NOTRE-SEIGNEUR : SA VIE PUBLIQUE NOCES DE CANA
L'évangéliste saint Jean, qui raconte à la fin du chapitre Premier la vocation de Nathanaël (ce fut Je cinquième disci pie de Jésus-Christ,) Commence le second Chapitre de l’histoire évangélique en ced termes : « Le troisième jour, on Célébrait des noces à Cana en Galilée, et la Mère de Jésus y était. Jésus fut aussi invité à ces noces avec ses disciples, » D'où l'on peut inférer que notre glorieuse Souveraine était à Cana avant que son très saint Fils fût invité aux noces qu'on y faisait. Ceux qui les faisaientétaient paronts de la sainte Vierge au quatrième degré du côté de sainte Anne. Ainsi, quand la bienheureuse Marie se trouva à Cana, les nouveaux mariés apprirent la venue du Sauveur du monde et qu'il commençait à avoir des disciples ; Puis, par le conseil de sa très sainte Mère et l'inspiration du Seigneur lui-même, qui disposait secrètement les choses Pour ses hautes fins, il fut invité aux noces avec ses disciples,
La Reine de l'univers étant donc à Cana, son très saint Fils fut invité aux noces, comme je viens de le dire, avec les disciples qu'il avait, et sa divine bonté, qui disposait toutes choses, accepta l'invitation. Il se rendit aussitôt chez ses parents pour sanctifier et autoriser le mariage et pour Comencer à confirmer sa doctrine par le miracle qu'il y fit et dont il] se déclara
l'auteur; car voulant se faire reconnaitre pour Maître, qui avait déjà des disciples, il fallait qu'il les confirmât dans leur vocation, et qu'il autorisât. sa doctrine afin qu'ils la reçussent. Voilà pourquoi le divin Sauveur, ayant fait secrètement d’autres merveilles, ne s'en déclara pas l'auteur en publie comme dans cette rencontre, et pourquoi encore l'évangéliste dit que Jésus fit à Cana en Galilée le premier de ses miracles. Ce même Seigneur dit aussi pour ce sujet à sa très sainte Mère, que son heure n'était pas encore venue. Cette merveille arriva le même jour que fut accomplie l'année qui suivit le Baptème du Rédempteur: et ce jour correspondait à l’adoration des Rois, comme le tient la sainte Eglise romaine, qui célèbre ces trois mystères en un mème jour, c'est-à-dire le 6 janvier. Notre-Seigneur Jésus-Christ avait alors trente ans révolus, et avait. passé de sa trente-unième aunée les treize jours qui se comptent depuis sa très sainte Nativité jusqu'à l'Epiphanie. Le Maître de la vie entra dans la maison où l'on célébrait les noces et dit en saluant ceux qui y étaient réunis : « La paix et la lumière du Seigneur soient avec vous, » comme véritablement ils ÿ étaient, puisque Jésus s’y trouvait. Il fit ensuite une exhortation de vie éternelle au nouveau marié, lui enseignant ce qu'il devait faire dans son état pour se sanctifier. La Reine du ciel exerça le même acte de charité envers ln nouvelle épouse, qu’elle instruisit de ses obligations par de très doux ct efficaces avis. De sorte qu'ils vécurent avec beaucoup de sainteté dans l'état qu'ils avaient heureusement embrassé en présence du Roi et de la Reine de l'univers. Je ne dois point m'arrêter à prouver que ce nouveau marié n'était pas saint Jean l'évangéliste. Il suffit qu'on sache qu’il suivait déjà le Sauveur au nombre de ses disciples ; car, dans cette circonstance le Seigneur ne prétendit point dissoudre le mariage, il vint à Cana pour l'autoriser et pour en faire un Sacrement ; mais on ne doit pas croire qu’il eût voulu le rompre aussitôt ; d'ailleurs l'évangéliste n'eut jamais intention de se marier. Mais bien loin de dissoudre cette union, Notre Sauveur ayant instruit les nouveaux mariés pria instamment le Père éternel de bénir d'une manière spéciale, sous la loi de grâce, la propagation de la race humaine,
118 VIE DE LA Tès SAINTE VIERGE
de donner dès lors au Mariage la vertu de sanctifier ceux qui le recevraient dans la sainte Eglise, et de l'élever au rang de ses sacrements.
La bi nheureuse Vierge Connaissait les dusseins et la prière de son très saint Fils, et elle S'Y associait Par le même con- Cours qu'elle donnait aux autres œuvres qu'il exécutait en faveur du genre humain ; et Comme elle se chargeait du retour que les hommes ne rendaient point Pour ses bienfaits, elle fit un Cantique de louanges au Seigneur, assistée des saints anges qu'elle avait invités à lui témoigner cette reconnaissance avec elle. Toutefois Cet exercice fut secret et découvert seulernent de notre Sauveur, qui prenait ses Complaisances dans les Œuvres de sa très pure Mère, comme elle Prenait les siennes dans celles de Son adorable Fils, Au surplus, ils Conversaient avec ceux qui se trouvaient aux noces ; mais c'était avec une sagesse admirable et avec des paroles dignes de telles Personnes, qui ne Parlaient que pour éclairer les Cœurs de tous ceux qui les entouraient, La très prudente Vierge parlait fort Peu, et ce n'était que lorsqu'on l'interrogeait, OU quand elle y “int bligée pur hünnêteté : car elle appliquait toute son atten- VUL ux discours et AUX actions du Seigneur, Pour les conser- Ver et les repasser dans son très chaste cœur. De sorte que les actions, les Paroles et toutes Jes Mauières de: cette grande Reine furent Pendant toute sa vie un rare exemple de prudence et de modestie non seulement Pour les religieuses, mais aussi pour les femmes du siècle, surtout duns cette circonstance, Si elles y songeaient lorsqu'elles se trouvent en de semblables
dissolution, car Plus le péril est grand, plus Ja Circonspection est nécessaire ; et i] est sûr que le silence, la retenue et la pudeur sont toujours les plus beaux et les plus riches ornements des femmes; ce sont les seuls qui ferment la porte à une foule de vices, et qui forment le Couronnement des vertus de la femme chaste et honnête,
Etant à table, le Seigneur et sa très sainte Mère mangèrent de ce qu'on Y Servit, mais avec une très grande sobriété, que
ne remarquèrent pourtant point les convives, Car, quoiqu'ils n'usassent point de tant de mets lorsqu'ils étaient seuls, les Maitres de la perfection, qui ne voulaient point condamner la vie commune des lommes, mais Ja perfectionne
r par leurs exemples, s'accommodaient à tons avec modération et sans aucune singularité extérieure, en tout ce qui n'était point incompatible avec la perfection. Du reste, ce que le Seigneur avait pratiqué dans sa conduite, il l'enseigna par sa doctrine à ses apôtres et à ses disciples, en leur ordonnant de manger, quand ils iraient prêcher, de ce qu'on leur présenterait, et de ne point se rendre singuliers, comme imparfaits et peu savants dans le chemin de la vertu, attendu que ceux qui sont véritablement pauvres et humbles ne doivent point choisir leur nourriture. Or le vin étant venu à manquer au repas par une disposition de la Providence, ponr donner occasion au miracle que le Sauveur > fit, la charitable Reine lui dit: « Seigneur, ils n'ont point de vin.» Jésus lui répondit: « Femme, qu'y a-t-il de commun entre vous et moi? Mon heure n'est pas encore venue, » Cette réponse du Sauveur ne fut Pas une réprimande, mais un mystère ; car la très prudente Mère ne demanda pas fortuitement le miracle, puisqu'elle savait par la lumière d'en haut qu'il était temps que la puissance divine de son très saint Fils se manifestât ; elle ne pouvait pas l'ignorer, elle qui avait une connaissance claire des œuvres de la rédemption, de l'ordre que notre Sauveur y devait garder, des moments et des circonstances où il les devait accomplir. Il faut aussi remarquer que le Verbe prononça ces paroles non d'un ton de reproche, mais avec beaucoup de calme, de douceur et de dignité, Que s'il n'appelle pas la sainte Vierge, mère, mais femme, c'est parce que depuis quelque temps, il ne la traitait plus avec la même tendresse extérieure, comme je l'ai dit ailleurs (1).
(1) Au Ch. xvr, avant la séparation à Nazareth. Voici les propres paroles de la sainte Vierge, dans son Instruction à la Vén. Mère d'Agréda: «.….. Remarquez, ma fille, qu’en la vision de la Divinité, que j'eus au moment que vous avez indiqué, je connus dans le Seigneur le cas qu’il faisait des souffrances et de la mort de mon Fils, et de tous ceux qui devaient le suivre dans le chemin de la croix. Dans cette connaissance, je ne l'offris pas seulement volontiers pour le livrer à la
Le but mystérieux de la réponse de Notre-Seigneur Jésus- Christ fut de confirmer les disciples en la foi à sa Divinité, et de commencer à la manifester à tous en se montrant Dieu véritable et indépendant de su Mère quant à l'être divin et à la Puissance de faire des miracles, C'est pour cette raison que, ne l'appelant point mère, il Jui dit: « Femme, qu'y at-il ici de CoMmun entre vous et moi ? » C'était comme sil lui eût dit : Je n'ai pas reçu de vous le Pouvoir d'opérer des miracles, bien que Vous m'ayez donné la nature humaineen laquelle je dois les opérer; Car il ne dépend que de ma divinité de les faire, et comme Dieu, mon heure n'est pa encore venue, Il fit aussi connaitre Par cette réponse que la détermination de toutes ses merveilles n'appartenait Point à sa sainte Mère, et dépendait uniquement de la volonté de Dieu, bien que pourtant elle fût trop prudente Pour en demander Ja réalisation en temps inopportun. tin, le Seigneur voulut faire Comprendre qu'il y avait en lui une autre volonté que la volonté humaine, et que celle-là était divine, supérieure à celle de sa Mère, qu'elle ne lu. it point subordonnée, mais que la volonté de cette même Mère dépendait de celle qu'il avait comme Dieu. Pour l'éclaireissement de en
Passion et à la Mort, mais je suppliai le Très. Haut de me faire la grâce de Pouvoir m'associor à toutes ses peines et Participer à tontes les amertumes de sa passion ;
et le Père éternel me l'accorda, Ensuite je Priai mon adorable Fils de me priver dès lors de ses caresses intérieures, afin de commencer à le suivre dans ses afflic. tions; et lui-même IM'inspira cette demande Parce qu’il le voulait ainsi, et la charité me pres-a de la lui faire. La Passion que j'avais de souffrir, et l'amour qu'avait pour moi le Sauveur, comme fils et comme Dieu, me faisaient souhaiter les aflictions et les peines ; et ce divin Sauveur me les accorda, Parce qu’il m'aimait tendrement, ear ;] afige ceux qu’il aime ; c'est Pourquoi, étant sa Mère, il von.
lut me faire cette grande faveur de me rendre sembJable à lui en ce qu'il estimait
rement ; dès lors mon très saint Fils ne me traita plus avec autant d'affection extérieure, et ce fut une des raisons Pour lesquelles il ne m'appela pas du nom de mère, mais de celui de femme, aux noces de Cana, an pied de la croix, et en d’autres circonstances où i] m'éprouva Par cette sévérité, en me refusant les paroles qui Ponvaient Marquer quelque tendresse 5 et bien loin qu'il y eût en ce procédé la moindre rigueur, c'était Je plus grand témoignage de son amour, puisqu'il me rendait semblable à lui, en me faisant part des peines qu’il choississait pour lui-même comme le plus riche héritage, »
cette vérité, notre adorable Sauveur répandit en même temps dans l'intérieur de ses disciples une nouvelle Inmière, par laquelle ils connurent l'union hypostatique en sa personne des deux natures qu'il avait reçues, la nature humaine, de su Mère, et la divine, de son Père par la génération éternelle.
Notre auguste Souveraine péuétra tout ce mystère, et dit avec une douce dignité aux serviteurs : Faites ce que mon Fils vous dira, En ces paroles (outre la connaissance de la volonté de Jésus-Christ, qu'elles supposent chez la très prudente Mère), elle s'exprine comme Maîtresse de tout le genre humain, ensei- £gnant aux mortels que pour remédier à toutes leurs nécéssités, à toutes leurs misères, il est à la fois nécessaire et suffisant qu'ils fassent de leur côté tout ce que le Seigneur commande, ou ce que prescrivent ceux qui tiennent sa place. Une telle doctrine ne pouvait sortir que de la bouche d'une pareille mère et avocate, qui, désireuse de notre bien et connaissant la cause qui empêche la puissance divine de faire beaucoup de grandes merveilles, voulut nous proposer et nous enseigner le remède propre à nous guérir de tous nos maux, en nous disposant à l'accomplissement de ln volonté du Très-Haut, d'où dépend tout notre bouheur. Le Rédempteur du monde ordonna à ceux qui servaient à table de remplir d’eau les urnes en usage chez les Hébreux en de semblables occasions. Puis, après qu'ils les eurent toutes remplies, le même Seigneur leur dit de puiser de ce qui était deduns et d'en porter à l'intendant, qui occupait la place la plus honorable, et qui était un des prêtres de la loi. Lorsque l’intendant eut goûté de ce vin miraculeux, il ne put s'empêcher d'appeler l'époux et de lui témoigner son étonne-
ment.
Quand l’intendant goûta le vin, il ne savait point le miracle, parce qu'il était au plus haut de la table, tandis que notre divin Maitre Jésus-Christ occupait les dernières places avec sa très sainte Mère et les disciples, enseignant par son exemple ce qu'il devait enseigner plus tard par sa doctrine, savoir, de choisir la dernière place, quand on serait appelé à quelque festin. Bientôt le prodige que Notre-Seigneur avait fait de changer l'eau en vin fnt publié; sa gloire se répandit, et ses
disciples crurent e È furent confirmés davantage en ]
i en eut encore nt qu'il
véritable Messie, nt jusqu'à la ville de Capharnatim rapporte qu'il se rendit avec «n Mère et ses disoi s i : ce fut là, dit saint Matthieu, « a à pré à se faire Connaitre pour le Maître At que le Seigneur & manifesté sa gloire par ce miracle, saint Jean, loin de nier qu'il en eût fait aupar ndre que sa gloire,
Par d'autres prodiges, nu l'auteur ava Sagesse divine, d'admirables en Egypte hute de, idoles, dont J'ai fai ntion ailleurs.
milieu de Haut, de
1 se répandait. Elle
8e préoccupuit des besoins dèles et s'employait au service de son divin Fils, Prévoyant toutes choses avec une Sagesse incomparable et une vigilante Charité. C'est cette charité qui exCitait la ferveur avec laquelle elle Priait Je Père éternel de disposer les hommes à recevoir les Paroles et la Jumière du Verbe incarné, et de dis :er les ténèbres de leur ignorance.