‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 109 sur 239 · LIVRE III, CHAP. XIV 1G · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XIV 1G

sait de faire dans cette ville. Une veuve qui était d'un âge avancé offrait une maison pour commencer cette fondation, et demandait à être reçue dans le monastère qu'on établirait. La sœur Louise répondit à la mère Anne : Ma mère, les vieilles dévotes sont ordinairement entêtées de leurs dévotions particulières, et l'on n'en fait jamais rien. L'événement prouva qu'elle avait bien jugé : car il ne fut pas possible de s'accommoder avec cette dame.

La sœur Louise de Jésus fut envoyée au couvent de Dijon, pour y être maîtresse des novices: et on l'élut prieure de cette maison, quand la mère Anne de Jésus la quitta: c'était la première fois qu'on élisait une Française pour occuper une place de ce genre dans le Carmel de France. Elle fit construire les bâtiments du monastère qu'on l'avait chargée de gouverner, excepté l'église qui ne fût bâtie qu'après son priorat. Elle alla fonder les Carmélites de Chalon-sur-Saône, en 1610; celles de Dole, en 1614 ; et celles de Besançon, en 1618.

Elle conserva toujours des relations intimes avec Madame Acarie , et elle fut très-affligée de sa mort : mais la défunte la consola, en lui apparaissant plusieurs fois. 11 paraît que c'est la mère Louise de Jésus qui fit faire à Dole, pour la Bienheureuse, ce service extraordinaire dont parle Duvai (liv. III, ch. n). « Ce « service, dit-il, ressemblait moins à une cérémonie (( funèbre qu'à une solennité de prise d'habit ou de « profession. Les autels étaient parés magnifiquece ment: on avait orné toute l'église de guirlandes de a fleurs, et on y brûla des parfums. L'office fut chanté « avec pompe; et le recteur du collège des Jésuites de « la ville prononça l'oraison funèbre. »

La mère Louise fit rester les couvents de Carmélites de la Franche-Comté sous le gouvernement des supé-

rieurs du Garnie! de France : mais le Pape Paul V joignit à ces supérieurs deux ecclésiastiques de la province que nous venons de nommer, laquelle appartenait encore aux Espagnols.

La mère Louise de Jésus fut longtemps éprouvée par des peines intérieures, et elle supporta cette épreuve avec une résignation admirable. Elle ne montra pas moins de résignation, par rapport aux graves infirmités qui la firent souffrir pendant les neuf dernières années de sa vie. Son fils et ses sœurs vinrent de Paris pour la voir dans sa dernière maladie : mais quoique sa chambre fut à une très-petite distance du parloir, elle ne voulut jamais permettre qu'on l'y transportât pour contenter le désir de ses parents. Enfin, elle succomba sous le poids de ses maux, et mourut saintement a L>ùie, le 29 février 1628. Son visage parut après sa mort plus beau qu'auparavant. Le peuple, qui accourut en foule à ses funérailles, demandait avec instance qu'on fit toucher des chapelets à son corps. On lui attribue plusieurs miracles, et l'on prétend qu'elle fit pendant sa vie quelques prédictions.

Une de ses maximes était u qu'on doit juger de (c l'humilité par la patience, n Voici quelques-unes des pratiques qu'elle conseillait aux novices : a Obéir « sans répliquer... Ne rien refuser de ce qu'on « peut accorder... Xe jamais se plaindre de personne, h a moins que la gloire de Dieu ne l'exige... N'user

jamais de détour... Ne donner son avis que quand « on le demande... Ne rien demander pour sa comb modite... Xe pas donner à faire ce qu'on peut faire h soi-même... Chercher ce qu'il y a de plus pauvre... b Ne rompre le silence que dan- les cas de nécessité... « Ne s'occuper jamais de pensées inutiles. » Elle ap-

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