FILLE DU MARÉCHAL DE BRISSAC
Nous compléterons cet admirable récit d'Anne de Saint-Barthélémy par quelques détails biographiques. Angélique de la Trinité était fille du maréchal de Brissac; à peine eut-elle atteint l'âge de raison qu'elle se sentit portée à l'état religieux. Le maréchal, s'apercevant du penchant de sa fille pour la retraite, n'oublia rien pour l'en détourner et la faire consentir à un honorable établissement dans le monde. Ce fut en vain. Instruite des préparatifs faits à Paris pour l'établissement des Carmélites, et se sentant le plus vif attrait pour y être admise, elle employa tous les moyens pour fléchir son père et le faire condescendre à ses désirs. Ne gagnant rien par la persuasion, elle crut mieux réussir en se défigurant ; et, pour cet effet, elle se mouillait le visage, puis s'exposait aux ardeurs du soleil. Ceci n'ayant pas eu le succès qu'elle en espérait, elle dit un jour au maréchal avec autant de courage que de fermeté : Je me rendrai si pénible au monde et si désagréable, que vous-même, monsieur, serez obligé de m'en chasser ; je n entretiendrai point ceux qui viendront me visiter, je ne saluerai personne, et je ferai tant, puisqu'on ne veut point que je quitte le monde, que le monde me quittera. La magnanime vierge tint parole.
Sa constance fit connaître au maréchal qu'il y avait quelque chose de divin dans cette vocation. Il remit