‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 108 sur 239 · LIVRE III, CHAP. XIV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XIV

l'oraison : et le Seigneur lui faisait quelquefois des grâces extraordinaires. Il l'éprouvait aussi quelquefois par des peines intérieures. Mais d'elle-même elle s'imposa la loi de ne jamais manquer à ses exercices ordinaires dans ces moments d'épreuve, et d'attendre avec patience le retour des consolations célestes.

Son confesseur lui ayant permis de faire le vœu de continence, elle sentit bientôt naître en elle le goût de la vie religieuse ; et ce goût se fortifia par la lecture de la Vie de sainte Térèse qui paraissait alors. Mais elle le combattait, dans la persuasion où elle était que la délicatesse de sa santé et les soins dus à ses enfants ne lui permettaient pas de le suivre. Il fallut donc que Dieu lui ôtàt lui-même cette pensée. Elle entendit une voix intérieure qui lui disait : Ne suis-je pas le maître de la sahîé, et tes enfants ne sont-ils pas à moi? Quelque temps après, comme elle avait l'idée de se présenter chez les Capucines qu'on établissait alors, une voix intérieure lui dit encore : Tu seras Térésienne. Avant même qu'elle eût rendu compte au père Pacifique de ce qu'elle avait entendu, ce religieux, qui venait de prier pour elle à la messe, lui tint le même langage; et elle se décida à se faire Carmélite.

Le père Pacifique la mit entre les mains de Madame Acarie, qui eut bientôt apprécié le mérite de cette postulante. Elle la plaça dans la petite congrégation de Sainte-Geneviève; elle aimait à dire quelle n'avait jamais trouvé d'esprit qui lui plut davantage que celui de cette jeune veuve; elle l'appelait un séraphin, à cause de la ferveur de sa piété.

Nous avons dit que Madame Jourdain fut choisie pour être la première supérieure de la petite congrégation, et qu'elle refusa cette place ; nous avons dit encore qu'elle fut obligée de l'accepter.

quand on l'ôta à Geneviève Poullain : il faut dire de quelle manière elle fut nommée la seconde fois. La petite congrégation avait été passer quelque temps à Ivry dans la maison de Madame Acarie, et on la faisait revenir à Paris. La Bienheureuse chargea Madame Jourdain de ramener une partie de la communauté et de la gouverner jusqu'à ce que le reste fût aussi de retour. Pendant ce temps-là, elle annonça à Geneviève Poullain sa destitution ; et quand elle fût revenue à Paris, elle dit à Madame Jourdain qu'on la chargeait de gouverner la communauté entière. La jeune veuve fit quelque résistance ; et Madame Acarie lui demanda à quoi elle prétendait être bonne. A servir les autres, répondit Madame Jourdain, qui croyait que sa qualité de veuve ne lui permettait pas de prétendre à être sœur du chœur. Cependant elle obéit, après que M. Gallemant eut interposé son autorité ; et par sa prudence et sa douceur elle justifia le choix qu'on avait fait d'elle.

Pendant son séjour en Espagne, elle profita du commerce qu'elle entretint avec les Carmélites réformées, pour se remplir de l'esprit de sainte Térèse. Lorsque la sœur Anne de Saint-Barthélémy la vit pour la première fois, elle la reconnut pour être une des Françaises qui lui avaient été montrées dans sa vision.

Madame Jourdain, après avoir pris l'habit religieux sous le nom de Louise de Jésus, fut employée à l'établissement des Carmélites de Pontoise : elle fit ses vœux dans cette maison, le 20 novembre 1605; et ce jour était l'anniversaire de son baptême. La mère Anne de Jésus la fit bientôt revenir au premier couvent, parce qu'elle aimait à la consulter. Elle la consulta notamment sur une fondation de Carmélites que le recteur du collège des Jésuites à Dijon lui propo-

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