LA RÉSURRECTION : L'ASCENSION
L'âme très sainte de notre Rédempteur Jésus-Christ qui demeura dans les limbes depuis le vendredi à trois heures et demie, jusqu'au dimanche suivant, à trois heures du matin, retourna victorieuse au Sépulcre, et Notre-Seigneur ressuscité et glorieux apparut à sa divine Mère! Dans cette circonstance, notre grande Reine s'éleva à la contemplation des mystères les plus sublimes. Parvenue à ces hau :urs, elle entendit une voix qui lui disait: Ma bien-aimée, montez encore, montez plus haut. En vertu de cette voix, elle fut toute transformée et vit la Divinité d'une vue claire et intuitive, dans laquelle elle trouva le repos et pour quelques moments au moins la récompense de toutes ses peines. Il faut forcément garder ici le silence, puisque les paroles nous manquent pour exprimer ce qui se passa en la très pure Marie dans cette vision béatifique, qui fut la plus haute et la plus divine de celles dont elle avait été privilégiée jusqu'alors. Célébrons ce jour avec des cantiques de louanges, avec des transports d'admiration, avee des congratulations, avec amour et avee d’humbles actions de grâces de ce qu’elle fut si exaltée, de ce qu'elle nous mérite à nous et de ce dont elle jouit elle-même.
Après que notre Sauveur Jésus ressuscité et glorieux eut visité et rempli de gloire sa très sainte Mère, il résolut, en père plein de tendresse et en pasteur très vigilant, de rassembler
ne |
les brebis de son troupeau, que le scandale de sa Passion avai’, troublées et dispersées, Les saints Pères et tous ceux qu'il avait tirés des Limbes et du Purgatoire l'accompagnaient toujours, quoiqu'ils ne se manifestassent point dans ses apparitions ; cor il n'y eut que notre auguste Reine qui les vit, qui les connût, et qui leur parlât pendunt les quarante jours qui se passèrent jusqu'à l'Assension de son très saint Fils, Lorsqu'il n'apparaissait point à d'autres personnes, il restait toujours auprès de sa bienheureuse Mère dans le Cénacle,* où elle demeura, sans en sortir durant ces quarante jours. Elle y jouissait de la vue du Rédempteur du monde et de l'assemblée des prophètes et des saints qui faisaient Compagnie au Roi et à la Reine de l’univers. Quand le Seigneur voulut se manifester aux Apôtres, il Commença per les Femmes, comme étant non les plus faibles, mais les plus fortes en la foi et en l'espérance de sa Résurrection; car ce fut par là qu'elles méritèrent d'obtenir, mières, la faveur de le voir ressuscité !
Le moment heureux arriva bientôt où le Fils unique du Père éternel, qui était descendu du ciel pour se revêtir de ia chair humaine, devait y remonter par sa Propre vertu pour s'asseoir à la droite de Celui dont il était l'éternel, héritier, engendré de sa substance en égalité et en unité de nature et de gloire infiaie. Il monta si haut, parce qu’il était descendu auparavant dans les lieux inférieurs de la terre, suivant l'expression de l'Apôtre ; et ce fut après avoir accompli toutes les choses qui devaient être dites et écrites de son avènement au monde, de sa vie, de sa mort et de la rédemption du genre humain ; après avoir pénétré, comme Seigneur de tout ce qui est créé, jusqu'au centre de la terre, et avoir déclaré que, s'il ne montait pas au Ciel, le Saint-Esprit ne viendrait point, qu'il couronna tous ces mystères par celui de son Ascension glorieuse. Or, afin de célébrer ce jour si solennel et si mystérieux, Notre-Seigneur Jésus-Christ choisit pour témoins de scn Ascension les sixvingts personnes qu'il avait réunies dans le Cénacle, Cette très heureuse assemblée se composait de la très pure Marie, des
onze Apôtres, des soixante-douze disciples, de Marie-Madeleine, de Marthe et de leur frère Lazare, des autres Marie, et
les pre-
de quelques autres hommes et femmes fidèles. Mais le nouveau mystère que la droite du Très-Haut opéra en ce moment, fut d'emmener sa très sainte Mère pour lui donner dans le Ciel la possession de la gloire et de la place qu'il lui avait destinée comme à sa Mère véritable et qu'elle s'était acquise par ses mérite. La bienheureuse Vierge était déjà préparée à cette faveur avant de la recevoir; car son très saint Fils la lui avait promise pendant les quarante jours qu'il demeura avec elle après sa Résurrection. Mais afin que ce mystère ne fût alors découvert à aucun mortel, que les Apôtres et les autres fidèles ne fussent point privés de la présence de leur auguste Maitresse, et qu'elle persévérât à prier avec eux jusqu’à la venue du Saint-Esprit (comme il est marqué dans les actes des Apôtres), la puissance divine fit qu'elle se trouvât, d'une manière miraculeuse, en deux endroits: car elle resta au milieu des enfants de l'Eglise, elle se rendit avec eux au Cénacle, et en méme temps elle monta au ciel avec le Rédempteur du monde, et et sur son propre trône, où elle s’assit trois jours avec le plus parfait usage de ses puissances et de ses sens, tandis qu'on la voyait aussi dans le Cénacle tout absorbée dans la contemplation.
La bienheureuse Vierge fut élevée avec son très saint Fils et placée à sa droite, et alors s’accomplit ce que dit le prophète David, que la Reine était à sa droite, revêtue des splendeurs de la gloire, comme d'un manteau d'or pur, et parée de tous les dons et de toutes les grâces à la vue des anges et des saints qui escortaient Notre-Seigneur. Ensuite tous les bienheureux eurent connaissance du décret de la très sainte Trinité par lequel i: était déclaré que la place de la bienheureuse Mère serait la droite de son Fils pendant toute l'éternité, pour lui avoir donné l'être humain de son propre sang, et pour l'avoir nourri, servi et imité avec toute la plénitude et toute la perfection possibles à une simple créature ; et qu'aucune autre créature humaine ne prendrait possession de ce lieu et de cet état inamissible, avec les attributions déjà exclusivement propres à notre auguste Reine avant qu'elle y fût élevée ; il était aussi déclaré que cette place lui était destinée avec justice, afin qu'elle
200 VIE DE LA TRÈS SAINTE VIERGE en prit la possession éternelle aprè niment supérieure à tous les autre.
et par sa dignité,
En vertu de ce Décret, la très pure Marie trône de Ia très sainte Trinité, à la droite sachant dès lors comme les autres Saints, la possession de cette place lui é pour toutes les éternités,
$ sa mort, comme étant infi- < Saints, et par ses mérites
fut inise sur le le son adorable Fils,
que non seulement tait destinée après sn mort, inais « re que le sait libre d'y demeurer et de ne plus retourner sur la terre, car la volonté conditionnelle des Personnes divines é dépendait du Seigneur, qu'elle
Seigneur la Inis-
tait, en ce qui
ne quittât plus son siège de gloire, Mais afin qu'elle se déterminât, le Très-Haut lui découvrit de nouveau l'é sainte Eglise militante se ainsi que l'isolement e fidèles, au milieu desquels elle Pouvait à son gré descendre ou ne pas descendre pour les Protéger, Par là, il d à la Mr de Mis festrr
tat dans lequel In trouvait sur ln terre, tles besoins des
onnait occasion ‘icorde d'augmenter ses mérites, et de “ani.
endresse maternelle qu'elle avait pour le genre humain, en faisant un acte de charité sublime, semblable à celui de son très saint Fils, lorsqu'il accepta l’état passible, et suspendit, Pour nous racheter, la gloire qu'il pouvait et devait recevoir en son Corps, Sa bienheureuse Mère l'imita anssi en ce point, afin de se rendre en tout semblable au Verbe incarné ; et, Connuissant clairement tout ce qui lui était Proposé, elle se Prosterna devant les trois Personnes, en disant : « Dieu éternel et tout-puissant, mon Seigneur, si J'accepte maintenant la récompense que vous m'offrez, par un effet de votre bonté infnie, ce sera Pour mon repos. Mais si je m'en retourne sur la terre, et que je travaille encore parmi les enfants d'Adam pendant lu vie passagère, pour assister les fidèles de votre sainte la gloire et au bon plaisir de votre Divine Majesté, et au protit de mes enfants exilés e Or, je choisis le travail, et je me prive quant à présent de ce repos et de la joie dont me comble votre divine présence, J'ap. précie ce que je possède et ce que je reçois: mais j'en fais le sacrifice à l'amour que vous avez pour les hommes, Agréez, Seigneur de tout mou être, agréez mon sacrifice et faites que
Eglise, cela tournera à
t Voyageurs,
votre vertu divine me dirige dans l'entreprise que vous m'avez contiée, Propagez votre foi, atin que votre saint } rifié, et agrandissez votre Eglise, acqui:
in soit gloæ par le sang de votre Fils unique et le mien : car je m'offre de nouveau à travailler pour votre gloire, et À gagner autant d'Âmes que je pourrai, Tel fut le choix inouï que fit la Reine des vertus, et il fut si agréable au Très-Haut, qu'il renouveln en elle tous les dons qu'il lui avait Cominuniqués auparavant : il les confirmu ct les scella de nouveau au degré convenable, pour l'envoyer en qualité de Mère et de Maîtresse de In sainte Eglise ; il lui ratifia aussi les titres de Reine de tout ce qui est créé, d'Avocate et de Maîtresse Ces Fidèles, qu'il lui avait déjà donnés : et de même que le sceau s'imprime sur la cire molle, de même l'être humain et l'image de Jésus-Christ furent de nouveau imprimés en la très pure Marie par la vertu de la toute-puissance, afin qu'elle reparût avec ce caractère dans l'Eglise militante, où elle devait être le Jardin véritablement fermé et scellé pour garder les eaux de la vie, O mystères aussi vénérables que sublimes ! O secrets de la Majesté suprême, dignes de nos plus profonds respects ! O charité de l'auguste Marie, que les ignorunts enfants d'Eve n'ont jamais pu imaginer! Ce ne fut pas sans mystère que Dieu laissa les secours destinés aux Fidèles, ses Enfants, à la disposition de cette Mère de miséricorde ; ce fut une divine adresse pour nous découvrir en cette merveille cet amour maternel que nous n’aurions peut-être jamais bien connu autrement, malgré tant d'autres œuvres qu'elle avait faites en notre faveur. Oui, ce fut un effet de la divine Providence, afin que notre grande Reine ne fût point privée de cette excellence, que nous comprissions l'obligation qu'un pareil témoignage d'amour nous imposait, et que nous fussions excités à la reconnaissance par un exemple si admirable. Ce que les martyrs et les autres saints ont fait en renonçant à quelque satisfaction passagère Pour arriver au repos éternel, nous pourra-t-il paraître grand à la vue de cette chaziinble bonté de notre très douce Mère, et sachant qu'elle s'est privée de la joie véritable pour venir secourir ses faibles enfants ? Quelle confusion doit être la nôtre, lorsque, ni pour reconnaître ce bienfait, ni
RE ne
Se
pour imiter cet exemple, ni pour plaire à cette auguste Reine ni pour nous assurer sa Compagnie éternelle et celle de son adorable Fils, nous ne voulons pas même nous priver du moindre plaisir terrestre et trompeur qui nous attire leur inimitié et nous procure la mort ? Bénie soit une telle Femme ; que Îles
Cieux la louent et que toutes les générations l'appellent Bien heureuse !