LIVRE III, CHAP. XV
qu'en rendit alors Madame Acarie, qui venait de passer huit jours dans l'intérieur de la maison. Je sors, dit-elle, d'avec des anges; cette maison est un paradis sur la terre.
Après avoir fini les six années de son priorat, la mère Magdeleine fut chargée par les supérieurs de plusieurs commissions importantes. Elle alla au monastère de Tours, en 1615 ; et elle y resta huit mois, pour aider une nouvelle prieure à remplir les fonctions de sa place. Elle fit, en 1616, la fondation des Carmélites de Lyon, à la demande de Madame d'Alincourt, sœur de la mère Marie de Jésus. Au mois de septembre 1617, elle fonda les Carmélites de la rue Chapon ; elle fit bâtir l'église, le chœur et une partie des dortoirs de ce nouveau couvent ; et elle y resta jusqu'en 1624. Elle fut alors élue pour la seconde fois prieure du premier couvent. Elle se conduisit avec ime sagesse admirable dans la dispute qui s'éleva entre les Carmes et les supérieurs ecclésiastiques, par rapport au gouvernement des Carmélites : M. de Bérulle et M. de Marillac ne faisaient aucune démarche relative à ce sujet sans la consulter. En 1628, il lui vint ime grande inflammation de poitrine : elle fut sur le point d'en mourir, et n'en guérit jamais bien.
Après son second priorat, la mère Magdeleine aurait bien désiré rester dans le couvent tranquille et ignorée, pour ne plus penser qu'à sa mort, qu'elle sentait et qu'elle avait même annoncé n'être pas éloignée. Mais la réputation dont elle jouissait par rapport à la sainteté, et le talent qu'elle avait pour la conduite des âmes, s'opposaient à l'exécution du projet que l'humilité lui suggérait. Pendant une partie du temps de son premier priorat, elle avait réussi à n'être pas connue de Marie de Médicis, quoique cette princesse vînt au couvent deux ou trois fois par semaine. Elle la
faisait recevoir par la mère Marie de Jésus, qui avait parti souvent à la cour. Elle fit un jour des reproches à une religieuse qui avait parlé d'elle à la reine, et lui défendit de le faire à l'avenir. Mais ces expédients ne lui réussirent pas toujours : les reines Marie de Médicis et Anne d'Autriche, Madame Elisabeth, qui fut depuis reine d'Espagne, Madame Henriette, qui fut depuis reine d'Angleterre, la duchesse d'Orléans, la princesse de Condé, et presque toutes les dames de la cour, connurent enfin la mère Magdeleine ; et toutes s'empressèrent de lui ouvrir leur âme et de lui demander des avis. Pour être plus à portée de profiter de sa direction, Marie de Médicis fit bâtir dans l'intérieur de la maison un corps de logis, qu'on a depuis appelé le bâtiment de la reine, et où, sans déranger les exercices de la communauté, cette princesse venait passer quelques jours de suite avec plusieurs de ses femmes. La reine d'Espagne, dont nous venons de parler, obtint pour le premier couvent, en considération de la mère Magdeleine, l'index de la main droite de sainte Térèse, que possèdent encore les Carmélites de ce monastère. D'après le désir de cette même religieuse, la princesse de Condé fit bâtir et décorer avec magnificence la chapelle des Saints, laquelle était située sur la voûte qui séparait l'hôtel de Chaulnes de l'église du couvent, et dans laquelle étaient renfermées les reliques les plus précieuses et les plus authentiques.
Quoique les rapports extérieurs donnassent à la mère Magdeleine une grande occupation, elle n'en remplissait pas moins tous ses devoirs religieux, On a vu combien elle était humble : son amour pour Jésus- Christ n'était pas moindre que son humilité. Elle aimait, à le considérer dans les diverses circonstances de sa vie mortelle ; elle se rappelait ses paroles et ses moindres actions, et s'appliquait à y conformer sa