LES DERNIÈRES ANNÉES DE LA T. S. VIERGE SUR LA TERRE
Pour achever ce qu'il me reste à dire sur les dernières années de notre unique et divin Phénix, l'auguste Marie, il faut que le cœur et les yeux me fournissent l'encre avec laquelle je désire écrire des merveilles si douces, si tendres et si touchantes. Je voudrais inspirer aux dévots fidèles de ne point les lire ni les considérer comme passées, puisque la puissante vertu de la foi rend présentes les vérités; et si nous les regardons de près avec la piété convenable et avec une véritable dévotion chrétienne, nous en tirerons sans doute le très-doux fruit, nous en sentirons les effets, et notre cœur jouira du bonheur quia été refusé à nos yeux.
La bienheureuse Vierge Marie arriva à l'âge de soixante-sept ans sans avoir interrompu sa carrière, ni arrêté son vol, ni diminué l’ardeur de son amour et la grandeur de ses mérites depuis son Immaculée Conception ; mais plutôt elle augmenta tout cela dans tous les moments de sa vie. Les dons et les faveurs ineffables du Seigneur l'avaient toute spiritualisée ; les affections, les désirs et les aspirations de son cœur très pur ne le laissaient point reposer hors du centre de son amour; les chaînes de la chair lui faisaient violence ; l'incliuation qu'avait la Divinité de l'anir à elle Par un lien étroit et éternel était
(selon notre manière de parler) à son plus haut degré; et la terre que les péchés des mortels rendaient indigne de posséder le trésor des cieux, ne pouvait le conserver plus longtemps, sans le rendre à son véritable Maître. Le Père éternel réclamait son unique et véritable Fille; le Fils sa Mère bien-aimée ; et le Saint-Esprit désirait les embrassements de sa sainte Epouse. Les Anges souhaitaient la présence de leur Reine; les Saints ceile de leur grande Maîtresse : et tous les Cieux demandaient à leur manière leur Habitante et leur Impératrice, afin qu'elle les remplit de gloire, de beauté et de joie. Ils allégunient seulement en faveur du monde et de l'Eglise le besoin qu’elle avait d'une telle Mère et Maîtresse, et la charité avec lagnelle Dieu aimait les infortunés enfants d'Adam.
Mais comme le terme de la carrière mortelle de notre grande Reine était inévitable, le Décret de la gloritication de la bienheureuse Mère fut (pour employer notre langage) rendu dans le divin Consistoire, où fut considéré l'amour qui n’était dù qu'à elle seule, puisqu'elle avait amplement satisfait à la miséricorde envers les hommes pendant tant d'années que l'Eglise l'avait eue pour sa Fondatrice et pour sa Maîtresse. Le Très-Haut résolut de l’encourager et de la consoler en lui donnant un avis certain du temps qu’il lui restait à vivre, afin qu'assurée du jour et de l’heure si désirés, elle attendit avec joie la fin de son bannissement. En conséquence, la très sainte Trinité députa le saint archange Gabriel avec plusieurs courtisans des hiérarchies célestes, qu’elle chargea d'annoncer à leur Reine quand et comment arriverait le terme de sa vie mortelle, et elle passerait à la vie éternelle.
Le saint Archange descendit avec les autres Esprits célestes, à l'oratoire de notre auguste Reine dans le Cénacle de Jérusalem, où ils la trouvèrent prosternée, les bras étendus en croix, demandant miséricorde pour les pécheurs. Mais en entendant la musique céleste et en s'apercevant de la présence des saints Anges, elle se mit à genoux pour écouter le divin ambassadeur et ses compagnons, qui, revêtus de robes d’une blancheur éclatante, l'entourèrent avec un empressement et un respect inexprimables. Ils avaient tous à la main des couronnes et des
palmes ditférentes, qui représentaient par leur beauté et leur inestimable richesse les diverses récompenses et prérogatives de leur grande Reine, Le saint Archange. lui adressa d'abord la salutation de l'Ave Maria, et poursuivant, il lui dit: « Notre auguste Impératrice, le Tout-Puissant et le Saint des saints nous envoie de sa cour avec ordre de vous annoncer de sa part la fin très heureuse de votre pèlerinage et de votre exil en la vie mortelle. Bientôt viendra le jour, divine Reine, bientôt viendra l'heure si désirée, où par le moyen de là mort naturelle, vous obtiendrez la possession éternelle de la vie immortelle, qui vous attend à la droite et dans la gloire de votre très saint Fils, notre Dieu. Il ne vous reste plus dès aujourd'hui à vivre sur la terre que trois ans, après lesquels vous serez élevée et reçue en la joie éternelle du Seigneur, où tous les Bienheureux vous attendent et souhaitent votre présence. » La très pure Marie entendit ce message avec une consolation ineffable, et se prosternant de nouveau, elle répondit comme lors de l'incarnation du Verbe: « Zece ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum: Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole.» Ensuite elle pria les saints Anges de l'aider à rendre des actions de grâces pour une nouvelle qui lui était si agréable. Jn divine Mère entonna le cantique et les Séraphins et les Anges lui répondirent alternativement l'espace de deux heures, Et quoique ces esprits angéliques soient par leur nature et par leurs dons surnaturels si actifs, si éclairés et si éloquents, la bienheureuse Vierge les surpassait tous en tout, comme une reine ses sujets; car la sagesse et la grâce abondaient en elle comme chez la maîtresse, et en eux comme chez les disciples. Ayant achevé ce cantique, et s’humiliant de nouveau, elle chargea les esprits célestes de prier le Seigneur de la Préparer pour passer de la vie mortelle à la vie éternelle, et de demander de sa part la même chose aux autres Anges et aux Saints qui étaient dans le Ciel. Ils lui promirent de lui obéir en tout. Après cela, saint Gabriel s'en retourna à l'empyrée avec tout son cortège. Ce fut par une providence très miraculeuse du Seigneur que plusieurs fidèles de la primitive Eglise furent avertis si
longtemps d'avance de la mort de leur Reine; car il n'envoie point d'épreuves ou de fléaux au peuple qu'il ne les découvre auparavant à ses serviteurs, selon qu'il l’assure par le prophète Amos. Et quoique cette affliction fut inévitable pour les fidèles de ce siècle, la divine clémence fit que la primitive Eglise réparât autant qu’il était possibls cette perte de sa Mère et de sa Maîtresse, en la portant par ses larmes et par sa douleur pendant l’espace de temps qui lui restait à vivre, À favoriser les fidèles et à les enrichir des trésors de la divine grâce, qu'elle pouvait, comme en étant la Maîtresse, leur distribuer pour les consoler au moment de son départ, ainsi qu’elle le fit en efiet; car les entrailles maternelles de la bienheureuse Marie s'émurent d'une compassion extrême à la vue de leurs larmes, et elle obtint dans les derniers jours de sa vie de nouveaux bienfaits et de nouvelles miséricordes de son très saint Fils, pour eux et pour tout le reste de l'Eglise. Ce fut pour ne point priver les fidèles de ces faveurs que le Seigneur ne voulut pas leur ôter à l’improviste la divine Mère, en laquelle ils trouvaient leur protectrice, leur consolation, leur joie, le secours dans leurs besoins, le soulagement dans leurs travaux, le conseil dans leurs doutes, la santé dans leurs maladies et toutes sortes de biens,
Il est certain que ceux qui ont cherché la grâce en Celle qui en était la Mère n'ont jamais été frustrés dans leur attente. Elle a toujours secouru tous ceux qui n’ont point résisté à sa clémence maernelle. Mais on ne saurait s'imaginer les merveilles qu'elle opéra en faveur des mortels dans les dernières année de sa vie, à cause du grand nombre de personnes qui la visitaient. Elle donna la santé du corps et de l'âme à tous les malades qui se présentèrent à elle, en convertit beaucoup à la vérité de l'Evangile, et rétablit dans l’état de grâce une infinité d’âmes qu'elle tira du péché. Elle secourut plusieurs pauvres dans des nécessités pressantes, donnant aux uns ce qu'elle avait et ce qu'on lui offrait, assistant les autres d’une manière miraculeuse. Elle affermiseait tous ceux qu’elle voyait dans la crainte de Dieu, dans la foi et dans l’obéissance qu’ils devaient à la sainte Eglise, et en qualité de trésorière des richesses de
fidèles enfants de l'Eglise qu'elle allait quitter ; et en outre elle les consola et les
anima par la promesse des faveurs et des grâces qu'elle nous obtient aujourd'hui à la droite de son Fils.
"ils, elle ant de nts de à et les nous