LE CRUCIFIEMENT
Notre vénérable et nouvel Isaac, tils du Père éternel, arriva au mont du sacrifice, au même lieu où fut essayée la figure sur le fils du patriarche Abraham, et où l’on exéeuta sur le très innocent Agneau la rigueur qui fut suspendue à l'égard de l'ancien Isaac qui le représentait. Le mont du Calvaire était un lieu méprisé, comme réservé au supplice des plus insignes criminels, dont les cadavres infects le rendaient encore plus ignominieux. Notre très doux Jésus y arriva épuisé de fatigue, couvert de sang et de plaies, et tout défiguré. La vertu de la Divinité qui déifiait sa très sainte humanité par l'union hypostatique, le soutint, non pour le soulager, mais pour le mortifier dans ses souffrances, afin que son amour immense en fût rassasié, de telle sorte toutefois qu’il lui conservât la vie, jusqu'à ce qu'il fût permis à la mort de la lui ôter sur la Croix. Navrée de douleur, la divin: Mère parvint aussi au sommet du Calvaire, et put corporel!:ment s'approcher de son Fils: maïs en esprit et par ce qu'elle souffrait, elle était comme hors d'elle-même, car elle ne vivait plus que dans son bien-aimé et de ses souffrances. Saint Jean et les trois Marie étaient auprès d'elle, parce qu’elle avait prié le Très-Haut de lui accorder cette seule et sainte compagnie, et leur avait obtenu du Sauveur cette grande faveur de se trouver si près de lui au pied de la Croix.
Sachant que les mystères de la Rédemption allaient être accomplis, la très prudente Mère, quand elle vit les bourreaux se disposer à dépouiller le Seigneur pour le crucifier, se tourna en esprit vers le Père éternel et lui adressa cette prière: « Mon Seigneur et mon Dieu, vous êtes Père de votre Fils unique, qui, par la génération éternelle, est né Dieu véritable de Dieu véritable, qui n'est antre que vous; et par la génération temporelle il est né de mon sein, où je lui ai donné le corps humain dans lequel il souffre. Je l'ai nourri de mon propre lait ; en qualité de Mère, je l'aime comme le meilleur Fils qui ait jamais pu naître d’une autre créature, et j'ai un droit naturel sur son humanité très sainte en la personne qu’il a; et votre divine Providence ne dénie jamais ce droit à qui il appartient. Or je vous offre maintenant ce droit de mère, et le mets de nouveau ertre vos mains, afin que votre Fils et le mien soit sacrifié pour la Rédemption du genre humain. Acceptez, Seigneur, mon offrande, puisque je ne vous offrirais pas autant si j'étais moi-même crucifiée; non seulement parce que mon Fils est vrai Dieu et de votre propre substance, mais aussi par rapport à ma douleur. Car si je mourais, et que les sorts fussent changés afin que sa très sainte vie fût conservée, ce serait pour moi une grande consolation et l'accomplissement de mes désirs.» Le Père éternel accueillit cette prière de notre auguste Reine avec une complaisance ineffable. Il ne fut permis au patriarche Abraham que l'essai du sacrifice figuratif de son fils, parce que le Père éternel en réservait l'exécution et la réalité pour son Fils unique. Cette mystique cérémonie ne fut pas non plus communiquée à Sara, mère d'Isaac, non seulement à cause de la promypte obéissance d'Abraham, mais aussi parce que ce secret ne devait pas même être confié à l'amour maternel de Sara qui peut-être, quoiqu'elle fût sainte et juste, aurait entrepris de s'opposer à l’ordre du Seigneur. Mais il n'en arriva pas de même à l'égard de l'incomparable Marie ; car le Père éternel put avec sûreté lui confier sa volonté éternelle, afin qu’elle coopérât dans une juste proportion au sacrifice du Fils unique, en ;’associant à la volonté même uu Père. La Mère invincible, ayant achevé cette prière, connut que
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les impitoyables ministres de la Passion voulaient, comme le rapportent saint Matthieu et saint Marc, faire boire au Seigneur du vin mêlé avec du fiel et de la myrrhe. pour augmenter ses peines. Les Juifs prirent prétexte de lu coutume qu'ils avaient de donner aux condamnés À mort une certaine quantité de vin généreux et aromatique, pour leur furtitier les esprits vitaux, afin qu’ils subissent leur supplice avec plus de courage; cetté coutume s'était introduite à propos de ce que Salomon dit dans les Proverbes: Donnez du cidre à ceux qui sont afigés, et du vin à ceux qui sont dans l'amertume du cœur. Cette boisson pouvait animer et soulager un peu les autres condamnés; mais les Juifs, par une cruauté étrange, y mêlèrent tant de fiel, qu'elle ne pouvait causer à notre adorable Sauveur qu'une extrême amertume. La divine Mère connut cette pertidie, et, touchée d'une compassion maternelle, elle pria avec beaucoup de larmes le Seigneur de ne la point prendre. Il condescendit de telle sorte aux prières de sa Mère, qu'ayant goûté l'amertume de ce vin pour ne pas refuser entièrement cette nouvelle mortification, il n'en voulut pas boire.
On était déjà à la sixième heure du jour, qui répond à celle de midi, quand les bourreaux, étant sur le point de crucifier le Sauveur, le dépouillèrent de sa tunique sans couture. Et comme cette tunique était étroite et longue, ils la lui ôtèrent par le haut sans lui ôter la couronne d'épines ; mais ils ÿ mirent tant de violence, qu'ils arrachèrent la couronne avec ln même tunique d’une manière impitoyable; car ils lui rouvrirent les blessures de sa tête sacrée, dans quelques-unes desquelles restèrent les pointes des épines, qui, nonobstant leur dureté, ne laissèrent pas de se rompre par la force avec laquelle les bourreaux lui enlevèreut la tunique, et avec elle la couronne. Ils la lui replacèrent aussitôt sur la tête, avec une cruauté inouie, ajoutant plaies sur plaies. Ils renouvelèrent aussi celles de son très saint corps: car la tunique s'y était comme collée, de sorte qu’en la lui arrachant ils ajoutèrent, comme le dit le saint roi David, des douleurs nouvelles à celles de ses plaies. On dépouilla quatre foie notre adorable Sauveur dans le cours de sa Passion. La première, pour le flageller lorsqu'on le lia à la