LIVRE HT, CHAP. X
ne sont que les préparatifs des noces éternelles. La munificence et la tendresse de l'Époux achèvent de donner à la candide vierge la parure des épouses. Il se hâte d'accroître la beauté intérieure de son âme, en laissant déborder de son cœur dans celui de cette bien-aimée des torrents de grâces célestes. Il donne au feu divin de la charité, qui n'a cessé de brûler dans ce cœur virginal depuis le jour du baptême , de suprêmes accroissements et des ardeurs toutes séraphiques. Mais comme la croix au dehors doit imprimer le dernier sceau à la beauté intérieure des épouses du divin crucifié, Jésus imprime sa croix en sa chère Térèse de Jésus. Il la laisse sous le pressoir de la souffrance , parce qu'il l'aime et qu'il veut embellir sa couronne. Tandis qu'elle est en proie aux plus vives douleurs , non-seulement sa patience est inaltérable, mais blessée d'amour pour son Époux, elle jubile de partager sa croix. Par un secret de son amour, le divin Maître , afin de mettre sous la garde de l'humilité tant de trésors dont il se plaisait à enrichir sa fidèle servante , l'avait éprouvée de temps en temps par des sécheresses et par des craintes de ses jugements. Maintenant , aux approches de sa fin, la confiance la dilate , la joie inonde son âme , elle tressaille à la perspective du ciel ; elle souffre avec son Jésus, mais elle goûte déjà , avec lui, les prémices de la béatitude. Le divin Maître se plaît à lui montrer qu'il fait la volonté de ceux qui l'aiment. Elle avait désiré, quelque temps avant sa maladie, parler à M. Duval; et voilà que ce digne ministre arrive fort à propos pour lui donner le saint viatique. Elle s'entretient à loisir avec lui , et comme c'est le jour anniversaire de sa profession , elle désire renouveler ses vœux entre ses mains. Elle fait cet acte religieux avec une grande ferveur d'esprit, puis, prenant l'étole,
elle la baise avec beaucoup de dévotion et de respect. Le lendemain, elle reçoit l'extrême-onction pendant laquelle Dieu lui fait de grandes grâces. La veille de sa mort , elle a encore le bonheur de recevoir Notre- Seigneur en viatique; c'est pour elle un avant-goût des joies du ciel. Avant de lui en ouvrir l'entrée, le divin Maître, afin d'accroître ses mérites, la tient pendant les quinze dernières heures de sa vie sous le pressoir des plus vives douleurs. Mais , ce dernier fleuron ajouté à sa couronne , il veut que son passage du temps à l'éternité se fasse au milieu d'inénarrables douceurs. Il absorbe le sentiment de la souffrance par le sentiment de son amour. Cet adorable Maître avait promis à sainte Térèse d'assister lui-même ses véritables filles à leurs derniers moments ; et il tient I maintenant sa parole. Il est au chevet de sa fidèle j Charlotte du Pucheul , la soutenant de ses mains et l'animant de son regard. Sainte Térèse et la bien- I heureuse Marie de l'Incarnation sont à côté d'elle. La Mère de Dieu tient dans ses mains la couronne et le I manteau qui lui sont destinés. A un dernier regard du Sauveur, Tàrne de la trop heureuse vierge se détache de son corps, et elle s'élance dans les bras de son Dieu. Toutes les sœurs qui l'entourent voudraient la suivre, et elles se disent l'une à l'autre : Si un ange pouvait mourir, il ne le ferait pas avec de meilleure* dispositions!
Appelée au ciel le 8 mai 1629, après vingt-six années de vie religieuse , elle quitte l'exil à quarantesept ans, au même âge que son saint patron, saint Charles Borromée. Elle a le bonheur d'être ensevelie dans le même monastère que la bienheureuse Marie de l'Incarnation. Là leurs corps mortels attendent près l'un de l'autre le réveil de la résurrection.