livre ni, CHÀP. XX
Sa devise était celle-ci : Allez toujours au-devant de ce qui vous coûte le plus. Cette vie d'immolation la rendit de bonne heure un fruit mûr pour le ciel ; elle mourut saintement, laissant la communauté aussi affligée de sa perte qu'embaumée de ses vertus.
Grâce aux libéralités de ces chères bienfaitrices, la communauté racheta plus tard l'ancien monastère qui avait été son berceau. Une partie des lieux réguliers étaient détruits, mais il restait encore quelque chose du bâtiment primitif qu'avaient habité la mère Anne de Saint-Barthélémy et ses premières filles. On y montrait môme sa cellule où sainte Térèse lui avait souvent apparu. L'église surtout avait été conservée par une protection toute particulière de la très-sainte Yierge Vendue comme bien national à un commerçant, elle servait de magasin; cependant le maîtreautel, qui était tout en pierre, les balustrades en fer et le tableau principal qui représente le mystère de l'Incarnation, avaient été respectés. L'acquéreur fut vivement sollicité de vendre cette église pour faire une salle de spectacle, et il allait conclure le marché, lorsqu'un de ses commis, homme sans religion, étant venu dans l'église pour prendre quelque chose, s'aperçut que deux petits ruisseaux jaillissaient du tableau. Il regarde attentivement et reconnaît qu'ils prennent leur source aux deux yeux de la sainte Vierge! Ne pouvant, après un minutieux examen, découvrir aucune cause naturelle de ce prodige, il courut tout effrayé dire au propriétaire : Si vous vendez Y église pour faille une salle de spectacle, vous êtes perdu avec toute votre famille : la sainte Vierge pleure, je viens de la voir! On ne sait pas quelle impression le maître en ressentit, mais de suite il rompit le marché. L'église, achetée par une respectable demoiselle, fut rendue à sa première destination lorsque les Carmélites
prirent possession des débris de leur monastère. Elles revinrent dans cette sainte demeure en 1822 et y firent leur entrée solennelle le 23 avril, en chantant l'hymne d'actions de grâces pour remercier la divine Providence et la Reine du Carmel.
La respectable mère Anne-Marie, alors prieure, eut la consolation d'introduire ses sœurs dans la nouvelle terre promise. Aussi était-elle regardée comme une autre fondatrice : cette maison lui avait coûté tant de travaux, de fatigues et de sollicitudes! Cependant la digne mère savait cacher son haut mérite sous le voile dune humilité profonde, et lorsqu'on lui parlait des œuvres qu'elle avait accomplies, elle répondait par ces édifiantes paroles : Je n'ai fait que des fautes et je ne mérite que des châtiments. On voyait en elle un modèle de toutes les vertus : lorsqu'elle fut sortie de charge, elle brilla surtout par son obéissance; elle se soumettait comme une novice aux plus petits usages, ne donnait jamais son avis et ne se plaignait jamais de rien. Unie à Dieu par une oraison fervente et continuelle, son cœur ne tenait plus à la terre, et un seul mot des bontés divines suffisait pour l'animer d'une joie céleste. Peu de temps avant sa mort, son âme fut purifiée par des peines intérieures et par la crainte des jugements de Dieu. Mais enfin, ce douloureux martyre cessa et fit place à une paix profonde qui dura jusqu'au dernier moment. Cette vénérable mère mourut en 1832, âgée de plus de quatre-vingts ans.
Le CarmeldeTourseutla consolation, en 1824, d'obtenir, par l'intermédiaire d'un pieux chanoine espagnol, une relique très-précieuse de sainte Térèse. C'est un fragment de l'os de son poignet droit, accompagné d'un authentique fort remarquable, signé par l'archevêque de Grenade et les dignitaires du couvent des Carmes de la même ville. Cet inestimable trésor, qu'un