LA SAINTE VIERGE : SON HUMILITÉ
La principale matière de toute l'histoire d est, si l’on y fait quelque réflexion, une d claire de l'humilité de cette humbles ; cette vertu dignement la louer n que ni les hommes ni les a l'impénétrable profondeur.
dans toutes les coufections e
le plus merveilleux, quait aucune sans le concours de sa rare l'éleva au-dessus de tout ce qui n'était elle vainquit toutes 1
qu'elle ne l'obtint. La victoire que cette très humble Reine remporta par son humilité fut générale, car elle vainquit dans sa maison (comme je l'ai raconté dans la première Partie (1) } sa mère sainte Anne et ses domestiques, de sorte qu'on lui laissât remplir les plus bas offices : dans le Temple, eile vainquit toutes ses compagnes ; dans le mariage, saint Joseph ; das les occupations les plus viles, les anges ; dans les louanges, les apôtres et les évangélistes, pour qu'ils ne publiassent pas celles dont elle était digne ; elle vainquit le Père et le Saint- Esprit, en obtenant qu'ils ne fissent point éclater les grâces qu'ils lui avaient accordées ; et enfin son très saint Fils, en le portant à agir à son égard d'une manière qui ne donnât aucun motif aux hommes de la louer à raison des miracles qu'il faisait et de la doctrine qu'il enseignait,
Cette sorte d'humilité si généreuse, dont je traite maintenant, fut le partage exclusif de la plûs humble entre les humbles: car les autres enfants d'Adam et même les anges n'y sauraient atteindre, à raison de l'état des personnes, quand même pour d'autres causes nous ne serions pas aussi loin de cette vertu que nous le sommes, Nous découvrirons cette vérité, si nous considérons que les autres mortels ont été, par la morsure de l’ancien serpent, si profondément infectés du venin de l'orgueil, que, pour l’éliminer, la Sages.e divine a ordonné que l'effet même du péché servirait de remède; car à la vue de tant de fautes personnelles auxquelles chacun de nous se laisse aller, comment ne reconnaîtrions-nous pas notre bassesse, que nous n'AVOns pas connue au moment où nous avons reçu l''tre ? Il est évident que, quoique nous ayons une âme spirit :lle, elle n’occupe que le dernier degré en cet ordre des êtres spirituels, Dieu ayant le plus haut, et la nature angélique se trouvant au milieu ; pour ce qui regarde le corps, nous n'avons pas seulement été tirés de l'élément le plus vil, qui est la terre, mais de ce qu'elle a de plus abject, qui est la boue. Dieu ne fit point tout cela par hasard, mais il l'a fait avec une grande sagesse, afin que la boue prit sa place, qu’elle se crût digne du
(1) De la « Cité Mystique. »
lieu le plus bas, et qu'elle y demeurât toujours, se vit-elle ornée et enrichie de plusieurs grâces, parce qu'elles se trouvent dans un vase fragile. Nous avons tous perdu le jugement ; nous nous sommes écartés de cette vérité et de cette humilité si propre à l'être de l'homne, et, pour nous y remettre, par un autre sujet d'humilité, il faut que la concupiscence rebelle, les passions que le péché produit en nous et Je dérèglement de nos actions nous fassent expérimenter que nous sommes vils et mébprisables. Encore l'ex périence continuelle que nous en avons ne suffit-elle pas pour nous ouvrir les yeux et nous faire avouer que c’est une chose intolérable et inique de souhaiter les honneurs et les applaudissements des hommes, n'étant, comme nous sommes, que cendre et poussière, et même indignes, par Par nos péchés, d'un être si bas et si terrestre,
La seule Marie, sans avoir été atteinte du péché d'Adam ni de ses effets déplorables, pratiqua l'humilité dans sn plus haute perfection; et la simple connaissance de l'être de la créature lui suffit pour qu'elle s'humiliât plus que tous les enfants d'Adam, qui, outre la Connaissance qu'ils ont de leur être terrestre, connaissent leurs Propres péchés. Si d'autres ont été humbles, ils ont été auparavant humiliés, et se sont trouvés, Par cette humiliation, comme forcés d'entrer dans l'humilité, et de dire avec David: « Avant que j'eusse été humilié, j'ai péché. »
Et dans un autre verset : « Il m'est bon, Seigneur, que vous m'ayez humilié, atin que j'apprenne vos ordonnances pleines de justice. » Mais la Mère de l'humilité n’entra point dans cette vertu par l'humiliation ; elle fut humble avant d'être humiliée, et elle ne fut jamais humiliée par le péché ni par les passions, mais toujours humble d’une manière généreuse, Que si les an- &es ne doivent point être confondus avec les hommes, parce qu'ils sont d'une nature supérieure et qu'ils n'ont ni passions ni péchés, il n’en a pas été moins impossible à ces esprits célestes de parvenir à l'humilité de ln très pure Marie, quoiqu'ils se soient humiliés devant leur Créateur en se reconnaissant les Ouvrages de ses mains, Mais ce que l'auguste Vierge eut de l'être terrestre et humain lui servit précisément à surpasser
en cette vertu les mêmes anges, que leur être spirituel ne pouvait pas porter à s'humilier autant que cette auguste Souveraine. On peut ajouter à cela la dignité de Mère de Dieu et de Reine de l'univers, puisqu'aucun des anges n'a pu s'attribuer une excellence qui ait élevé la vertu d'humilité autant que cette dignité l'élevait en notre incomparable Maitresse, L'excellence de cette vertu fut chez elle exceptionnelle et unique, puisque, étant Mère de Dieu et Reine de tout ce qui est créé, n'ignorant pas cette vérité ni les grâces qu'elle avait reçues pour être digne de cette maternité, ni les merveilles qu'elle opérait par leur moyen, et sachant que le Seigneur mettait entre ses mains et à sa disposition tous les trésors du ciel, elle n'éleva néanmoins jamais son cœur au-dessus du rang infime qu'elle avait choisi entre toutes les créatures ; elle n'en voulut point sortir, elle Mère dn Seigneur ! elle si innocente et si puissante ! elle si favorisée du Très-Haut ! elle qui aurait pu se prévaloir des prodiges qu'elle opérait, comme de ceux de son très saint Fils ! O rare humilité ! O fidélité inconnue des mortels ! O sagesse, qui surpasse celle des anges mêmes! Quel est celui qui, étant connu de tous pour le plus grand, se méconnait lui seul, et se regarde comine le plus petit ? Quel est celui qui a su se cacher à lui-même ce que tous publient sur son conipte ? Quel est celui qui s'est cru digne de mépris, étant pour tous un sujet d'admiration ? Quel est celui entin qui, étant dans le plus haut degré d'honneur, a toujours regardé les abaissements avec complaisance, et qui, pouvant avec justice occuper le lieu le plus honorable, a choisi le plus bas, et cela non par nécessité ni avec tristesse et impatience, mais spontanément et avec une joie sincère ? O enfants d'Adam, combien somines-nous 1gnorants en cette science divine! Comme il est nécessaire que le Seigneur nous cache bien souvent nos propres avantages, ou les balance par quelque contre-poids, par un lest qui nous empêche d'aller en dérive avec tous ses bienfaits, et de former secrètement le dessein de lui ravir la gloire qui lui est due comme à l’auteur de toute chose ! Comprenons done combien notre humilité est peu solide, si tant est que nous ayons parfois cette vertu, puirque le Seigneur a besoin, pour
ainsi dire, quand il veut nous favoriser de quelques-uns de ses dons, de prendre tant de précautions, à cause de la faiblesse de notre humilité, et puisque nous n'en recevons presque jamais aucun sans le rogner nous-mêmes par nos ingratitudes, ou du moins par quelque vaine complaisance,
Les anges étaient ravis de l'humilité que la sainte Vierge pratiquait dans les miracles de Notre-Seigneur Jésus-Christ, parce qu’ils n'étaient pas accoutumés de voir chez les enfants d'Adam, ni même chez eux, cette manière de s'humilier parmi tant d'excellences et tant de merveilles. Ces esprits célestes admiraient moins les miracles du Sauveur (parce qu'ils y avaient déjà découvert sa toute-puissance) que la fidélité incomparable avec laquelle l’auguste Marie rapportait toutes ces choses à la gloire de Dieu ; et elle se croyait si indigne, qu'elle regardait comme une faveur singulière que son très saint Fils ne cessât point de les faire tandis qu'elle se trouvait au monde. Elle pratiquait cette sorte d'humilité, sans prendre garde qu'elle était Celle qui portait actuellement, par ses prières, le Sauveur à opérer presque toutes ses merveilles, bien plus si les hommes n'eussent point eu, comme je l'ai dit ailleurs, cette grande Reine pour médiatrice auprès de Jésus-Christ, l'univers aurait été privé de la doctrine évangélique, et n'aurait pas mérité de la recevoir.
Les miracles et les œuvres de Notre-Seigneur Jésus-Christ étaient si surprenants, si inouis, qu’il n'était pas possible qu'il n'en rejaillit une grande gloire sur sa très pure Mère; en eftet, non seulement elle était connue des disciples et des apôtres, mais les nouveaux fidèles allaient presque tous vers elle pour la consulter, la reconnaissaient pour Mère du véritable Messie, et la félicitaient des prodiges que son très saint Fils faisait. Tout cela servait de :suvelle preuve à son humilité, car elle s'abimait dans le néant, et se mébprisait elle-même au-delà de toutes nos conceptions. Elle ne laissait pourt .: pas s'abattre son cœur dans ce mépris d'elle-même ; elle Y ignait toute la reconnaissance possible, parce que, dans l. mps qu’elle s’humiliait pour toutes les merveilles de Jésus-Christ, elle rendait pour chacune des actions de grâces au Père éternel, et
suppléait ainsi à l'ingratitude des mortels. Par le commerce secret que son âme virginale entretenait avec celle du Sauveur, elle l'engageait à détourner la gloire que les auditeurs de su divine parole lui attribuaient à elle,comme il arriva en quelques circonstances mentionnées dans les Evangiles. L'une, quand Notre-Seigneur chassa du corps d'un howme un démon qui était muet ; et comme les Juifs attribuaient ce miracle à Béelzébuth, prince des démons, le Sauveur suscita une femme tidèle qui, élevant la voix, dit: « Bienheureux le sein qui vous a porté...» La très humble et très prudente Mère, entendant ces paroles, prix intérieurement notre Rédempteur d'empêcher que cette louange ne s'appliquât à elle ; et il exauça sa prière, mais en enchérissant les éloges en des termes encore mystérieux. Car le Seigneur dit, pour répundre à cette femme : « Plutôt bienheureux sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent.» Par cette réponse il détourna l'honneur qu'on donnait à l'auguste Marie en qualité de Mère, et le lui décerna lui-même en qualité de Sainte, tout en enseignant à ceux qui l'écoutaient l'essentiel de la vertu commune à tous, en laquelle sa Mère se distinguait d’une manière si admirable, quoiqu'ils ne comprissent point alors son langage.
L'autre circonstance nous est signalée par saint Luc, lorsqu'il raconte que l'on dit à Notre-Seigneur, occupé à prêcher, que sa mère et ses frères désiraient le voir, sans pouvoir l'aborder à cause de la foule qui l’environnait. Alors la très prudente Vierge, craignant de recevoir quelques louanges de ceux qui la connaissaient pour Mère du Sauveur, pria cet adorable Seigneur de ne point le permettre, comme il le fit en répondant. « Ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’accomplissent, qui sont ma mère et mes frères. » Dans cette réponse, le Seigneur n'avait pas intention d’exclure sa Mère de l’honeur qu'elle méritait par sa sainteté : au contraire, il entendait la distinguer plus que personne. Mais il s'exprima de façon à ce qu'elle ne ft point louée de ceux qui assistaient à sa prédication et que par là même fût satisfait le désir qu'elle avait que le Seigweur seul (it connu et loué pour ses œuvres.
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