‹ Vie de la Très Sainte Vierge Marie [microforme]Chapitre 51 sur 65 · DANS LA DIRECTION DES NOUVEAUX FIDÈLES · texte numérisé non relu

DANS LA DIRECTION DES NOUVEAUX FIDÈLES

Le Seigneur, ayant investi l'auguste Mère et de Maîtresse de la sainte Eg même temps une science et une lun oflice si sublime, afin membres de ce corps

Marie du ministère de lise, devait lui donner en aière proportionnées à un Iue par ce moyen, elle connût tous les mystique, dont le gouvernemen pirituel lui appartenait, et qu'elle fournit à chacun la doctr et l’enseignement propres à son rang, à sa condition et à :. ; besoins,

Notre Reine reçut cette lumière avec toute la rénitude et

toute l'abondance de sagesse et de science divine que l'on peut voir dans tout le cours

de cette histoire. Elle connaissait tous | | les tidèles qui entraient dans l'Eglise et pénétrait leurs inclinaà tions naturelles, le deg

ré de grâce et les vertus qu'ils avaient, | le mérite de leurs œuvres, les fius et les

taines cire stances, pour quel découvrait ensuite au moment | n’était point stérile, mois elle égale participation de la cha laquelle elle aimait tous les f pénétrant d'ailleurs le myst

se trouvait accompagnée d’une rité de son très saint Fils, par lèles comme elle les connaissait, ère de la volonté divine, elle

dispensaitlessentiments delacharité intérieure avec poids et mesure,et suivant toutesles règles de cette sagesse, de sorte qu'elle n'aimait et n'estimait personne, ni au-dessus ni au-dessous deses mérites ; défaut dans lequel nous tombons très souvent à cause de notre ignorance, même en ce qui nons semble le plus juste.

Mais la Mère de l'amour bien ordonné et de la science la plus parfaite ne renversait point l'ordre de la justice distributive en l'application de son estime et de son affection maternelle; car elle les dispensait à la lumière de l'Agneau, qui l'éclairait et qui la guidait, atin qu'elle donnât de son amour intérieur à chacun ce qui lui était dû, plus où moins, selon les divers degrés, quoiqu'elle fût à l'égard de tous ln Mère la plus indulgente, la plus tendre, sans tiédeur, sans parcimonie et sans oubli. Toutefois, dans les démonstrations extérieures de sa bienveillance et dans ses actes, elle se conduisait, quand elle était obligée de se trouver avec les fidèles assemblés, par d'au. tres règles d’une très hante prudence, évitant toujours ces privautés, ces singularités qui éveillent l'émulation, la jalousie, l'envie dans les communautés, dans les familles, et dans toutes les sociétés où les actions publiques sont remarquées et contrôlées par le grand nombre. C'est une passion commune et naturelle à tous de désirer d'être estimé et aimé, surtout des personnages distingués et puissants; à peine trouverait-on un homme qui ne se flatte d'avoir autant de mérites que tout autre, pour être autant estimé et favorisé que lui, et même davantage. Ce mal s'étend jusqu'aux personnes les plus élevées en dignité et même en vertu, comme on l'a vu dans le collège des Apôtres, qui, sans avoir aucun motif de soupçonner notre adorable Sauveur de la moindre partialité, débattirent entre eux des questions de préséance et de supériorité, qu'ils osèrent soumettre à leur divin Maître,

Pour prévenir et empêcher ces sortes de disputes, notre grende Reine mettait le plus grand soin à se montrer toujours égale, toujours la même dans la distribution de ses faveurs et dans les témoignages d'affection qu'elle donnait à tous les fidèles à la vue de l'Eglise. Cette conduite était non seulement digne d’une telle Maîtresse, mais encore très nécessaire dans

les commencements, tant Pour servir de système de gouvernement dans l'Eglise aux Prélats dépositaires de l'autorité, qu'à raison de ce que, dans ces temps fortunés et Prospères, tous los Apôtres, tous les disciples et d'autres fidèles se signalaient par des miracles et par d'autres dons divins, comme beaucoup de Docteurs se distinguent, dans er" derniers siècles par leur science et leur érudition, Il fallaic ieur enseigner à tous que, ni pour ces grands dons, ni pour d'autres grâces moins éclatantes, personne ne ‘cvait se laisser enfler d'une vaine présomption, ni se croire Jigne d'être plus honoré et plus favorisé de Dieu et de sa très sainte Mère, dans les choses extérieures ; et à celui qui ne l'est Pas, tous les'honneurs et tous les applaudissements ne serviront de rien.

Malgré cette réserve, notre très prudente Souveraine ne mMmauquait pas de témoigner la vénération et de rendre l'honneur qui étaient dus à chacun des Apôtres et des fidèles, selon leur dignité ou leur ministère ; de sorte que, quant aux marques de vénération, elle montrait à tous par son exemple ce qu'ils devaient faire dans les choses d'obligation, comme par sa réserve elle leur enseignait la modération dans les choses volontaires et facultatives. Notre auguste Reine fut si admirable et si prudente en tout cela, qu'elle ne donna jamais le moindre sujet de plainte à aucun des fidèles qui l'abordait ; jamais, aucun ne put lui refuser, même avec la moindre apparence de raison, son estime et son respect, loin de là, tous: l'aimaient, la bénissaient, et pleins de joie, se reconnaissaient redevables à [ses faveurs et à sa bonté maternelle, Aucun

lieu aux fidèles de faire des comparaisons de ce genre, si grandes étaient la discrétion et la sagesse de notre Reine ! Si précis était le point auquel elle suspendait au levier de la prudence, les balances de la charité extérieure ! C’est pour cela qu'elle ne voulut point distribuer par elle-même les offices et les dignités entre les fidèles, ni en solliciter Pour auenn. A cet. égard elle s’en rapportait entièrement À l'avis et à la décision

des Apôtres, auxquels par ses prières secrètes elle obtenait les lumières du Ciel.

Sa profonde hunilité la portait aussi à agir avec nt sagesse, que par sa conduite elle enseignait à tous cette vertu, puisqu'ils savaient qu'elle était Mère de ln Sagesse elle-même, qu'elle n'ignorait rien, et qu'elle ne pouvait se tromper en ce qu'elle faisait. Néanmoins elle voulut laisser ce rare exemple dans la sainte Eglise, atin que personne ne présumât de sa science, de sù prudence ou de sa vertu, surtout dans les matiores importantes, et que tous comprissent que le succès d'une affaire est attaché à l'humilité et au bon conseil, et qu'il y a présomption à s'en rapporter à sa propre opinion, quand on est obligé de consulter celle des autres, Elle savait aussi que d'intercéder pour les autres dans les choses temporelles, cela inspire à celui qui intercède certains sentiments de supériorité présomptueuse et de vanité, que développent encore les remerciements flatteurs de ceux qui ont été favorisés par suite de cette intercession. Toutes ces misères, toutes ces taches inhérentes à une vertu commune étaient infiniment au-dessous de la sainteté éminente de notre auguste Maîtresse: c'est pour cela qu'elle nous à enseigné par son exemple à nous conduire dans toutes nos actions de manière à ne point en diminuer le mérite et à ne mettre aucun obstacle à notre plus grande perfection. Toutefois cette extrême circonspection avec laquelle elle agissait, ne l'empêchait pas de donner aux Apôtres ses conseils et ses avis en ce qui concernait l'exercice de leur ministère, et ils la consultaient souvent ; elle traçait de même des règles de conduite aux autres fidèles de l'Eglise, car elle opérait toutes choses avec la plénitude de la sagesse et de la charité,

Ce sera un sujet d'admiration pour les hommes, comme ce l'a été pour les anges d'apprendre qu'une simple créature revétue de la chair mortelle opéra tant et de si incessantes merveilles, que la réalisation en paraîtrait impossible à plusieurs âmes réunies, fussent-elles aussi ardentes que les plus hauts séraphins ; mais notre auguste Reine avait une certaine participation de la toute-puissance divine, qui lui rendait facile ce

qui est impossible aux autres créatures. En ces dernières années de sa très sainte vie, cette activité s'accrut de telle sorte chez elle, que nous ne saurions concevoir la grandeur de ses œuvres; elle n'y mettait aucune interruption, et ne reposait ni jour ni nuit, parce que le poids de la mortalité ne l'embarrassait point ; au contraire, elle agissait comme les anges d’une manière infatigable, et plus même que plusieurs anges ensemble; elle n'était plus qu'une flamme, un incendie d'une activité immense, Malgré cette énergie divine, les jours lui paraissaient courts, les occasions rares, et ses exercices bornés, parce que son amour s'étendait toujours infiniment au-delà de ce qu’elle faisait, quoique le champ de son action fut incommensurable. J'ai dit fort peu de chose ou rien du tout de ces merveilles, par rapport à ce qu'elles étaient en elles-mêmes, c'est ce que je reconnais et confesse, cur je vois une distance presque infinie entre ce qui m'a été manifesté, et ce que je ne saurais comprendre en cette vie. Et si je ne puis donner une entière connaissance de ce qui m'a été découvert, comment dirai-je ce que J'ignore, et sur quoi je ne connais que ma propre ignoranee? (1).

(1) «Le Lecteur comprendra'de son côté, comment dans un simple Abrégé, nous u’avous pu ici dans ce Chapitre, entrer dans les détails de la direction que la très sainte Vierge donna aux nouveaux tidèles : il aurait fallu reproduire presque tonte ia Troisième Partie de la « Cité mystique », qui à elle seule formerait plus qu'un gros Volume, Là, la vén. Marie d’Agréda entre dans des détails circonstanciés. Elle nous montre, par exemple, commençant par le diacre saint Etienne, ce que l'auguste Marie fit à l'égard de ce Saint, durant sa vie et au moment de sa mort par le martyre. — La perséoution que souffrit l'Eglise, après la mort de saint Etienne, ce que fit la Reine du Ciel dans cette occasion, et comment par ses soins les Apôtres rédigèrent le Symbole de la Foi catholique, — La conversion de saint Paul : comment la bienheureuse Marie Y concourut. — Saint Jacques va prêcher en Espagne : la sainte Vierge l'y visite une fois, merveilleuse origine du Sanctuaire de Notre-Dame de! Pilar, à Saragosse. — La bienheureuse Vierge part de Jérusalem, avec saint Jean pour aller à Ephèse. — Le glorieux martyre de saint Jacques : comment la sainte Vierge y assiste et mène ron âme au ciel. —La bienheureuse Maris, rappelée par l’apôtre saint Pierre, s'en retourne d'Ephèse à Jérusalem, — Les Apôtres tiennent un Concile : circonstances secrètes de cesévénements. — Le commencement qu'eurent les Evangélistes et leurs Evangiles : la part qu'y prit la bienheureuse Vierge Marie. — Comment la Reine du Ciel apparut à saint Pierre, à Antioche età Rome : autres semblables faveurs qu’elle fit à quelques autres Apôtres...»

Tachons de ne nous rendre pas indignes de la lumière qui nous attend pour le voir en Dieu, car cela seul pourrait nous servir de récompense; et quand même nous souffririons jusqu’à la fin du monde tous les supplices des martyrs, nous serions très bien récompensés par la joie que nous aurons de connaitre la dignité et l'excellence de la bienheureuse Marie, en la voyant à la droite de son adorable Fils, élevée au-dessus de tous les esprits angéliques et de tous les saints qui sont dans le Ciel!

Page 1