DANS LE SIÈCLE MADAME JOURDAIN
Une des trois clames françaises qui allèrent chercher les Carmélites d'Espagne.
Madame Jourdain a fait elle-même sa vie. Quelque temps avant qu'elle mourût, M. Gallemant lui ordonna de raconter tout ce qui lui était arrivé d'édifiant, afin que la mémoire s'en conservât dans l'Ordre. Elle fit le récit qu'on lui demandait, et la mère Marie- Térèse de Jésus l'écrivit sous sa dictée (cette mère s'appelait dans le monde mademoiselle Bereur; elle est morte en odeur de sainteté au couvent de Salins, et sa vie est imprimée). Les Carmélites de la rue Chapon ont une copie de cette Vie de Madame Jourdain, qui n'est pas sans mérite, quoique le style en soit suranné. On en trouve un abrégé dans YHist. man. de la fond, des Carmél. de France, vol. Dole.
Madame Jourdain s'appelait Louise Gallois. Elle naquit à Paris, le 19 novembre 1569, de Charles Gallois et de Claudine Riou : ses parents étaient d'une condition honnête et ne manquaient pas de fortune. Elle reçut de la nature un caractère doux, un cœur sensible, un esprit vif et un jugement solide. Dès son enfance, elle montra beaucoup d'horreur pour le péché. Elle aimait à soulager les pauvres ; et n'ayant pas d'argent à sa disposition, elle leur donnait une partie de sa nourriture. Elle fit sa première communion avec
de grands sentiments de piété ; et, dans la suite, elle ne parlait qu'avec attendrissement des grâces que Dieu lui avait faites alors. Malgré sa jeunesse, elle savait déjà s'entretenir avec le Seigneur et lui exposer les besoins de son âme. Lorsqu'elle éprouvait quelque contradiction, elle se retirait à l'écart ; et, se mettant à genoux, elle adressait à Dieu ces paroles d'Isaïe (ch. xxxvni) : Seigneur, je souffre violence; répondez pour moi.
A l'âge de vingt ans, la jeune Gallois, par respect pour la volonté de ses parents, épousa Guillaume Jourdain, homme riche et vertueux. Elle devint veuve au bout de huit ans de mariage ; et, en mourant, son mari lui laissa deux fils et deux filles. Dieu lui fit connaître alors qu'il formerait avec elle une union surnaturelle, qui serait plus intime que celle qu'elle avait eue avec un époux mortel ; qu'elle deviendrait son épouse, et qu'elle lui engendrerait des enfants spirituels. Peu de temps après, elle perdit une de ses filles ; et elle eut le courage d'aller à l'église, pour voir si l'on faisait auprès de l'autel, comme elle l'avait demandé, la fosse qui devait recevoir le corps de cette enfant chérie. Je fais faire en cet endroit, disait-elle, la fosse de ma fille, afin quelle soit plus près de Dieu,
Madame Jourdain, que son veuvage rendait libre de disposer d'elle-même, et qui ne voulait plus s'occuper que de Dieu, plaça ses enfants hors de sa maison, en prenant néanmoins les précautions nécessaires pour que leur éducation ne fût pas négligée. Elle se mit sous la conduite du père Pacifique, Capucin. Son entière soumission aux avis de son guide, et son attention à suivre en tout la volonté divine, la firent marcher à grands pas dans le chemin de la perfection : le moindre objet extérieur l'aidait à s'élever à Dieu. Elle passa par les divers degrés de