LIVRE III, CHAP. XVII
avec grande facilité, pratiquer les exercices de pénitence et de vertu. Les croix, à ce qu'il me semblait, avaient doublé mes forces. Je me trouvais, sans savoir comment, recueillie en la présence de Dieu. Je disais que Dieu me faisait alors sentir l'esprit de saint Paul -, et je sentais qu'il me faisait voir que c'était bien le même Dieu qui avait animé saintJPaul, qui me donnait alors cet esprit; en sorte que c'était par connaissance expérimentale, que je disais : Qui nous séparera de la charité de Jésus-Christ? Non, rien, ni les travaux, ni le manque des choses nécessaires. J'étais dans une véritable ivresse d'amour; et si ce Dieu, qui mêla donnait, ne m'eût en même temps donné la force, la nature abandonnée à elle-même, n'aurait pu la supporter. Dans cet état, je disais, moi aussi, comme saint Paul : Je désire être anathème et mourir pour mes frères et [jour Jésus-Christ mon Seigneur. Comme, dans ces occasions, l'âme s'offre avec amour et une résignation entière à Notre-Seigneur, sans condition ni réserve, cet adorable Maître me dit, en ce même monastère de Tours : La gloire du juste est de faire ma volonté. Mais ces paroles : que la gloire des justes consistait à faire sa volonté, il me les dit avec un ineffable amour; mon âme en fut si profondément attendrie, que je demeurai comme suspendue et ravie hors de moi-même.