‹ Vie de la vénérable Anne de Saint-Barthélemy, compagne inséperable de Sainte Tér`eseChapitre 155 sur 239 · LIVRE III, CHAP. XXI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAP. XXI

donnée des Carmélites, elle se sentit pressée d'y entrer : elle avança seule pour tout examiner à son aise et se mit à genoux sur les premières marches de l'escalier de pierre qui séparait le sanctuaire de la nef. De là, elle regardait attentivement le tableau de la sainte Vierge placé au-dessus du maître-autel, puis l'emplacement cintré des grilles du chœur, et se disait : Oh ! si je pouvais un jour vivre avec celles qui habitent derrière cette grille! Aussitôt il lui fut répondu : Persévère, et tu y seras. En même temps un poids écrasant s'abaisse sur son âme, un terrible pressentiment de douleur la saisit, elle tombe accablée sur les marches et y laisse couler d'abondantes larmes. L'écho de la chapelle délaissée répète ses sanglots ; alors , effrayée de ce bruit inattendu, la pauvre petite s'enfuit et va raconter à une respectable amie ce qui lui était arrivé. Cette demoiselle, d'un âge mûr et d'une piété éclairée, lui dit : Mon enfant, c'est Dieu qui a parlé Y vous serez religieuse, je l'avais bien prévu.

Effectivement, cette innocente colombe, ne trouvant pas son repos dans la triste région du monde, s'envola vers l'arche sainte., âgée seulement de dix-sept ans et demi. La tendresse de sa mère, dont elle était la consolation unique, lui livra de douloureux assauts, mais la puissance de la grâce surmonta tous les obstacles, et malgré les plus violents combats de la nature, la généreuse enfant consomma son sacrifice comme une victime volontaire entièrement dévouée au bon plaisir de Dieu. Il ne fallait rien moins qu'un courage héroïque pour en accepter toutes les conséquences : le monastère, à peine relevé de ses ruines, était dans la plus grande pauvreté ; des privations de tout genre, un travail continuel et assidu, résultaient de cette position précaire. Mais la jeune sœur Marie de l'Incarnation ne s'effraya de rien et se dévoua de toutes ses forces au

service de la communauté. Laborieuse et active, elle travaillait jour et nuit, prenait pour elle tous les ouvrages pénibles, difficiles, et en toute circonstance elle devint pour ses sœurs un véritable secours. Se dévouer était un besoin continuel de sa vie. Dieu l'éprouva par de grandes peines intérieures ; sa santé même, déjà fatiguée par le travail et les privations, en fut tellement ébranlée qu'elle ne s'en remit jamais complètement. Elle fut nommée maîtresse des novices à peine âgée de trente ans, élue dépositaire en 1828, et dans ces emplois importants elle rendit d'immenses services à la communauté, qui voulut lui témoigner sa reconnaissance en la. choisissant pour prieure. Elle avait su se concilier tous les cœurs, et la divine providence justifia bientôt, par des bénédictions visibles, la sagesse de ce choix. Les dons qui ornaient l'âme de cette chère mère brillèrent alors de tout leur éclat : douceur et force, charité sans bornes, vertu aimable et gaie, zèle pour la maison de Dieu, prudence et habileté dans les affaires les plus difficiles, voilà le caractère de son gouvernement. Que d'œuvres utiles elle a su accomplir ! IJ serait impossible de les énumérer. Non-seulement elle améliora la situation de la communauté, car Dieu donnait un merveilleux succès à toutes ses entreprises, mais elle exerça encore son dévouement envers un grand nombre d'autres maisons de l'Ordre du Carmel, môme envers les révérends pères Carmes, alors exilés d'Espagne. Deux de ces pères, regardés comme prisonniers d'État, s'arrêtèrent à Tours en se rendant au lieu de leur déportation : la digne mère qui apprit leur détresse travailla aussitôt avec zèle à les soulager ; elle obtint qu'ils fussent élargis, et, après leur avoir donné toutes les preuves du dévouement le plus fraternel, les mit à même de rejoindre à Bordeaux le révérend père Dominique de Saint-Joseph , aujourd'hui général de

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