‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 101 sur 239 · LIVRE III, CHAP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XI

* CHAPITRE XI

La vénérable Mère arrive de Pontoise à Paris et gouverne le premier couvent en qualité de prieure. — Secours que lui donne Isabelle des Anges; départ de celle-ci pour la fondation d'Amiens. — Ferveur des novices de Paris. — Bienheureuse mort d'Angélique de la Trinité, fille du maréchal de Brissac.

A mon arrivée à Paris , je reçus le meilleur accueil de toutes les novices. Il n'y avait alors dans le couvent d'autre professe que la mère Éléonore de Saint-Ber nard, à laquelle je fus très-redevable en cette occa sion comme en bien d'autres. Mais nos novices étaient en grand nombre : on les mit sous ma direction, et malgré ma charge de prieure, on me commanda d'en prendre soin. La mère Anne de Jésus et ses deux compagnes étaient parties pour une nouvelle fondation en Bourgogne. Un jour, tandis que je les recommandais à Dieu , il me fit connaître que la mère Isabelle des Anges était bonne pour la France. Je le dis à M. de Bérulle; et les effets ont montré la vérité de mes paroles ; car cette mère s'est parfaitement bien acquittée de son office et avec une grande religion. On la fit venir de Dijon à Paris. Elle resta trois mois avec nous. Durant le temps qu'il nous fut donné de passer ensemble , nous ressentions l'une et l'autre un redoublement de courage et une très-vive consolation. Cette mère m'était d'un grand secours pour le chœur; elle réussissait en tout, parce qu'elle avait saisi la manière de conduire et qu'elle se montrait pleine de douceur. C'est ce qu'exigent les âmes en France, parce qu'elles sont dociles et portées à la vertu. Ainsi on réussit mieux auprès d'elles par la douceur que par toute autre voie ; et pourvu qu'on le fasse en de bons

termes, on peut leur montrer tous leurs défauts; elles le prennent bien. Et certes, quant à moi, je trouve cette conduite meilleure et conforme au caractère de Notre-Seigneur Jésus-Christ; car si nous le considérons bien, nous verrons qu'il vivait comme un frère et comme un compagnon avec ses disciples. Ici, il se présenterait à moi bien des choses à dire; mais je m'en abstiens, crainte de le mal faire et de montrer peu d'humilité en abordant un pareil sujet; je n'ai ni la capacité ni l'humilité requises pour cela.

La mère Isabelle des Anges emmena d'ici pour la fondation d'Amiens trois religieuses professes, excellents sujets et deux nonces. Elles arrivèrent à Amiens la veille de la Pentecôte ; et, le jour suivant, le saint-Sacrement fut placé dans l'oratoire de leur monastère, au grand contentement de toute la ville, qui fit éclater sa dévotion en cette circonstance. L'évéque, à ce qu'on nous écrivit, fit porter en procession la tète de saint Jean-Baptiste, et célébra pontificalement la messe. J'étais très-consolée d'apprendre ces nouvelles à Paris, et de savoir que tout allait bien. J'ajoute que l'on avait demandé que j'allasse à cette fondation, mais ce n'était pas possible alors.

Je reviens à nos novices, qui m'avaient demandée aux supérieurs pour leur maîtresse. Elles étaient on ne peut plus contentes, et moi avec elles. J'avais certes grand sujet de l'être en voyant de telles âmes et les grâces que Dieu leur faisait ; il s'en montrait prodigue à leur égard, mais c'étaient des âmes très-capables de vertu. Quoiqu'elles fussent si recueillies et si fidèles à toutes les observances, avant de les admettre à la profession, j'établis comme règle qu'elles passeraient les quinze jours qui précèdent en des excercices spirituels, et tellement retirées qu'elles ne parleraient à personne ni ne verraient personne. J'agissais de la

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