‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 111 sur 239 · LIVRE III, CHAP. XV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XV

des-Champs. Dans ce voyage il eut occasion de la voir chez son père ; et dès le premier entretien, il la décida à entrer dans l'ordre des Carmélites qu'on allait établir aussi. M. de Fonteines-Marans eut peine à goûter ce projet : il aimait sa fille, et il croyait qu'elle était d'ime santé trop délicate pour qu'elle pût vivre dans un ordre si austère. Cependant, après l'avoir éprouvée pendant un an, il consentit au parti qu'elle voulait prendre ; et il l'amena lui-même à Paris le 20 juillet 1603. Ils se logèrent dans le voisinage de Madame Acarie, qui était sa parente et à laquelle M. de Bérulle l'avait adressée.

Cette sainte femme ne tarda pas à s'apercevoir du présent que Dieu faisait à l'Ordre naissant dans la personne de sa cousine. Mademoiselle de Fonteines-Marans, dit-elle à la marqaise de Breauté, ne marche pas dans le chemin de la perfection, elle y court. Elle la plaça dans la petite congrégation de Sainte-Geneviève, et dès le premier jour elle conseilla aux postulantes qui la composaient de découvrir les dispositions de leur âme à la nouvelle compagne qu'elle leur donnait. Je suis si persuadée, leur dit-elle, de son talent pour la direction des âmes, que je n aurais pas de peine à lui parler de la mienne, si j'en avais besoin.

Lorsque les Carmélites espagnoles furent arrivées, Madame Acarie leur présenta Mademoiselle de Fonteines-Marans ; et après en avoir fait l'éloge, elle ajouta qu'elle serait un jour le soutien et la gloire de l'Ordre. Cette demoiselle avait vingt-six ans et demi quand elle prit l'habit religieux sous le nom de Magdeleine de Saint- Joseph. Elle avait demandé de n'être que sœur converse ; mais Madame Acarie lui avait répondu que Dieu avait d'autres vues sur elle.

Pendant son noviciat, la sœur Magdeleine de Saint- Joseph se distingua par la pratique exacte des vertus

religieuses. Ce qu'on admirait le plus en elle, c'était sa discrétion et sa prudence. Aussi la mère Anne de Jésus et la mère Anne de Saint-Barthélémy disaientelles hautement que, pour trouver un pareil sujet, on irait volontiers à Vautre bout du monde. Elle fit profession le 1 1 novembre 1605 ; et aussitôt on la nomma maîtresse des novices. M. Duval faisait d'elle un si grand cas, qu'il dit un jour quelle était un feu caché gui embraserait bien des âmes de l'amour divin.

Elle donnait à ses élèves des avis excellents, et les conduisait avec une fermeté tempérée par la douceur. Dans les premières années qui suivirent la fondation du premier couvent, on y reçut un grand nombre de novices ; et toutes, sous la conduite d'une si habile maîtresse, firent de grands progrès dans les vertus religieuses. Les Carmélites espagnoles en étaient émerveillées. Cène sont pas des femmes, écrivirent-elles en Espagne au général des Carmes, ce sont des anges que nous avons à conduire. Quand Philippe III fut instruit de la bonne odeur que l'établissement des Carmélites répandait dans toute la France, il écrivit à Henri IY pour l'en féliciter. La mère Amie de Jésus avait si bonne opinion de la sœur Magdeleine, qu'elle voulait l'emmener avec elle quand elle alla fonder les Carmélites de Bruxelles; et comme elle demandait aussi la sœur Marie de Jésus (la marquise deBreauté), la mère Anne de Saint-Barthéleiny lui refusa ces deux religieuses, en disant: Les enlever de cette maison, ce serait lui enlever la tête et le ccêur.

Lorsque la mère Anne de Saint-Barthélémy partit de Paris pour aller fonder les Carmélites de Tours, on élut la sœur Magdeleine de Saint-Joseph pour être à sa place prieure du premier couvent. Nous n'entrerons pas dans le détail du bien qu'elle fit dans cette place ; et nous rapporterons seulement le témoignage

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