LA PENTECÔTE
Les douze apôtres, avec les autres disciples et fidèles demeuraient tont joyeux en la compagnie de la grande Reine du ciel, attendant dans le Cénacle la promesse du Sauveur, confirmée
par su très sainte Mère, qu'il leur enverrait d'en haut l'Esprit consolateur, qui leur enseignerait toutes choses et leur rappellerait tout ce qu'il leur avait dit. Ils étaient tous si intimement unis par la charité, que, durant tous ces jours-là, aucun n'eut une pensée, un sentiment, une impression contraires à ceux des autres. Ils n'avaient en toutes choses qu'un cœur et qu'une âme. La Reine des anges, la bienheureuse Marie, connut par la plénitude de la sagesse et de lu grâce le temps et l'heure déterminés par la divine volonté pour envoyer le Saint- Esprit sur le collège des Apôtres. :
Les jours de la Pentecôte étant donc accomplis, la très prudente Reine avertit les Apôtres, les autres disciples et les saintes femmes, au nombre de cent vingt personnes, de prier et d'espérer avec une plus grande ferveur, parce que bientôt ils seraient visités du Saint-Esprit. Ainsi réunis, ils priaient avec notre auguste Maitresse, lorsque, à l'heure de Tierce, on entendit venir du ciel un grand bruit, pareil à un tonnerre éclatant et à un vent impétueux, accompagné de brillants
éclairs; le céleste météo éclata sur la maison du Cénacle, qu'il remplit de lumière et le feu divin se répandit sur toute
intuition, et jouit Pour quelque temps, comme en passant, de la vision béatifique de la Divinité, participant elle seule à ses dons et à ses pre lri: ux effets plus que tous les autres Saints. Sa gloire, en ce Tiuiue...-là, surpassa celle des anges et des bienheureux. Elle seule rendit plus d'actions de grâces et de louanges au Très-Haut que tous ces saints ensemble, pour reconnaître le bienfait qu'il accordait à la sainte Eglise en lui envoyant son divin Esprit, et en s'engageant à le lui envoyer plusieurs fois et à la Souverner par son assistance jusqu'à la fin des siècles.
La très sainte Trinité se complut tellement à ce que la seule Marie fit dans cette circonstance, qu’elle se reconnut Comme satisfoite et comme payée de retour, à raison de cette faveur qu'elle venait de faire au monde. Bien plus, elle tit comme si elle avait été obligée de l'accorder, à cause de cette créature unique qui habitait la terre, et que le Père regardait comme sa Fille, le Fils comme sa Mère, et le Saint-Esprit comme son Epouse, qu'il devait, selon notre manière de concevoir, visiter et enrichir, après l'avoir choisie pour une si haute dignité. Tous les dons et toutes les grâces du Saint-Esprit furent renouvelés en cette digne et heureuse Epouse par de nouveaux effets et par de nouvelles opérations qui surpassent tout ce que nous pouvons imaginer.
Miracle par lequel les espèces sacramentelles se conserva ient dans le cœur très pur de Murie,d'un communion à l'autre. (1)
Parmi toutes les faveurs que notre auguste Souveraine reçut sans mesure de la puissante droite du Très-Haut, sa divine condescendance lui accorda encore le rare et admirable privilège de conserver toujours dans son cœur très pur, comme dans un céleste ciboire, les espèces sacramentelles, d'une communion à l'autre. Saus doute, il fallait multiplier les miracles pour les conserver : mais pourquoi les épargner à l'égard de cette créature unique, qui était elle-même un prodige de miracles et l'abrégé de toutes les merveilles? Cette faveur commença dès la première communion qu'elle reçut pendant la Cène, et pour la lui continuer, ces premières espèces se conservèrent jusqu'à la seconde communion, qu'elle reçut de la main de saint Picrre, le jour de l'octave de la Pentecôte. Il advint alors qu’au moment où elle reçut de nouveau les espèces sacrées, les premières qu'elle possédait dans son cœur se consumèrent, et les nouvelles espèces qu'elle venait de recevoir prirent leur place. C'est dans cet ordre miraculeux que, dès ce jour-là jusqu’à la dernière heure de sa très sainte vie, les espèces sacramentelles se remplacèrent les unes les autres dans son cœur, ÿ conservant toujours son adorable Fils dans le très auguste Sacrement.
La bienheureuse Marie fut si divinisée, ses opérations et ses. puissances furent si élevées au-dessus de tout ce que peut concevoir la pensée humaine par ce bienfait et par celui de la vision continuelle et abstractive de la Divinité, qu'il est impossible de le comprendre en cette vie mortelle et de s'en former une idée exacte, analogue aux idées que nous nous faisons des autres choses, et je ne trouve pas même de termes pour exprimer le peu qui m'en a été annoncé.
Dans cet état ineffable, la très sainte Vierge Marie voyait au-dedans d'elle-même le corps de son très saint Fils, tantôt glorieux, tantôt revêtu de la beauté naturelle de son humanité
(1) La sainte Religieuse expose ici, avec une grande force de raisonnement et toujours dans un style très élevé, la raisun d’être de cette incomparable merveille. Voir la « Cité mystique ».
sainte; d'autres fois, et Presque continuellement, elle connais-
sait tous les miracles que renferme le très auguste Sacrement de l'Eucharistie. Elle Jouissait de toutes ces merveilles et de beaucoup d'autres que nous ne saurions comprendre dans cette vie corruptible ; parfois, elle les contemplait en elles-mêmes, parfois en la vision abstractive de la Divinité et de même qu'elle voyait la Divinité, de même elle discernait toutes les choses qu’elle devait faire, soit dans sa cnduite personnelle, soit dans ses rapports avec l'Eglise, Mais ce qu'elle prisait le plus, c'était de savoir combien son très saint Fils se complaisait à demeurer sous les espèces sacramentelles dans son cœur très pur; et il y trouvait sans doute plus de délices (selon ce qui m'a été découvert) qu'à être en la compagnie des bienheureux, O chef-d'œuvre singulier, unique et prodigieux de la puissance infinie! Vierge sainte, vous seule avez été un ciel plus agréable à votre Créateur que le ciel inanimé qu'il a fait pour sa demeure. Celui que les espaces incommensurables ne peuvent contenir s’est renfermé en vous seule, et a trouvé un trône convenable non seulement dans votre sein virginal, mais aussi dans le domaine immense de votre Ccapacité et de votre amour. Vous seule avez toujours été un ciel, et Dieu a toujours été avec vous depuis qu’il vous a donné l'être, et reposera en vou pendant tous les siècles de son interminable éternité, avec une satisfaction absolue. Que toutes les nations vous connaissent, que toutes les générations vous bénissent; que toutes les créatures vous glorifient et vous louent, et reconnaissent leur Dieu et leur Rédempteur véritable, qui par vous seule nous a visités et relevés de notre malheureuse chute.
Qui d'entre les mortels et même d'entre les anges pourra dépeindre l'incendie d'amour qui consumait le cœur de cette grande Reine, pleine de sagesse ! Qui pourra comprendre avec quelle impétuosité le fleuve de la Divinité inonda et réjouit cette Cité de Dieu! Quelles affections, quels mouvements, quels actes lui faisaient produire toutes ces vertus et tous les dons qu'elle avait reçus Sans aucune mesure, agissant toujours avec toute la force incomparable de ces grâces ! Quelles prières
elle faisait pour la sainte Eglise! Quelle fut sa charité envers nous ! Quels biens elle nous procura et quelles faveurs elle nous ménage ! Il n'y a que l'Auteur de cette merveille ineffable qui puisse le connaître. Pour nous, élevons notre espérance, excitons notre foi, augmentons notre amour envers cette tendre Mère, demandons-lui avec instance son intercession et sa protection ; car le Sauveur ne lui refusera rien, puisqu'étant son Fils et notre Frère, il lui a donné d'aussi grands témoignages d'amour que ceux que j'ai rapportés et que je rapporterai dans la suite.