'humilité, de charité envers Dieu et envers les hommes, de compassion, de tendresse et d'une douleur naturelle de ce que son très saint Fils devait souffrir.

Mais répondant au Tiès-Haut sans trouble et avec un cœur magnanime, elle Jui dit: « La tendresse maternelle me fait trouver, Seigneur, l'offrande que vons me demandez fort grande ; toutefois, que votre volonté se fasse et non pas la mienne, Que le genre humain recouvre la liberté ; que votre justice se satisfasse ; que votre amour infini se manifeste et que votre saint Noun soit connu et glorifié de toutes les créatures ! Je livre mon bien-aimé Isaac, afin qu'il soit effectivement sacrifié ; j'ottre le Fils de mes entrailles, afin qu'il paie, selon le Décret immuable de votre volonté, la dette contractée, non par lui, mais par les enfants d'Adam, et afin que tout ce que vos prophètes ont écrit et xnnoncë par votre inspiration soit accompli ‘a lui, »

La très suinte Trinité ayant agréé l'offrande de la Reine du Ciel, il était convenable qu'elle la récompensât à l'instant méme par quelque faveur qui la fortitiât en sa peine, qui la disposât à celles qu'elle attendait, et qui lui fit connaître avec une plus grande clarté la volonté du Père et les raisons de ce qu'il lui avait commandé, Notre auguste Sounveruine fut donc dans cette même extase élevée à un plus haut état, puis préparée, par les illuminations et les dispositions que j'ai décrites ailleurs, à la manifestation de la Divinité dans une vision intuitive, où, à la lumière pure ct éclatante de l'être de Dieu luimême, elle connut de nouveau l'inclination que le souverain Bien avait de Coinmuniquer ses trésors infinis aux créatures raisonnables par le moyen de la Rédemption que le Verbe incarné opèrerait ; elle y eut nussi connaissance de la gloire qui résulterait de cette merveille pour le nom du Très-Haut parmi ces mêmes créatures. Dans cette nouvelle science qu'elle eut des mystères cachés, la divine Mère offrit encore au Père

le sacrifice de son Fils avec un redoublement de joie, et alors le pouvoir infini du Seigneur la fortitia par ce véritable pain de vie et d'intelligence, afin qu'elle s'unit avee un courage invineible au Verbe incarné dans les œuvres de la Rédemption, et qu'elle fût condjutrice et coupératrice en cette même rédemption, de la manière règlée par la Sagesse infinie, et c'est ce que fit notre grande Reine, comme on le verra par tout ce que je dirai dans la suite,

Lorsque notre Rédempteur alla trouver saint Jean pour en être baptisé, comme nous le dit l'évangéliste saint Matthieu, il était entré dans sa trentième année; car il se rendit directement sur les bords du Jourdain, où son Précurseur baptisuit, et i! en reçut le baptême treize jours après avoir accompli sn vingt-neuvième année, le même jou que l'Eglise le célèbre, Je ne saurais dignement exprimer la douleur que la très pure Marie ressentit au moment de cette séparation, non plus que la compassion du Sauveur: toutes nos expressions sont trop faibles pour faire comprendre ce qui se passa alors dans le cœur du Fils et de la Mère. Comme cette séparation devait être une de leurs plus pénibles affictions, il ne fut pas convenable de modérer les etfets de leur amour naturel et réciproque. Ainsi le Très-Haut permit qu'ils épronvassent tout ce: était possible et compatible avec leur souveraine sainteté, ev celn avec la proportion que l’on doit toujours présupposer entre Jésus-Christ et sa très sainte Mère, qui est une simple créature. Cette douleur ne fut point adoucie par la diligence avec laquelle notre divin Maître marchait, pressé qu'il était, par la forte impulsion deson immensecharité, d'aller travailler à notre salut ; elle ne fut point non plus modérée chez la plus tendre des mères par la connaissance qu'elle avait de cette charité : car tout cela n'était qu’une plus grande certitude des tourments qui l’attendaïent, et augimentait sans cesse la douleur que la seule pensée en faisait naître. O mon très doux amour ! comment nos cœurs sont-ils si endurcis et si ingrats qu’ils n'aillent point à votre rencontre ? Comment les hommes, qui vous sont inutiles, ne vous arrétent-ils point par le ïeu de reconnaissance qu'ils témoignent pour vos bienfaits ? O bie:1 éternel! ô ma vie! vous

seriez sans nous aussi heureux qu'avec nous, aussi infini en perfections, en sainteté ct en gloire; nous ne pouvons rien ajouter à la gloire que vous avez eu vous-même, indépendamment des créatures ! Pourquoi done, mon divin amour, les cherchez-vous avec tant de sollicitude ? Pourquoi prenez-vous done tant de peine pour travailler au bien d'autrui ? C'est sans doute que votre bonté incompréhensible vous le Zait réputer comme propre, pendant que nous le considérons comme uno chose qui vous est indifférente et qui ne nous regarde point nous-mêmes !

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