LE CRUCIFIEMENT DE JÉSUS
(Nicoro GERENI)
colonne : la seconde, pour lui mettre le manteau de pourpre par dérision ; la troisième, quand on le lui ôta pour le revêtir de sa tunique ; la quatrième fois sur le Calvaire, pour le laisser en cet état, et alors ses souffrances furent plus vives parce que ses plaies étaient plus profondes, que sa très sainte humanité était réduite à une faiblesse extrême et que le mont du Calvaire était plus exposé aux intempéries de l'air.
La sainte Croix était étendue par terre, et les bourreaux faisaient les préparatifs nécessaires pour crucifier notre divin Maitre, ainsi que les deux voleurs qui devaient mourir en méme temps. Notre-Seigneur est attaché à la Croix !
Il n'est pas possible d'exprimer ni même de concevoir les douleurs atroces que notre adorable Sauveur souffrit dans ce supplice. Il ne les fera comprendre mieux qu'au jour du jugement, pour justifier sa cause contre les réprouvés, et afin que les saints le louent et le gloritient dignement. Mais à présent que la foi à cette vérité nous permet et nous oblige d'y appliquer tout notre jugement (ou il faudrait que nous n'en eussions aucun) je supplie, je conjure les enfants de la sainte Eglise de considérer attentivement un mystère si vénérable, et d'en peser toutes les circonstances ; car si nous les méditons sérieusement, uous y trouverons des motifs efficaces pour abhorrer le péché et pour ne plus le commettre, puisqu'il a causé tant de souffrances à l'Auteur de la vie. Réfléchissons aussi aux grandes douleurs qui affligeaient l'esprit et le corps de sa très pure Mère; car par cette porte, nous découvrons le Soleil qui nous éclaire le cœur. O Reine et Maîtresse des vertus ! O Mère véritable du Roi des siècles, immortel et incarné pour mourir! Iiest vrai, mon auguste Souveraine, que la dureté de nos cœurs ingrats nous rend incapables et indignes de ressentir vos douleurs et celles de votre très saint Fils, notre Rédempteur; mais procurez-nous par votre clémence ce bien que nous ne méritons pas. Hannissez de nos sœurs une insensibilité si criminelle. Si nous sommes la cause de toutes ces peines, estil juste qu'elles s'arrêtent à vous et à votre bien-aimé ? Il faut que le calice des innocents passe jusqu'aux coupables qui l'ont mérité. Mais, hélas! où est le jugement, où est la sagesse ? où
est la lumière de nos yeux? qui nous a privés de la raison ? qui nous a ravi le cœur sensible et humain ? Quund je n'aurais pas reçu, Seigneur, l'être que j'ai à votre image et à votre ressemblance; quand vous ne m'auriez pas donné la vie et le mouvement ; quand tous les éléments et toutes les créatures, que vous avez créés pour mon service, ne me donneraient pas une connaissance si certaine de votre amour immense; l'excès infini que ce même amour a fait paraître en vous clouant à la Croix, au milieu de douleurs et de tourments si affreux, devrait me convaincre et me captiver dans des liens indissolubles de compassion, de reconnaissance, d'amour et de confiance er votre bonté ineffable. Mais si la voix de tant de prodiges ne m'éveille, si votre amour ne m'enflamme, si votre Passion et vos peines ne me touchent, si tant de bienfaits ne me subjuguent, quelle fin dois-je attendre de ma folie ?
L'œuvre de la Rédemption du genre humain ayant été entièrement achevée, il fallait que, comme le Verbe était sorti de son Père pour s'incarner et vivre d’une vie mortelle dans le monde, il s'en allât par la perte de cette vie à son Père avec l'immortalité. C'est pour cela que Jésus-Christ notre Sauveur dit la dernière parole: Mon Père, je remets mon âme entre vos mains. Le Seigneur prononça ces mots d'une voix forte, de sorte que tous les assistants les entendirent; et quand il voulut les prononcer, il leva les yeux au ciel, comme s'adressant à son Père éternel, et après le dernier mot, il baissa de nouveau la tête et rendit l'esprit! L'invincible Reine, la Maitresse des vertus pénétra toute la profondeur de ces mystères, comme Mère du Sauveur et coadjut. ‘2 de sa Passion, au delà de ce que toutes les créatures ensemb:+ en peuvent concevoir. Et afin qu’elle participât en tout à cette même Passion, il fallait que, comme elle avait ressenti les douleurs qui répondaient à celles de son très saint Fils, elle souffrit aussi, sans mourir, les peines qu’eut le Seigneur à l'instant de sa mort. Que si elle ne mourut point, c'est que Dieu lui conserva la vie par un miracle qui fut plus grand que les autres par lesquels il la lui avait conservée dans tout le cours de la Passion. Car cette dernière douleur fut beaucoup plus intense et plus vive que
les autres; et nous pouvons dire que tout ce que les hommes ont enduré depuis le commencement du monde ne saurait égaler ce que la bienheureuse Marie soutfrit dans la Passion. Elle resta au pied de la Croix jusqu'au soir, c'est-à-dire jusqu'au moment où l'on ensevelit le corps sacré du Sauveur ; et, en récompense de cette dernière douleur, le peu d'être terrestre qui animait son corps virginal fut encore spiritualisé d'une manière spéciale.
Le Seigneur attaché à la Croix, disposa des trésors spirituels et des dons qu'il avait acquis pour les hommes, pendant le cours de sa vie, faisant connaitre ceux à qui ils devaient appartenir et qui devaient être ses légitimes héritiers et ceux qu'il déshéritait, ainsi que les causes de la différence de leur sort. Ils s'entretini de tout cela avec son Père éternel, comme souverain Seigneur et très juste juge de toutes les créatures; car les secrets de la prédestination des suints et de la réprobation des impénitents étaient renfermés dans ce Testament, qui fut fermé et cacheté pour les hommes. Seule, la Lbienheureuse Marie eut le privilège de l’entendre, parce que non seulement elle pénétrait toutes les opérations de l'âme très sainte de Jésus- Christ, mais elle était encore son héritière universelle, constituée la Maîtresse de tout ce qui est créé. Coadjutrice de la Rédemption, elle devait être aussi l'exécutrice testamentaire qui présiderait à l’accomplissement des volontés de ce Fils, qui mit toutes choses entre les mains de sa Mère, de même que le Père éternel les avaient mises entre les siennes, et en cette qualité, elle devait être chargée de distribuer les trésors acquis par son Fils et lui appartenant, tant à raison de son titre que de ses mérites infinis. Cette connaissance m'a été donnée comme faisant partie de cette histoire, afin de faire mieux ressortir la dignité de notre auguste Reine, et que les pécheurs recourent à elle comme à la dépositaire des richesses dont son Fils notre Rédempteur veut rendre compte à son Père éternel : car tous nos secours doivent être tirés du dépôt de la très pure Marie et c’est elle qui doit les distribuer de ses mains charitables et libérales. (1)
(1) Voir la «Cité Mystique ».