LIVRE III, CHAP. XVI
après le martyre, comment n'aurait-elle pas aimé ce très-saint Pontife, qui, bien que sa tête ne fût point tombée sous le glaive du persécuteur, n'avait cependant point perdu la palme du martyre? Elle qui était consumée par la flamme du zèle apostolique, comment n'aurait-elle pas eu de prédilection pour cet évêque, un des plus apostoliques qui eussent brillé dans l'Église de Dieu depuis les apôtres? A mesure qu'elle l'étudiait, sa dévotion croissait. Ne soupirant qu'après le salut des âmes, et n'ayant réformé le Carmel que dans ce but, elle demeurait comme ravie en contemplant saint Martin travaillant à la conquête des âmes. Avec Hilaire de Poitiers, son saint maître, il enracinait la foi dans les Gaules, il engendrait à Jésus-Christ d'innombrables légions de fidèles. C'était ce Pontife élu de Dieu à qui, depuis les apôtres, le Seigneur avait communiqué une si grande grâce, qu'il avait mérité la magnifique gloire de ressusciter par la Trinité déifique trois morts qui étaient dans le tombeau. Durant toute sa vie d'évêque, les miracles naissaient sous ses pas. Partout où il était, partout où il allait, les dons du ciel étaient dans sa main; il les distribuait à son gré, illuminant les âmes, les ornant de la grâce du Christ, guérissant les corps, les délivrant des chaînes des démons et des maladies. En présence do cette vie de Martin faisant adorer la Trinité, connaître le Christ, allumant son amour dans les âmes, reculant les frontières de l'Église, lui donnant de nou- ^aux peuples, Térèse, surabondant de joie, succombait au ravissement. Et quand la carrière de cet apôtre, éperdu d'amour pour le Christ et se consumant pour lui, allait finir, Térèse ne s'étonnait pas que le ciel tout entier fût ému et qu'il tressaillît de bonheur, en le voyant sur le point de prendre son essor. L'âme de la séraphique vierge, identifiée avec les sentiments
de l'Église, s'écriait avec elle : « 0 bienheureux apôtre du Christ, à ton passage de la terre au ciel, les Saints t'accueillent par des chants d'allégresse, le chœur des Anges te salue par ses transports, l'armée de toutes les célestes Vertus va au-devant de toi, entonnant des hymnes de triomphe ; l'Église est fortifiée par la vertu d'en haut; les évoques, par cette révélation de Dieu, sont glorifiés. »
Enfin, c'est saint Michel qui le prend sur sa couche, et qui, avec ses anges, le conduit au trône de Dieu. Et quand la Trinité le couronne, quand le Christ de ses deux bras le serre sur son cœur, et qu'il le conduit à son trône, quand enfin cette âme possède le paradis, l'àine de Térèse se perd dans cet ineffable triomphe du bienheureux Martin; elle jubile avec les anges, elle est ravie avec les archanges; avec le chœur des Saints elle fait entendre ce cri, et avec la foule des Vierges cette invitation : « Demeurez avec nous pour l'éternité. »
La dévotion de Térèse achevait de s'allumer en contemplant la gloire dont Dieu entourait le tombeau de saint Martin. Ses ossements prophétisaient dans le monde entier. Le tombeau qui les renfermait était un phare de grâce pour l'humanité, une cité d'asile pour la catholicité tout entière. Le Thaumaturge, au ciel ([liant à l'âme, demeurait vivant sur la terre par la puissance des prodiges. De toutes les contrées de la terre, les regards se tournaient vers le tombeau de saint Martin, et la Touraine était devenue, par lui, comme le pays natal du miracle. Rois, pontifes, docteurs, guerriers, chrétiens de tous les rangs, de toutes les classes, accouraient chercher au tombeau de saint Martin la guérison des âmes et des corps. Venus de toutes les parties du monde, les pèlerins, l'âme eî le corps guéris, portaient dans toutes les parties du